L’innovation en France : des atouts décisifs

La France est bien positionnée pour être parmi les pays les plus dynamiques en matière de recherche et développement (R&D) dans les prochaine années. L’innovation est une longue tradition française et la France un grand pays de culture scientifique. Un exemple : parmi les 44 lauréats de la médaille Fields récompensant les travaux de jeunes mathématiciens, la France arrive en 2ème position des pays les plus médaillées (9 médailles, dont une en 2006) après les Etats-unis (13).

Aujourd’hui, dans un contexte d’internationalisation de la recherche, la France est un pays attractif qui dispose des atouts qui conditionnent l’implantation d’activités de R&D : des universités rénovées et des équipes de recherche reconnues, des pôles de compétitivité mettant en relation entreprises et centres de recherche, et des coûts compétitifs pour l’entreprise.

Les atouts de l’innovation « made in France »

Une concentration de ressources humaines de R&D hautement qualifiées

En France, la R&D occupe 380 000 équivalents temps plein (ETP) tous emplois confondus. Pour ce qui est des seuls chercheurs, la France est au 6ème rang mondial et au 2nd rang européen (230 000 ETP chercheurs) derrière les États-Unis (1,3 millions ETP), la Chine (926 000) le Japon (677 000) la Russie et l’Allemagne. Avec plus de 3% de croissance par an en moyenne, la progression du nombre de chercheurs en France a été l’une des plus fortes des pays de l’OCDE ces dernières années.

Contrairement aux idées reçues sur la fuite des cerveaux, la France est un « brain-gainer » : elle attire plus de diplômés qu’elle n’en perd. Seuls les Etats-Unis et le Canada font mieux.

Une recherche publique d’excellence

La France dispose d’organismes de recherche publics d’envergure internationale présents sur tous les secteurs de l’innovation : CNRS, CEA, Institut Pasteur, INSERM, INRA, INRIA [1], etc. Sont partenaires de ces acteurs de grandes écoles françaises – Polytechnique, les Mines, l’INSEAD, HEC – et des universités reconnues elles aussi au plan mondial (dans le top 100 des universités européennes, la France arrive en 6ème position avec Paris VI, selon le classement de Shanghai).

Le système français de recherche et d’innovation se réforme en profondeur depuis 2005. Un exemple : les partenariats publics-privés ont été renforcés avec la création des Instituts Carnot. En cours de réforme : la simplification des procédures administratives pour les chercheurs et le renforcement des liens entre organismes de recherche.

Focus sur le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique)

Acteur majeur de la R&D dans l’énergie, la défense et la sécurité, les technologies de l’information et la santé avec :
- plus de 15 000 chercheurs,
- 3,3 milliards d’€ de budget,
- 97 nouvelles entreprises créées dans les hautes technologies,
- 9 centres de recherche dont le Leti : 1 000 personnes dédiées à l’innovation industrielle, un des principaux centres européens de recherche appliquée en électronique et l’un des principaux instigateurs du Pôle d’innovation Minatec®, membre du Pôle de compétitivité Minalogic (Grenoble).

Quelques découvertes et inventions françaises :

- la transfusion sanguine
- l’automobile
- la photographie
- la pile photovoltaïque
- le vaccin contre la rage
- le projecteur de cinéma
- la radioactivité artificielle
- la carte à puce
- la thérapie génique

Une recherche privée très active

La recherche privée, qui s’illustre notamment par des PME très innovantes, regroupe plus de la moitié des chercheurs (53%). Elle recrute dans tous les secteurs : du fabricant de vélos high-tech (Time Sport en Bourgogne) au concepteur de logiciels (Allegorithmic en Auvergne) en passant par un pionnier de l’énergie solaire comme Emix (Creuse). Elle est particulièrement active dans les sciences du vivant. Les « business angels » - au nombre de 3 000 actuellement - se développent rapidement en France, sous la forme de réseaux associatifs privés ou de sociétés de capital risque.


