Gazette de Changhai - 43 : Pendant les troubles, la police et l’armée veillent

Les troubles sociaux qui se multiplièrent après les évènements de mai 1925 mirent les forces de l‘ordre sous forte pression.

La municipalité avait sous ses ordres la garde municipale, force de police créée en 1868 et dont le professionnalisme et les effectifs s’étaient développés au fil des ans, pour atteindre 1.138 hommes en cette année 1925. Pour renforcer ces forces stationnait en outre à Changhai depuis 1901 un détachement de l’infanterie coloniale dont seuls les corps professionnels resteront en garnison jusqu’à la fin du régime des concessions.

La garde municipale, garante de l’ordre public dans le périmètre de la Concession

La garde municipale avait été créée par décret municipal le 14 Avril 1868. Son rôle avait été défini comme celui d’un corps de police assurant le maintien de l’ordre et dont les instructions venaient directement du Consul de France, le conseil municipal ne remplissant pour sa part que des fonctions délibératives. Cette structure de commandement provoqua d’ailleurs à de nombreuses reprises des conflits d’autorité au sein du conseil.

Soirée de la Garde municipale - JPEG

Au départ, la garde constituait une force paramilitaire de type colonial et dont le commandement était assuré par du personnel européen : des supplétifs des régiments tonkinois leur furent assignés et des agents chinois engagés au fil des années. Jusqu’au début de la première guerre mondiale, l’essentiel de la garde se composait de fusilleurs marins, de soldats de l’armée métropolitaine ou coloniale en activité ou qui étaient sur le point de quitter l’armée pour diverses raisons.

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Badge des supplétifs tonkinois

Les conditions de recrutement reposaient sur des critères militaires stricts, de nationalité et sur des aptitudes physiques. Les candidats devaient posséder au moins le grade de sergent, et être âgés de 30 ans maximum, avec une exception pour les marins et les militaires de carrière qui voyaient la limite portée à 35 ans. De plus, ils devaient mesurer au moins 1m75 car les supplétifs chinois venant du nord étaient en général de grande taille, de sorte que leurs supérieurs ne devaient pas « leur (être) physiquement inférieurs ».

Ce n’est qu’après la première guerre mondiale, alors que la population de la concession approchait les 150.000 individus, que les effectifs se structurèrent de manière plus efficace et se concentrèrent sur un travail de police, plus que sur une activité de défense du territoire. En 1906, le colonel Louis Mallet fut nommé chef de la garde. Dès sa prise de fonctions, il se révéla être un homme fort, adulé ou exécré selon le pouvoir respectif du Consul ou du conseil.

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Badge de la police consulaire

Dès les premiers troubles liés à la création de la République de Chine en 1911, le conseil municipal avait été dissous et remplacé par une commission provisoire sous l’autorité directe du Consul de France. Cela correspondit à la fin du mandat de Mallet qui fut remplacé par Louis Schmitt, soldat de carrière né en 1876 à Sarguemines et dont l’endurance et l’énergie le fit remarquer au début de la guerre. En outre, celui-ci avait une expérience dans le renseignement, ce qui en faisait un collaborateur privilégié et précieux aux yeux des Consuls successifs. Schmitt apparaîtra dans l’histoire comme le héros dont les qualités correspondaient tout à fait aux besoins et aux missions de la police française. A Schmitt succéda en 1919 le capitaine Fiori dont nous reparlerons et qui resta en fonction pendant 12 ans.

En cette année 1925, les effectifs de la police se montaient à 1.138 hommes, dont 99 européens, 398 tonkinois et 641 supplétifs chinois, pour 82 détectives et 455 agents.

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Les Marsouins

Lorsque l’expédition de Chine se replia de Pékin en 1901, une partie des troupes vinrent prendre leurs quartiers au nord de ce qui allait devenir le Parc de Koukaza (Fuxing park). Au même moment, ces troupes changèrent de nom et d’« infanterie de marine », elles devinrent « infanterie coloniale » sous l’autorité du ministère de la Guerre. Ils furent baptisés « Marsouins » car l’intendance les avait affublés d’un uniforme inspiré de celui des chasseurs alpins : large béret des troupes de montagne, pèlerine de berger et jambières de cuir. Les troupes stationnées en Chine furent appelées « corps d’occupation de Chine » et ce jusqu’en 1936, au grand dam des Chinois.

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Les Marsouins de Shanghai

Le bataillon de Changhai fut dissous en 1905, de sorte que ne restèrent dans le camp de Koukaza que l’intendance et les télégraphistes. Les locaux furent quant à eux cédés pour en faire un club sportif dont nous reparlerons longuement.

Le développement de la ville et des troubles sociaux rendit la tâche de la garde municipale de plus en plus difficile au vu des moyens dont elle disposait. Dans un souci de développer la prévention, elle-ci développa des activités de renseignement mais se trouvé très vite piégée à ce petit jeu par ceux-là même qu’elle espérait combattre.

C’est là ce que nous verrons dans un prochain article...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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