Gazette de Changhai - 52 : Objectif Changhai

Depuis de nombreuses années Chang Kai Chek entretenait des liens avec le milieu Changhaien. Dans le courant de l’année 1927, cette relation devint une alliance stratégique face à la montée des troubles sociaux orchestrés par le Parti communiste chinois.

La classe dirigeante et les étrangers de Changhai comprirent très vite que malgré l’aspect menaçant de l’Expédition du Nord, Chang Kai Chek semblait bien être leur planche de salut. Ils lui accordèrent leur soutien et celui-ci mis ces moyens à profit pour préparer la prise de contrôle de la ville.

Les prémices des événements d’avril 1927 se planifiaient ainsi en grand secret...

Chang Kai Check acclamé par ses troupes - JPEG

Les relations entre le Kuomintang et le Gang vert se consolident

Pendant les négociations qu’il avait initiées en novembre 1926 avec le Gang Vert, Chang, Kai Check avait lancé la « Politique de Nanchang », qui visait à créer une ligue anti-bolchévique afin de se débarrasser des éléments « gauchistes » du Kuomintang. Il fit attaquer les responsables syndicaux du PCC à Nanchang et Jiujang en recrutant pour ce faire des séides du Gang Vert à qui il payait un forfait et des indemnités en cas de blessure ou de décès.

Chang Kai Check dans son quartier général - JPEG

Avec le Gang Vert, il créa aussi le « Anqing Political Affairs Committee  » dont l’unique tâche était de pourchasser les communistes. A Changhai, par l’intermédiaire de Du Yuesheng, NIU Yongjian réussit également à « retourner » BI Shucheng, commandant de la 137ème brigade des troupes du Shandong, et ce en le jetant dans les bras d’une prostituée de luxe qui lui fit « oublier » d’envoyer des troupes de soutien à SUN Chuanfang.

Les relations entre CHANG et le Gang Vert se tissaient donc progressivement, de sorte qu’en février 1927, il nomma DU Yuesheng et ZHUANG Xiaolin ses agents spéciaux « résidents » à Changhai.

L’inquiétude monte parmi les résidents européens

En mars, CHANG rencontra Patrick Givens, le responsable de la section politique de la police de la Concession internationale, qui lui fournit un sauve-conduit et une escorte. La situation devenait en effet préoccupante : les Européens avaient été horrifiés par les événements de Nankin du 24 mars au cours desquels plusieurs des leurs avaient été massacrés ; à Changhai même, 2.700 ouvriers patrouillaient la ville, armés de 1.700 fusils ainsi que de quelques automitrailleuses.

L’état d’urgence fut donc déclaré le 21 mars, et quelque 30.000 soldats occidentaux cantonnés dans les concessions, pendant que 30 navires de guerre mouillaient dans le fleuve et 15 autres étaient en passe d’arriver : cela représentait un soldat par résident européen !

Les préparatifs d’un massacre

CHANG rencontra les banquiers chinois de la ville et se fit accorder un prêt de 10 millions de dollars afin de soutenir son armée, dont les éléments avancés stationnés à Longhua attendaient que les troupes du Shandong mettent de l’ordre dans la ville. CHANG multipliait des déclarations lénifiantes sur l’unité du Kuomintang et son alliance avec les Communistes, mais il préparait déjà la prise de contrôle de Changhai en incitant les membres de la bourgeoisie a quitter le gouvernement provisoire mis en place par le PCC.

D’autre part, il envoya ses séides « casser » quelques piquets de grève afin de mesurer l’ampleur de la tâche. Les troupes étrangères leur prêtèrent d’ailleurs main forte à plusieurs reprises.

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Entretemps, à Pékin, ZHUANG Zuolin fit une descente dans l’ambassade soviétique avec l’accord tacite des puissances occidentales. LI Ta Chao, fondateur du PCC, y fut appréhendé, séquestré et pendu avec 19 de ses camarades pris lors de la même rafle. Dans l’ambassade fut récupérée une importante quantité de documents illustrant les actions des Bolchéviques, visant à fomenter des troubles et soutenir la révolution prolétarienne en Chine.
CHANG Kai Chek publia un communiqué de presse s’offusquant de cette action de piraterie, mais il ne bougea pas lorsque les troupes occidentales encerclèrent le consulat de l’Union soviétique à Changhai.

Le 9 avril, il envoya ses meilleures troupes « nettoyer » Nankin des éléments communistes et publia deux jours plus tard un communiqué condamnant toute personne s’opposant à la révolution, notamment au travers de grèves... Le 11, les séides des Gangs vert et rouge travaillèrent toute la nuit afin de préparer la descente sur les piquets de grève. Des groupes de « travailleurs en arme du Kuomintang » étaient formés, prêts à intervenir.

Le 12 à 4 heures du matin, au quartier général du Kuomintang situe rue Ghisi (Yueyang lu), le clairon était prêt à sonner...

Soldats arborant des portraits de Chang Kai Check - JPEG


Ce signal allait lancer un véritable massacre organisé par l’aile droite du Kuomintang et dont le but était d’éradiquer l‘influence des syndicats d’obédience communiste à Changhai. C’est ce que nous verrons dans un prochain article...

Charles LAGRANGE

Dernière modification : 05/08/2014

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