Gazette de Changhai - 39 : Les Russes blancs arrivent en masse

La révolution russe, démarrée à l’ouest, s’étendit vers les marches de l’est. A l’été 1919, les Bolcheviques avaient consolidé leurs positions en Sibérie. Les troupes russes blanches, soutenues au début par les Japonais, résistèrent jusqu’en octobre 1922.

Des flottilles de bateaux débarquèrent à Woosong remplis de réfugiés. Les derniers arrivés furent les troupes du général Glebov, armées jusqu’aux dents. Dans le courant des années 20, d’autres réfugiés entrés par l’ouest de la Chine les rejoignirent, victimes des campagnes de collectivisation forcée. Ce flot de réfugiés fit passer la population russe de Shanghai d’à peine 800 en 1917 à plus de 13.000 âmes en 1929.

Des combats d’arrière garde

JPEGLes troupes révolutionnaires russes mirent plusieurs années à contrôler tout le territoire. Si, à l’ouest, les troupes du général de Wrangel avaient quitté Odessa en 1920, à l’est les troupes cosaques résistèrent âprement à l’avancée des Bolcheviques.

Les Cosaques étaient dirigés par l’Ataman Grigorii Mikhaelhovitch Semenov et étaient soutenus par les Japonais qui voyaient d’un très mauvais œil arriver un nouveau pouvoir dans leur sphère d’influence.
En effet, depuis 1902 la Mandchourie était dirigée de fait par le général russe D. L. Horvat, directeur du chemin de fer trans-mandchourien, et avec qui ils gardaient de bonnes relations. De plus, ce qui restait de la flotte russe du Pacifique, commandée par le vice-amiral Oskar Stark, était sous surveillance…

Au début de 1920, le gouvernement impérial de Khabarov tomba aux mains des Bolcheviques. Le général Fedor Lvovich Glebov, ayant succédé à l’Ataman Semenov, mena de nombreuses contre-attaques en se repliant sur Vladivostok.

Le 22 octobre 1922, le vice amiral Stark embarqua plus de 9000 réfugiés dans les 30 navires qui restaient au port et se dirigea vers le port de Wonsan en Corée où il arriva après 7 jours de traversée et en ayant essuyé une tempête en route.

Dix-huit bateaux et les trois quart des réfugiés restèrent en Corée aux bons soins de la Croix Rouge.

Stark quitta Wonson et arriva à la passe de Woosong avec 10 navires et plus de 3000 réfugiés. Les autorités chinoises lui donnèrent l’ordre de quitter les eaux territoriales dans les 48 heures.

Il débarqua son flot de réfugiés à Changhai et navigua jusqu’à Manille où il vendit tous les navires afin de récolter des fonds pour soutenir ceux qu’il avait débarqué en Chine. Les pavillons aux armes de l’empereur furent amenés en rade de Manille le 15 Janvier 1923.

Les troupes russes débarquent à Shanghai

JPEGFace à un tel afflux de réfugiés, la Société des Nations avait émis les fameux « passeports Nansen », viatiques leur permettant dans leurs errances de garder une certaine identité.

A Changhai, dès 1920 une « Russian Aid Society » fut mise sur pied aux fins d’accueillir et subvenir aux besoins les plus élémentaires des réfugiés.

C’est l’ancien siège de l’éditeur Kelly & Walsh qui leur servit d’asile.

L’ancien Consul général de Russie à Changhai, Vladimir Fedorovitch Grosse, président de la Russian Aid society, avait eu beaucoup de difficultés à négocier avec les autorités chinoises l’accès des réfugiés à Shanghai. Mais une autre tâche encore plus difficile l’attendait.

JPEGEn effet, en septembre 1924 arriva à Changhai le général Glebov, accompagné de 1000 cosaques armés jusqu’aux dents, le tout dans trois navires dont les cales regorgeaient d’armes, de munitions, de grenades et de bombes…

Glebov refusa de se faire désarmer car il avait tout de suite réalisé que celles-ci constituaient une source de revenu importante, ainsi d’ailleurs qu’un atout dans les négociations avec les autorités municipales de Changhai.

Alors que les Russes se trouvaient confinés sur leurs bateaux amarrés au quai de quarantaine du port de Changhai, la Chine avait entretemps reconnu le gouvernement bolchevique de Moscou, rendant ainsi les clefs du Consulat de Russie au nouveau régime et privant de ce fait tous les réfugiés de nationalité.

Le général Glebov envoya immédiatement un détachement pour prendre le contrôle du consulat, situé au nord du Garden Bridge sur le Soochow creek (Suzhou river).

Le Shanghai Municipal Council envoya une unité des Shanghai Volunteers et on en vint presque au conflit armé…

JPEGEntretemps, un autre bateau arriva à Changhai avec plus de 700 cadets de la marine impériale.

Les négociations durèrent des mois, mais et après avoir vendu tout ce qu’ils pouvaient, les débris de l’armée impériale furent finalement autorisés à débarquer et rejoignirent le flot de leurs compatriotes réfugiés.

Nombre d’entre eux se mirent au service des seigneurs de la guerre, potentats locaux qui sévirent pendant toute cette période et dont nous reparlerons.

Le général Glebov resta à Shanghai et devint le pilier de la communauté russe blanche de la ville.

La même année affluèrent des milliers de réfugiés chassés par les campagnes de collectivisation forcées en Russie. Ils entrèrent par la province du Xinjiang et arrivèrent en caravanes à Changhai.

L’année suivante, les autorités chinoises reconnurent le contrôle des autorités russes sur le Chinese Eastern Railway en Mandchourie.

Tous les employés russes blancs furent chassés et arrivèrent à Changhai, mais cette entrée fut pour le moins discrète car l’agitation sociale faisait alors la une des journaux…

En effet, l’arrivée massive des Russes à Changhai correspondait au boom économique de la ville, mais aussi aux premiers désordres sociaux liés à ce développement trop rapide, dont des communistes allumèrent les premiers feux. Mais de cela nous parlerons dans un prochain article...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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