Gazette de Changhai - 37 : Là où intervient le Komintern.

La création par le Komintern du Bureau l‘Extrême-Orient en Sibérie sonne le départ de l’expansion des idées marxistes en Chine. Des activistes bolchevistes contactent des intellectuels chinois progressistes et soutiennent leurs efforts de propagande et d’organisation d’un mouvement politique structuré.

Tous ces efforts aboutiront à la création du Parti communiste chinois à Changhai en juillet 1921. Mais les tentatives de mainmise sur la classe ouvrière vont vite se trouver confrontées aux intérêts divergents du Kuomintang et des sociétés secrètes de la ville.

Les racines de mouvement marxiste en Chine

JPEGDeux hommes sont à l’origine du mouvement marxiste en Chine. Le premier, Chen Duxiu, né en 1879 dans l’Anhui et Li Dazhao, né en 1888 dans le Hebei. Tous deux furent des autodidactes n’ayant pratiquement reçu aucun support financier pour leurs études, mais dont la volonté et les convictions animèrent toutes leurs actions.

Le premier fit ses études à l’institut Qiushi (aujourd’hui l’université du Zhejiang) à Hangzhou. Le second alla à l’Université du Beiyang de Tianjin.
Tous deux firent un passage par l’université Waseda de Tokyo où ils eurent les premiers enseignements du socialisme.

JPEGChen Duxiu, rentré à Changhai, y fonda l’Association patriotique de l’Anhui en 1903. En Mars 1904, il fonda l’Anhui Suhua Bao , un journal en chinois vernaculaire qui eut très vite une certaine popularité. Il fut publié jusqu’en 1905, date de son interdiction.
Ses écrits alimentèrent les débats qui menèrent à la révolution de 1911. Il dut d’ailleurs s’enfuir au Japon en 1913 lors de l’essai de restauration, mais revint vite à Changhai pour y continuer son action.

En 1915, Chen Duxiu créa à Changhai un journal mensuel intitulé « La Jeunesse » qui fut sans conteste le journal le plus influent du mouvement du 4 Mai 1919. Entre 1915 et 1918, le journal se contenta de fustiger le conservatisme et son expression chinoise, le confucianisme, en faisant la promotion de la démocratie. De 1918 à 1921, les éditoriaux soutinrent les théories socialistes. Après 1921, le journal devint l’organe de propagande du Parti Communiste chinois. Le journal parut jusqu’en 1926.

Li Dazhao alla au Japon en 1913 pour y poursuivre ses études de sciences politiques, mais son activisme le fit expulser de l’Université Waseda et il rentra à Pékin. Il devint le secrétaire d’un parti progressiste et remplit aussi la fonction de bibliothécaire de l’Université de Pékin où il y rencontra Mao Zedong. En 1920, il fut nommé professeur et secrétaire du doyen de l’université. Très vite il propagea les idées communistes en dédiant un cours au « Das Kapital » de Karl Marx et anima des groupes de discussion sur ce thème.

Le grand frère soviétique intervient

JPEGEn 1920, une branche de la Troisième Internationale Communiste, ou Komintern, établit le bureau d’Extrême-Orient en Sibérie. L’idée était d’aider à créer un parti Communiste en Chine. Le bureau dépêcha son directeur adjoint, Grigori Naumovitch Voitinsky, un homme qui avait alors 27 ans et était membre du Komintern de la première heure.
Voitinsky vint à Pékin et y rencontra Li Dazhao. En août 1920, il alla à Changhai pour y monter avec Chen Duxiu la branche chinoise du Komintern.
Un an auparavant avait été créé à Changhai le journal «  Shanghai Chronicle  » par un certain Shemeshko et quelques Russes d’obédience socialiste et soutenu financièrement par le gouvernement des Soviets.
Cet organe devint le véhicule de la propagande marxiste et une couverture pour les Bolchevistes affectés au support de la branche chinoise.
Avec le soutien des envoyés de Moscou, Chen organisa une école des langues étrangères afin de préparer le départ des jeunes militants vers Moscou. En novembre 1920 fut créée la revue «  The Communist  » JPEG.

En 1921 arriva à Changhai le Hollandais Henk Sneevliet, alias Maring.
Syndicaliste de la première heure, il avait vécu aux Indes néerlandaises de 1913 à 1918 et y avait créé un mouvement ouvrier et un syndicat des transports, qui devint par la suite le parti communiste indonésien. En 1918 il fut expulsé des Indes et continua son militantisme en Hollande. Lors de sa participation au congrès de l’Internationale communiste à Moscou, il fut décidé de l’envoyer en Chine pour y aider à créer le parti communiste local.

En juillet 1921, Maring participa au premier congrès du PCC, réuni en grand secret chez Li Hanjun, un sympatisant dont la maison se trouvait au 50 rue Wantz dans la Concession française. A deux pas, dans l’école des filles inoccupée, logèrent les 13 délégués venus de six provinces et municipalités.

Conformément aux instructions reçues de Moscou, les représentants du Komintern s’évertuèrent à imprimer au parti communiste naissant, une politique de collaboration avec le Kuomintang, et ce afin de mieux consolider et structurer le mouvement.

Zhang Guotao, disciple de Li Dazhao et présent lors du congrès de Changhai, fut nommé directeur du secrétariat général du travail et chargé de structurer le mouvement ouvrier dans toute la Chine.

Si l’organisation d’un mouvement ouvrier se développa progressivement dans le centre et le Nord de la Chine, celui-ci rencontra à Changhai l’opposition des sociétés secrètes qui contrôlaient déjà d’une main ferme toute l’activité syndicale. Mais c’est ce que nous verrons dans un prochain article...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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