Gazette de Changhai - 53 : Massacres et extorsions au printemps 1927

Le 12 Avril 1927, dès l’aube, démarra une campagne de massacre des communistes et des syndicalistes dans toute la ville de Shanghai, le tout orchestré par Chang Kai Chek et mis en œuvre par les séides des Bandes Verte et Rouge.

Ce massacre sera suivi par d’autres dans les provinces avoisinantes, dans lesquels milices ouvrières et paysannes furent pourchassées et massacrées. Pour arrêter les grèves et se voir débarrassés des milices, les capitalistes changhaiens durent mettre la main à la poche. Ce qui était au départ une contribution volontaire deviendra bientôt un racket organisé soigneusement par le Kuomintang pour financer son armée.

Les massacres

Des l’aube du 12 avril 1927, une canonnière postée près de Nantao donna le signal de l’attaque des piquets de grève et des permanences de l’Union générale des travailleurs. Les activistes étaient embarqués dans les camons et emmenés à Longhua pour y être fusillés. Dès le premier jour, les journaux firent état de 400 à 700 victimes.

KU Chen Chung, dirigeant de l’UGT, fut ainsi fait prisonnier, alors que son adjoint, ZHOU Enlai – membre du PCC – réussit en revanche à s’enfuir.

Le 13 avril, l’UGT donna malgré tout un ordre de grève : plus de 100.000 ouvriers bloquèrent le port, les tramways, les filatures de l’ouest et la plupart de celles de Yangtsepoo, le long du fleuve. Un défilé des activistes fut fauché à la mitrailleuse, et plus de 300 morts et blessés seront enterrés ensemble à Longhua. On estime que le nombre total des victimes de cette trouble période d’avril/mai 1927 à Changhai s’est monté à près de 5.000.

Pendant ce temps, des nouvelles inquiétantes parvenaient des provinces : les grands propriétaires terriens et les masses paysannes en étaient venus aux mains. Pendant tout le printemps, les paysans du Hunan et du Hubei s’emparèrent en effet des terres, profanèrent les temples, « libérèrent » les femmes, et chassèrent les missionnaires.

Le 21 avril, en plus du croiseur « Vindictive », un total de 35 navires de guerre étrangers étaient ancrés le long du Bund.

Eugène Chen - JPEG A Hankow, les autorités politiques du Kuomintang étaient incarnées par des personnalités comme HSU Chien, KU Meng Yu et SOON Chingling. Les finances étaient aux mains de Sun Fo, fils du Docteur Sun Yat Sen, alors qu’Eugène Chen dirigeait les affaires étrangères. Celui-ci rassura les puissances étrangères et parvint à faire arrêter les grèves dans les sociétés américaines du Hunan, avant de rendre les édifices confisqués à leurs propriétaires légitimes.


Un mois plus tard, la 25eme armée parvint à encercler Changsha, la capitale du Hunan, à s’emparer du QG de l’UGT et à en massacrer tous les membres dirigeants. Ce fut le signal de départ d’une campagne de massacres dans toutes les provinces environnantes qui firent à leur tour des dizaines de milliers de victimes.

Manifestation - JPEG

Les exactions

Yu Ya-Ching - JPEG Dès mars 1927, CHANG Kai check avait pris contact avec les banquiers de Changhai afin de se voir prêter des fonds pour financer son opération de « nettoyage » des milices ouvrières. Il traitait pour cela avec quelques figures prédominantes du monde financier changhaien, comme YU Ya-Ching, CHANG Jen-Chieh et WANG Chen. Une avance de 3 millions lui fut consentie début avril, suivi d’un versement de 7 millions le 25 avril, une fois les opérations de « nettoyage » bien avancées...

CHANG avait néanmoins besoin de beaucoup plus de fonds pour prendre le contrôle de Hankow et poursuivre la marche de son armée vers le nord. C’est pourquoi il se lança dans une politique de coercition et de persécutions, au nom de la lutte contre les communistes.

Il allait pour cela commencer par émettre pour 30 millions de Dollars de bons du trésor à 0,7% d’intérêt mensuels. Ces bons étaient garantis par les revenus d’une surtaxe douanière de 2,5% appliquée exclusivement dans la région de Changhai. Les capitalistes changaiens furent « persuadés » d’acheter ces bons, parfois par la force.

Il entreprit ensuite de faire enlever les fils ou filles des banquiers et des gros commerçants de la place pour les faire ensuite libérer contre rançon.

En juin 1927, le Kuomintang créa la « Ligue pour le boycott des Japonais ». Des inspecteurs furent nommés et se répandirent dans les commerces afin de vérifier si le boycott était bien appliqué. Ceci fit bien évidemment l’objet d’exactions et de rackets divers. Quelques semaines après était encore créée la « Ligue pour la rupture des relations commerciales avec le Japon » dont les appels aux dons firent l’objet d’autres extorsions.

Piquet de grève - JPEG

Ce racket organisé allait durer jusqu’à l’automne 1927. Les banquiers changhaiens, patriotes dans l’âme, sentiront cependant que le soutien au nouveau régime n’allait pas nécessairement de pair avec le profit. Mais de profits, ils n’en manquaient pas en cette période de boom économique. C’est ce que nous verrons dans un prochain article...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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