Gazette de Changhai - 40 : Là où l’on reparle du Docteur Sun Yat-Sen

Le 5 mai 1921, à Canton, le Docteur Sun Yat-Sen fut réélu Président de la République par plus de 200 parlementaires. Il s’employa dès lors à moderniser la ville en s’inspirant des métropoles occidentales, avant de s’atteler à la reconquête de la Chine, morcelée en zones sous l’influence de potentats locaux. Dans sa croisade, Sun alla trouver appui auprès des conseillers du Komintern et des mouvements paysans, faute d’être soutenu par la bourgeoisie et les puissances occidentales.

Une tentative de reconquête qui démarra à Canton

Le Docteur Sun Yat-Sen avait regagné Canton au début du mois de décembre 1920. Le 5 mai 1921, il se fit réélire Président de la République de Chine par plus de 200 parlementaires rassemblés pour l’événement.

Sun commença par nommer son fils Sun Fo maire de Canton et, ayant créé un conseil municipal à l’instar de ce qui était fait en Occident, il entreprit des réformes afin de moderniser la ville. Il s’appuya pour cela sur les commerçants, à qui il emprunta 1 million de dollars pour assainir la métropole et détruire ses remparts. Il fit également interdire les jeux et les fumeries d’opium dans le but de faire de Canton une ville modèle.

WU Peifu - JPEG
A peine les travaux commencés, il annonça sa volonté d’unifier le pays par la force. En effet, les provinces du centre et du nord de la Chine étaient alors dominées par les « seigneurs de la guerre », potentats locaux, en guerre les uns contre les autres. Wu Peifu, un militaire de carrière né au Shandong, contrôlait ainsi la région de Pékin et le Hunan. Zhang Zuolin, bandit reconverti en militaire, tenait la Mandchourie. Feng Yuxiang, un militaire chrétien, dominait le Shaanxi et une partie du Hebei alors que Zhang Zhongshan, un satrape du Shandong, maîtrisait sa province natale.

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ZHUANG Zuolin


Le Docteur Sun espérait récolter des fonds pour monter une force armée contre ces différents adversaires, mais se trouva très vite démuni. En effet, les puissances occidentales voyant d’un mauvais œil l’apparition d’un « homme fort » au sud de la Chine, décidèrent de ne pas le reconnaître comme président et de lui couper les vivres, refusant de lui verser la part du « surplus douanier » revenant au sud de la Chine et qui représentait 13% des recettes de la région. Pour leur part, les élites locales voyaient d’un mauvais œil l’émergence d’une force armée offensive. Enfin, les trafiquants de tous ordres œuvraient en secret afin de rétablir leurs juteux négoces menacés par les réformes engagées, au point de louer les services de Tchen Kiong Ming, un satrape local, pour attaquer la résidence du Président. Celui-ci parvint de justesse à s’enfuir et se refugia à Changhai.

A la recherche d’un soutien politique

En arrivant à Changhai, le Docteur Sun fut obligé de tirer un constat partiel d’échec. La Chine était sous l’emprise de potentats locaux, qui, jusque dans sa propre ville, monopolisaient les lignes de chemins de fer sur lesquelles le nombre de soldats transportés allait passer de 290.000 en 1920 à 622.000 cinq ans plus tard. La bourgeoisie le soutenait, mais en lui ayant clairement fait comprendre qu’ils n’avaient pas les moyens de soutenir une action armée de grande envergure. Pour leur part, les notables locaux, souvent corrompus, avaient certainement intérêt à ce que la Chine demeure divisée…

Le Docteur se tourna alors vers deux autres catégories sociales en mesure de changer les choses : le prolétariat et les paysans. Les grèves à Changhai s’étaient en effet multipliées, qualifiées de « grèves de la misère » : de 90.000 journées en 1918, leur nombre s’était multiplié par 8 en 1922. Comme la plupart des industries étaient aux mains des étrangers, la révolte prenait peu à peu une couleur nationale et patriotique.

Le premier « Congrès national du travail », réunissant 162 délégués de 12 villes de Chine s’était tenu à Canton en mai 1922. Le Docteur Sun Yat-Sen, y avant reconnu la « patte » du parti communiste, souhaita rencontrer certains délégués russes du Komintern afin de solliciter leur aide. Adolf Joffe, négociateur envoyé par Moscou pour signer la rétrocession de la concession russe de Tientsin, vint ainsi le rencontrer à Changhai.

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Borodine


Lorsque Sun retourna à Canton en Février 1923, les « unions paysannes » qui avaient essaimé dans toute la région de la Rivière des Perles lui exprimèrent leur soutien. Dès lors, le Docteur fit adopter à son parti, le Kuomintang, une orientation anti-impérialiste et anti-occidentale. Li Dazhao, brillant journaliste révolutionnaire qui avait créé le journal « Chen Bao » (l’Echo) en 1918, adhéra au parti. A l’été de la même année, Sun Yat-Sen envoya son beau-frère, Tchang Kai-Check étudier à Moscou. Celui-ci revint en décembre flanqué de deux conseillers soviétiques qui feront beaucoup parler d’eux : Mikhail Marckovitch Gruzenberg, dit Borodine, et le sinistre général Vassili Konstantinovich Blücher, alias Galen.

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Galen

Le cadre est fixé, les acteurs sont en place. Va alors commencer une longue période de troubles pour la Chine : désordres politiques dans tout le pays et désordres sociaux au cœur de la métropole changhaienne…

Dans un prochain article, nous verrons comment se divisait la Chine dès lors et comment cette situation était vécue à Changhai...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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