L’interview du mois : Julien MINET, hôte de la Maison des maitres du thé

Nos compatriotes sont de plus en plus nombreux à se presser pour découvrir les charmes de la région sud, rurale et verdoyante, de la province de l’Anhui. Installé dans le village de Zhaji depuis plusieurs années, M. Julien MINET connait bien la région : il y a ouvert une maison d’hôtes et propose des séjours personnalisés. Une formule à succès qu’il a accepté de partager avec les lecteurs de la Lettre de Shanghai.

Lettre de Shanghai : Après votre formation d’ethnologue, vous avez été amené à travailler en Chine. Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez découvert Zhaji, le village dans lequel vous avez choisi d’ouvrir votre maison d’hôtes ?
La confortable Maison des Maîtres des Thés - JPEG
Julien MINET : J’ai fait mes premiers pas dans ce pays en 1995, en tant qu’étudiant. Je suis revenu trois ans plus tard dans le cadre d’une mission de coopération pour l’UNESCO : il s’agissait de mener une étude approfondie sur le mode de vie des populations dans les villages au Sud de Suzhou et de Hangzhou. Cette étude était menée dans le but de placer ces villes aux charmants petits canaux sur les listes de l’organisation internationale en vue d’une éventuelle sauvegarde. Ces études m’ont passionné car c’est à ce moment-là qu’il m’ a été permis de comprendre la vie dans les campagnes chinoises.

Zhaji est un village à l’histoire fascinante qui remonte à la dynastie des Yuan. A l’époque, M. ZHA avait quitté le Shandong pour s’établir à son propre compte. Il avait choisi le village auquel il donnera son nom en s’appuyant sur les orientations du Feng shui, et y monta un commerce de thé fleurissant. Le nom de ma maison témoigne encore de cet héritage Yuan. Toutefois, le village a connu son âge d’or sous les Ming, dynastie pendant laquelle ont été construites la plupart des maisons.

Quand j’ai visité Zhaji la première fois, la maison était en ruine. Je l’ai achetée une bouchée de pain, avec d’abord le projet d’une résidence secondaire. La vie en ville étant très fatigante, j’avais besoin de retrouver un certain calme.

LDS : Quelles ont été les difficultés que vous avez pu rencontrer dans la réalisation de projet, à la fois dans la restauration mais aussi au niveau de votre intégration dans le village ?

JM : S’agissant de l’intégration, je dois dire que la connaissance de la langue a été un avantage. Les difficultés ont pu concerner les travaux eux-mêmes. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai pensé à louer la maison dès qu’elle fut habitable.

La maison me ressemble. Elle respecte les techniques ancestrales et les matériaux locaux sans pour autant tourner le dos à la modernité et au confort auquel j’ai été habitué. Les villageois me sont venus en aide et m’ont apporté leur savoir-faire. Nous avons lié des liens en travaillant ensemble à la rénovation de cette maison. Nos échanges ont été instructifs, nous avons appris les uns avec les autres, je leur ai apporté des techniques modernes isolantes, comme le double vitrage, et eux m’ont appris des techniques très anciennes, propres au style de la dynastie des Yuan que je tenais à faire revivre. Il s’agit d’un style à la fois sophistiqué et épuré, très émouvant.

Les travaux ont duré environ deux ans. Aujourd’hui, des liens d’amitié ont remplacé les premières relations de travail. D’ailleurs, mes activités au sein du village dépassent les murs de la Maison du Maître des thés. J’ai apporté mon aide au développement de l’artisanat local : je pense notamment à un marchand de pinceaux qui a désormais son site internet. Je m’efforce de leur montrer qu’ils ont quelque chose de grand dont ils doivent être fiers. Ils ne doivent pas sacrifier la richesse de leur village aux touristes.
Le village de Zhaji - JPEG
LDS : A ce propos, la région et ses alentours s’avèrent très attractifs pour les touristes de plus en plus nombreux. Comment voyez-vous Zhaji dans vingt ans ?

JM : Quand on voit arriver des cars remplis de touristes, on prend conscience des dangers du tourisme de masse. Néanmoins, le tourisme rural rencontre un nouveau dynamisme qui tient notamment à l’arrivée des voitures individuelles. J’ai bon espoir de voir se développer une ère nouvelle dans ce domaine.

Les nombreux retours de ma clientèle me poussent à croire que Zhaji continuera de séduire.

Il reste aussi à espérer que dans vingt ans ce village réussira à renforcer ses divers partenariats de jumelage à l’international pour faire connaître son histoire et son patrimoine culturel tout en le préservant pour les générations futures.

JPEGSitué au cœur du Wannan au sud de la province de l’Anhui, le village de Zhaji auquel l’Ecole de Chaillot a déjà consacré une exposition offre un accueil chaleureux et personnalisé.

La découverte de Zhaji, village Ming encore épargné par le tourisme de masse offre un réel dépaysement au cœur d’une campagne authentique, à quelques heures de Shanghai. Idéal pour un week-end en famille ou entre amis. Toutes les informations sur la maison et les séjours qu’elle propose peuvent être obtenues sur le site http://www.chawu.com

Dernière modification : 07/08/2014

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