La France est au 5ème rang mondial et au 2ème rang européen derrière l’Allemagne pour le dépôt de brevets internationaux en 2007 (6 250). Plus de 12 000 brevets ont été déposés par les entreprises françaises en 2007, en augmentation de 3,3 % par rapport à 2006. (Source : Organisation mondiale de la Propriété Industrielle OMPI – Direction Générale des Entreprises DGE)

Des centres d’excellence

La France procède à la mise en réseau des acteurs et à leur valorisation internationale à travers deux grands dispositifs :

Les pôles de compétitivité – au nombre de 71 dont 17 mondiaux – favorisent les échanges entre les chercheurs et les industriels. Les entreprises membres des pôles ont lancé 455 projets depuis 2005 : ils mobilisent 10 000 chercheurs, un montant de dépenses de R&D de près de 2,8 milliards d’€ et un financement public à hauteur de 929 millions d’€. Les pôles s’internationalisent rapidement puisqu’on compte aujourd’hui en leur sein près de 500 établissements et 173 500 salariés de groupes étrangers.

Les Pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) fédèrent localement les principales activités d’enseignement supérieur et de recherche pour renforcer leur attractivité et leur visibilité internationales.

Boîte à outils pour réussir son projet de R&D en France

La France s’est dotée des outils pour soutenir l’innovation.

Des titres de séjours qui facilitent la venue en France des talents étrangers

Délivrée depuis la fin 2007, la carte de séjour « Compétences et Talents » a une durée de validité de 3 ans et est notamment destinée aux porteurs de projets scientifiques. Grâce à ce titre pluriannuel, la famille du porteur de projet bénéficie d’une carte de séjour donnant automatiquement accès au marché du travail.

La carte de séjour temporaire « salariés en mission » est également un titre pluriannuel de 3 ans qui facilite les transferts de compétences au sein d’un même groupe et propose les mêmes avantages que la CCT pour la famille accompagnante.

Un réseau d’acteurs performants au service de la R&D

Le 7ème programme cadre européen pour la recherche et le développement technologique (2007-2013) est doté d’une enveloppe de plus de 50 milliards d’€. Le 6ème programme a apporté un soutien financier à près de 5 000 entreprises en France. Avec 97 projets intégrés et 211 projets de recherches ciblés, la France est le 2ème coordonnateur de projets européens, loin devant le Royaume-Uni.


Les Accords de Londres (loi du 29 octobre 2007) réduisent de 25 à 30% les coûts de traduction des brevets européens en supprimant l’obligation de traduire en français les parties techniques.

L’Agence Nationale de la Recherche soutient des projets de recherche présentés conjointement par des laboratoires publics et des entreprises. Elle bénéficie en 2008 d’une capacité d’engagement de près d’un milliard d’€. 25% des aides sont attribués aux entreprises.

« OSEO innovation », principal guichet d’aides aux PME innovantes en France, attribue des aides directes (460 millions d’€ en 2007) ou des garanties de financement en lien avec le réseau bancaire. Ses experts ont aidé ou accompagné près de 60 000 entreprises en 2006.

Le Fonds de Compétitivité des Entreprises attribue des subventions (432 millions d’€ en 2007) aux projets de R&D des pôles de compétitivité et aux projets des clusters Eurêka.

Un soutien à la recherche privée inégalé en Europe

La France propose aujourd’hui le meilleur crédit d’impôt recherche (CIR) d’Europe. Récemment réformé, le CIR 2008 correspond à 50% des dépenses de R&D par an la 1ère année (jusqu’à 100 millions d’€), 40% des dépenses la 2ème année et 30% les années suivantes.

Le dispositif jeune entreprise innovante (JEI) permet aux PME de moins de 8 ans qui consacrent au moins 15% de leurs charges à des dépenses de recherche d’obtenir certains allègements fiscaux et d’être exonérées de cotisations sociales sur les rémunérations liées aux projets de recherche.

