La Gazette de Changhai : une épopée qui a démarrée il y a 10 ans !

A l’occasion de la parution du centième article de la « Gazette de Changhai », nous avons voulu interroger son auteur sur la genèse et les motivations de cette série impressionnante d’articles qui nous ont plongés chaque mois pendant 10 ans dans l’histoire de la présence française à Shanghai.

A l’occasion de la parution du centième article de la « Gazette de Changhai », nous avons voulu interroger son auteur sur la genèse et les motivations de cette série impressionnante d’articles qui nous ont plongés chaque mois pendant 10 ans dans l’histoire de la présence française à Shanghai.

Thomas Rollet : Cher Charles Lagrange, expliquez-nous tout d’abord qui êtes vous et d’où vous est venu cette passion pour la Concession française de Shanghai.

Charles Lagrange : Belge de nationalité et Ingénieur de formation, je suis « tombé dans la marmite » de l’histoire de la présence européenne en Chine voici plus de 30 ans et ce, en lisant Tintin et le Lotus Bleu !

Comme vous le savez tous, la plus grande partie du récit d’Hergé se passe dans la Concession Internationale de Shanghai au début des années trente. Le fait d’y voir des européens contrôlant une partie du territoire chinois m’a bien évidemment interloqué. J’ai donc acheté mon premier livre sur le sujet. De fil en aiguille, la chose m’a passionnée et depuis 30 ans, tous les livres et documents que j’achète sont exclusivement centrés sur ce sujet. Poussière et vieux papiers m’entourent comme autant de témoignages des 100 ans pendant lesquels Européens et Chinois ont partagé ensemble les affres de l’histoire de ce grand pays.

Thomas Rollet : Certes un passé commun, mais n’avait-il pas commencé au son du canon et n’était-il pas le résultat d’une série de traités tous plus contraignants pour la Chine ?

Charles Lagrange : Il est vrai que ce chapitre de l’histoire reste encore aujourd’hui une page douloureuse dans l’esprit des chinois. Il faut cependant savoir que le régime de la dynastie Qing était déliquescent et replié sur lui-même et que dans un contexte de développement du commerce international, il paraissait donc nécessaire d’aider la Chine à s’ouvrir et à se moderniser.

Les voisins nippons, que l’Impératrice Douairière Cixi appelait irrévérencieusement « les nains », avaient compris dès 1860 que la modernisation du pays était inévitable si le pays voulait prendre sa place au sein des grandes nations.
Quant aux traités, la simple différence de dénomination en montre tout l’anachronisme : appelés « traités inégaux » par les chinois, et « traités d’ouverture » par les occidentaux…..

Ils ont donc été signés « malgré eux », mais ils n’en restent pas moins le point de départ d’une modernisation de la Chine qu’elle reprendra à son compte bien plus tard, lorsque naitra la république et s’opérera l’unification du pays.

Thomas Rollet : Et la France dans cette aventure ?

Charles Lagrange  : La France n’ayant que peu d’échanges commerciaux avec la Chine à l’aube du XIXème, Elle s’est investie dans le rôle de défenseur des chrétiens. Forte de cette prérogative, elle vint s’installer à Shanghai en 1848 et s’activa à susciter l’intérêt des industries françaises pour le commerce avec l’Empire du Milieu. Elle eut un premier succès avec les soyeux Lyonnais, puis avec les importateurs de biens de luxe.

Mais la France a surtout voulu développer sa présence et son rayonnement intellectuel en Chine et c’est en cela qu’elle s’est clairement différenciée de ses voisins anglo-saxons.

Thomas Rollet : Comment s’est matérialisé ce rayonnement intellectuel ?

Charles Lagrange : Comme je l’ai souvent relaté dans mes articles, ce rayonnement s’est manifesté dans trois domaines importants : l’éducation, la santé et la culture.

En collaboration étroite avec la plupart de ordres religieux, la France a concouru à l’éducation des jeunes chinois et la formation professionnelle des plus démunis d’entre eux. Citons le collège St Ignace, l’école et l’école technique franco-chinoise, et bien évidemment l’Université Aurore. La France a aussi été la cheville ouvrière du développement des institutions de santé et des travaux de salubrité de la ville. Citons l’hôpital Sainte Marie, le dispensaire et le laboratoire municipal, et bien sûr l’Institut Pasteur. La France a enfin toujours veillé à faire rayonner sa culture par l’intermédiaire de l’Alliance Française, seule institution du type à Shanghai dès l’entre deux guerres.

Thomas Rollet : Et que reste-t-il aujourd’hui de cette présence française à Shanghai ?

Charles Lagrange : Il reste aujourd’hui de nombreux édifices qui attestent de la présence française et dont la plupart ont été très bien restaurés par les autorités municipales. Beaucoup d’entre eux avaient été conçus et construits par des architectes français, mais surtout leur finalité a été conservée, preuve qu’ils étaient parfaitement adaptés à leurs fonctions originelles. Il reste aussi que Puxi est un coin prisé des chinois branchés, un havre de bien-être avec ses allées plantées de platanes – un apport des français – bordées de cafés et de restaurants sympathiques et dans lesquelles circulent les trolleybus, dignes héritiers de la Compagnie Française des Tramways et de l’Eclairage Electrique. Il reste enfin des générations de chinois médecins, ingénieurs ou docteurs en droit qui ont usés leurs culottes sur les bancs des institutions françaises et dont les carrières ont été particulièrement brillantes dans la Chine républicaine.

Thomas Rollet : Et comment voyez-vous évoluer la sensibilisation à l’histoire des français à Shanghai ?

Charles Lagrange : Lorsqu’en 2006 Thierry Mathou, Consul Général à Shanghai, m’a confié cette rubrique historique, il m’avait dit : « Charles je vais vous rendre un service : celui de vous obliger à lire les dizaines de livres de votre collection que vous n’avez pas encore ouverts et nous en faire bénéficier ».

Mon souci premier a donc été de faire partager ma passion avec les français résidant à Shanghai et pour ceux qui résident dans la périphérie de la ville, les inciter à se balader dans les rues de l’ex-concession française afin de s’imprégner de cette présence plus que centenaire.

Heureusement d’autres passionnés ont pris le relais, et je pense à ceux qui ont crée leurs propres sites et qui organisent des balades guidées : je les en remercie de tout cœur.

Si le Consulat le désire, je continuerai à publier mes articles, bien que nous arrivions maintenant à la fin de la belle aventure puisque comme vous le savez, la concession française de Shanghai a été rétrocédée une première fois en Juillet 1943, et l’accord a été ratifié en Février 1946.

Je tiens plus particulièrement à vous remercier, mon cher Thomas, pour votre aide précieuse et j’espère que la personne qui vous succèdera mettra autant d’enthousiasme à soutenir les « passionnés de Shanghai ».

En conclusion et je dirais donc une fois de plus à vos lecteurs : Restez branchés……

Dernière modification : 04/08/2017

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