Journée internationale des droits des femmes

Intervention de Mme Nathalie Loiseau, ministre chargée des affaires européennes (Paris, 8 mars 2018)

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue ici au ministère de l’Europe et des affaires étrangères. C’est avec une vraie et particulière émotion que j’ouvre cette journée internationale des droits des femmes du ministère de l’Europe et des affaires étrangères aujourd’hui. Comme pour beaucoup d’entre vous, ce n’est pas ma première. Et, ce n’est pas non plus ma première fois dans ce ministère, car j’y ai participé en tant que présidente de l’association « Femmes et diplomatie », il y a déjà de nombreuses années, en tant que directrice des ressou rces humaines et aujourd’hui en tant que ministre chargée des affaires européennes.

À quoi sert un 8 mars ? Est-ce un gadget comme certains ou certaines le disent ? À quoi sert une journée internationale des droits des femmes ? À donner bonne conscience, certainement pas. Que ce soit dans le fonctionnement du ministère, que ce soit dans notre fonctionnement et dans notre action diplomatique, il est facile de dire que le verre est à moitié vide et que l’on pourrait faire plus, mieux, toujours et tout le temps.

Cette journée sert-elle à se lamenter ? Pas davantage. Bien sûr, les droits des femmes n’avancent pas assez vite, pas assez fort et même parfois, ils reculent à travers le monde. Mais, à la fois à l’intérieur de cette maison - de ce « Département » comme l’on dit - beaucoup de choses ont changé, bougé et évolué dans la bonne direction ces dernières années. En 2012, il y avait, je crois, 24 ambassadrices et il y en a 46 aujourd’hui. Le ministère dans son ensemble est paritaire, selon les années cela varie un peu mais on est presque à 50/50 et il y a des femmes partout à travers le monde dans des responsabilités fortes, dans des postes exposés. C’est donc que ce ministère a évolué et nous en sommes évidemment heureux. Son action en faveur des droits des femmes à travers le monde est présente dans tous les pans de l’action diplomatique.

Un 8 mars, cela sert à faire le point, sans complaisance ni fatalisme, surtout à se mobiliser et à mobiliser autour de soi. Pour notre action diplomatique le constat est simple : on ne construit jamais la paix sans inclure les femmes, on ne peut pas encourager le développement quand les filles n’ont pas accès à l’éducation, que les femmes ne sont pas insérées dignement dans le monde professionnel. Et pourtant, le taux de participation des femmes à l’économie et rémunérées dans le monde ne dépasse pas 50% et cela depuis plusieurs décennies. Des discriminations légales entre les femmes persistent dans 155 pays. Cela ne doit pas nous décourager mais au contraire nous mobiliser pour être encore plus présents sur ces sujets, partout à travers le monde.

Ici en France, le président de la République a fait de l’égalité entre les femmes et les hommes la grande cause du quinquennat et cette cause est déclinée dans l’ensemble des politiques publiques. Pour vous rejoindre, j’ai quitté le comité interministériel sur les droits des femmes que préside le Premier ministre ce matin, je vous rassure, Jean-Yves Le Drian y est lui bien présent, et il accueille le Premier ministre du Québec pour un bel exercice d’échange de bonnes pratiques et de réflexions communes sur la promotion des droits des femmes chez nous et dans le monde.
Cette journée sera très dense, très riche, je ne vous en détaillerai pas le programme puisque vous l’avez tous et toutes devant vous. Merci d’être là, merci de montrer votre intérêt et sans attendre, je voudrais commencer en prenant part à cette table ronde avec « Jamais sans elles ».
Merci encore à toutes et à tous.

Entretien de Mme Nathalie Loiseau, ministre chargée des affaires européennes, avec « Euractiv » (Paris, 8 mars 2018)

Q - Après l’affaire Weinstein, est-ce que la question de l’égalité hommes/femmes se pose différemment en Europe ?
R - Il y a une écoute de la parole des femmes sur les questions de violences sexuelles et sexistes dont on a trop longtemps pensé qu’elles étaient marginales dans les sociétés développées. Or, en France, une femme meurt encore tous les 3 jours sous les coups de son compagnon ou de son ex-compagnon, une sur trois a déjà été victime d’agression sexuelle et une sur deux de harcèlement sexuel ! C’est l’écoute qui a changé, plus que la parole qui s’est libérée. Il y a des phénomènes de cristallisation autour de scandales, comme l’affaire Weinstein. Mais le travail de fond concerne tout le monde et doit être fait partout en Europe.

Q - À la tête des institutions européennes, on trouve surtout des hommes…
R - On a des institutions européennes qui ne sont pas encore suffisamment paritaires. Ce sont des choses qui n’évoluent pas spontanément. 60% des diplômés de masters sont des femmes en Europe mais il y a seulement 25% de femmes aux postes à responsabilité, qu’il s’agisse de responsabilités électives ou exécutives. Il faut donc une politique déterminée de lutte contre cette discrimination.
Il y a beaucoup à faire dans les institutions européennes en matière de promotion, en démarrant par l’encadrement intermédiaire. Il y a aussi des personnalités phares comme Margrethe Vestager ou Cecilia Malmström, qui sont des sources d’inspiration.
Mais je lance un appel : ça ne vient pas naturellement ! Cela ne veut pas dire qu’il faut nécessairement des quotas, mais il faut des politiques proactives pour accompagner les talents féminins.
Le cas problématique de Luis De Guindos suscite une fronde des élus sur le mode de sélection des postes à haute responsabilité. Le candidat espagnol à la vice-présidence de la BCE pourrait en faire les frais.