Le dispositif jeune entreprise universitaire (JEU) favorise la création d’entreprises par les étudiants ou par toute personne impliquée dans les travaux de recherche des établissements d’enseignement supérieur. Ces entreprises bénéficient de nombreux allègements fiscaux tels que l’exonération totale de l’imposition forfaitaire annuelle ou encore l’exonération des charges patronales sur les salaires des personnes affectées aux projets de R&D.

Des coûts salariaux compétitifs

Benchmark des coûts salariaux en Europe - Salaires annuels bruts chargés en euros

Allemagne Belgique Danemark France Irlande Italie Royaume Uni
Directeur R&D 187124 192335 146791 184059 159880 188648 176000
Responsable R&D 121689 120010 94719 107300 93500 116687 94910
Ingénieur 71802 65980 58752 58343 48089 46961 44920
Chercheur 62662 60151 52513 51854 44364 42144 38661
Technicien de laboratoire 57813 56810 49186 45381 39327 39136 34598

source : OCO Assess 2008 - Basée sur les statistiques nationales et les données de Watson Wyatt (2007)

L’emploi scientifique bénéficie en France d’une grande stabilité. « C’est le plus fort atout de la recherche publique française. Cette particularité, à ma connaissance unique au monde, d’offrir à de jeunes chercheurs un poste permanent attire de nombreux étrangers », témoignait David Prangishvili, microbiologiste géorgien de l’Institut Pasteur [2].

L’INRIA et MICROSOFT,un centre de recherche commun

Inauguré en janvier 2007, le Centre de Recherche Commun INRIA-Microsoft Research, basé au sein du Parc Orsay Université (Ile-de-France), s’inscrit dans la continuité d’une collaboration engagée depuis plusieurs années. L’organisme de recherche public et le n°1 mondial du logiciel y ont réuni une quinzaine de chercheurs en mathématiques et en informatique mondialement connus pour travailler sur des sujets de recherche fondamentale.
La notoriété de l’INRIA a beaucoup pesé dans la balance. Outre l’Ecole Polytechnique de Zurich, il s’agit du seul européen classé parmi les 20 meilleurs centres de recherche en informatique, publics ou privés (d’après Thomson Scientific).
La constitution de ce centre de recherche commun démontre la stature internationale de la recherche française en informatique.

GENZYME a choisi la France

En 2007, le groupe américain de biotechnologie Genzyme, a choisi la France pour construire un site de bio-production à Lyon. Aujourd’hui Genzyme compte plus de 200 salariés en France, avant tout dans le domaine de la santé (médicaments et chirurgie), qui travaillent en étroite collaboration avec leurs collègues des filiales européennes et américaines.

Frederic Turner, Directeur Général de Genzyme France, témoigne des raisons pour lesquelles son groupe a choisi de s’implanter en France :
« Notre société opère dans l’industrie de la santé, une industrie dans laquelle la France possède une longue tradition. Lyon… a créé le premier biopôle français. Autorités locales, autorités de la santé, hôpitaux et industriels sont réunis au sein de ce biopôle pour inventer la santé de demain. L’industrie du futur est une industrie d’innovation et de créativité. Le système éducatif en France est l’un des meilleurs au monde au même titre que le système de santé – classé n°1 par l’Organisation Mondiale de la Santé. Voilà donc ce que nous sommes venus chercher : des cerveaux. Voilà ce qu’offre la France. »

Sources : Le Monde du 12.01.2007 et www.inria.fr

Michel Godet est professeur au CNAM. 

Francis Mer est ancien ministre de l’économie.

[1Centre National de la Recherche Scientifique, Commissariat à l’Energie Atomique, Institut Pasteur, Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale, Institut National de la Recherche Agronomique, Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique.

[2La Recherche et l’Innovation en France, J. Lesourne et D. Randet, FutuRIS 2007.

Dernière modification : 27/02/2017

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