Gazette de Changhai - 44 : la Garde municipale et ses mauvaises fréquentations…

Les faibles effectifs de la Garde municipale incitèrent sa direction à recourir à l’aide d’indicateurs puisés dans le Milieu. Ces mêmes indicateurs mangeaient à tous les râteliers, de sorte que la garde se vit très vite infiltrée par les membres des gangs changhaïens, à commencer par le redoutable Huang Jinrong, chef du gang vert, promu détective en 1919.

La présence de représentants chinois de la bourgeoisie chrétienne au conseil municipal ne parvint pas à contenir l’influence grandissante des patrons de la pègre, qui, de compromissions en coups de force, gangrenèrent la scène publique au fil des années.

Une population grandissante de plus en plus difficile à gérer

La fin du dix-neuvième siècle, et surtout le début du vingtième, virent la population du grand Shanghai s’accroître de manière exponentielle, puisqu’elle tripla entre 1895 et 1915, puis à nouveau entre 1915 et 1930. Les immigrants représentaient environ 90% de celle-ci, essentiellement des réfugiés des provinces du Jiangsu et de l’Anhui, provinces pauvres et secouées par des luttes incessantes pendant toute la première moitié du vingtième siècle.

La police française avait toujours été jusque là une police de type colonial, principalement axée sur la défense de la concession et dirigée par des officiers de l’armée. Elle se débattait depuis sa création dans des problèmes budgétaires qui entravaient son action face à l’insécurité montante associée à l’afflux des immigrants. En résulta une difficulté croissante à assurer la sécurité : le plus souvent par nécessité, la police se trouva amenée à dépendre de plus en plus d’agents chinois et à s’adjoindre l’aide de figures connues de la pègre afin de pouvoir mieux infiltrer les grands gangs de malfrats tels que les fameux gangs rouge, vert, et celui des huit gredins. Enfin, le fonctionnement même du commerce reposant sur la caste des Compradores était structurellement de nature à favoriser la corruption. D’un autre coté, les grands noms de la pègre étaient souvent sous la protection des pavillons de complaisance, principalement sud-américains (Chili, Mexique, Brésil).

C’est ainsi qu’en 1919 fut promu au grade d’inspecteur, un individu qui devint en parallèle patron de la pègre : Huang Jinrong.

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Huang Jinrong

Huang Jinrong était né en 1868 à Suzhou, de parents fonctionnaires qui émigrèrent à Changhai pour y ouvrir une maison de thé, située près du pont de Zhengjia, à la limite sud de la concession française. Le quartier était mal famé et très vite celui qui fut appelé Huang-le-grêlé, suite à une variole contractée pendant sa jeunesse, devint un chef de bande respecté. A l’âge de 24 ans, il passa pourtant avec succès les épreuves d’entrée à la garde municipale de la concession française. Sa force, son courage et son efficacité le firent apprécier de sa hiérarchie, de sorte qu’il rejoignit la section de la police criminelle en tant qu’inspecteur. Huang n’avait cependant pas abandonné ses activités illicites : il se positionnait toujours comme protecteur et racketeur des fumeries d’opium, des maisons de jeu et de prostitution. Il tenait cour dans une maison de thé lui appartenant et située dans la rue du consulat. C’est là que chaque matin, il recevait les tributs de ses quémandeurs et choisissait ceux qui seraient dénoncés à la police.

Les forces en présence

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Les conseillers chinois du conseil municipal étaient les représentants de la bonne société catholique : Zhu Zhiyao, Lu Bairong, Wu Zhonglian, Lu Songhou et surtout Wei Tingrong. Ils contribuaient à la bonne marche des affaires, et aidèrent même les autorités françaises pendant les moments difficiles de 1925 en constituant une « Compagnie des volontaires chinois », armée par la municipalité. Wei Tingrong fut décoré lui-même en 1926 et deux conseillers furent nommés de plein droit la même année. Par la suite, les choses se gâtèrent avec la montée en puissance du milieu et la prééminence de ses dirigeants : Huang Jinrong, puis Du Yuesheng et Zhang Xiaolin. A la suite de la guerre entre la province du Zhejiang et celle du Jiangsu, ces derniers prirent le contrôle du commerce de l’opium. Ils créèrent en 1925 la « Société des 3 prospérités » et entamèrent des pourparlers avec les autorités consulaires afin de légaliser le négoce de l’opium, dont les taxes pouvaient constituer une source de revenu importante pour la municipalité.

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La recrudescence du commerce illicite de l’opium malgré son interdiction en 1917 fit l’objet de nombreux débats au sein du Conseil municipal, car la concession française en était son centre névralgique. C’est ce que nous verrons dans un prochain article...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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