Q - Est-ce qu’il faut changer le mode de recrutement des fonctionnaires et des politiques en Europe ?
R - Il faut toujours se poser la question de savoir si on ne crée pas des discriminations négatives. Quand j’ai dirigé l’ENA, je me suis demandé si on ne passait pas à côté de certains talents parce que la nature des épreuves ou du jury ferait que s’exprimait une préférence inconsciente pour un certain type de profils qui correspondait plus aux habitudes qu’aux compétences recherchées. Si on recrute un genre plus qu’un autre, on doit se poser la question.

Q - Comment faire prendre conscience des biais aux jurys ?
R - On peut avoir un jury paritaire qui a des biais de recrutement : chacun a tendance à favoriser les profils qu’il a l’habitude de voir à des postes à responsabilités. Spontanément, on accorde plus de confiance aux personnes grandes dotées d’une voix grave par exemple. Si on prend conscience de cela, cela permet d’évaluer les compétences différemment. La capacité à exprimer des doutes doit-elle être une qualité ou un défaut par exemple ? Souvent, les femmes ont été incitées dès le plus jeune âge à exprimer leurs émotions et leurs interrogations, alors qu’on incite les hommes à ne pas le faire dans l’éducation traditionnelle. Les petits garçons doivent ne pas avoir peur, être sûrs d’eux, alors qu’à une petite fille, on risque de lui reprocher d’être trop sûre d’elle. Cela entraîne des comportements différents et des façons de s’exprimer différentes. Est-ce que quelqu’un qui a vocation à être un décideur doit être quelqu’un qui ne doute jamais, ou est-ce qu’il doit être ca pable de réfléchir, de consulter, de prendre le temps de la nuance avant de prendre des décisions. C’est une vraie question de société, à laquelle il faut répondre !

Q - À la Banque centrale européenne, dont le conseil des gouverneurs est composé à 92% d’hommes, Luis De Guindos vient d’être été nommé vice-président ; ce n’est pas faute d’une sérieuse prise de conscience pourtant…
R - Il faut être capable d’accompagner des potentiels quand ils sont non-majoritaires. Il y a un sujet sur la diversité dans les institutions européennes. Le plus souvent, les bonnes pratiques se transmettent d’homme à homme. Quand cela ne se fait pas spontanément, il faut le rendre possible.
Lancée par le Défenseur des droits, cette campagne de communication vise à pallier au flou sur la définition du harcèlement sexuel au travail. D’après une étude du Défenseur des droits, 57% des actifs s’estiment mal informés sur le harcèlement sexuel, 69% pour les 25-34 ans.

Q - Au quai d’Orsay, avez- vous été victime de discrimination dans votre carrière ?
R - Je dirais plutôt que j’ai évolué dans un univers où ma place n’était pas acquise au départ. À partir du moment où j’ai commencé à avoir des responsabilités, j’ai eu à cœur d’aider d’autres femmes à avancer. Ce n’est pas une trajectoire individuelle qui va changer les choses, c’est un mouvement plus collectif. J’ai été DRH de ce ministère, dirigé une association de femmes diplomates puis une grande école. À chaque fois, j’ai tenté d’encourager les femmes et les personnes issues de la diversité qui me semblaient avoir du potentiel.

Q - C’est un combat que vous avez mené, mais est-ce que vous le conseillerez à votre fille ?
R - Ce qui est intéressant n’est jamais facile. Il ne faut pas non plus se comporter comme des poupées de porcelaine, et considérer que l’on ne peut prendre des responsabilités et être distinguées dans un monde complètement idéalisé. Je ne prône pas la violence, mais il faut être prêt à affronter la complexité, l’échec pour mieux rebondir, apprendre sur soi et s’améliorer.
Parfois notre handicap en tant que femme est d’avoir été très bonnes élèves : le système scolaire réussit plutôt mieux aux jeunes filles qu’aux jeunes garçons. Ce qui nous prépare mal à l’échec, à prendre des risques. Chercher à avoir plus de responsabilités, c’est être prêt à ce que cela ne marche pas à tous les coups.

Q - Le manque de diversité au sein des institutions est-il une des raisons du rejet de l’Europe par les citoyens ?
R - N’importe quelle institution doit être représentative des populations au service desquelles elle se met. Quand vous êtes issu de l’élection, vous avez la légitimité d’avoir été choisi. Mais quand vous êtes fonctionnaire, outre votre compétence, votre légitimité repose sur votre capacité à représenter la population que vous servez.

Q - Vous allez lancer la semaine prochaine des consultations citoyennes sur le futur de l’Europe. Allez-vous y associer les femmes ?
R - Les femmes sont la moitié de la population, donc si elles n’exprimaient pas leur vue ce serait un désastre ! Elles ont toutes leur place pour exprimer ce qu’elles attendent, sur tous les sujets. J’attends autant de femmes s’exprimant sur le terrorisme que sur l’Europe sociale.
26 Etats membres participent pour l’instant aux consultations citoyennes sur l’Europe. Entre avril et octobre seront organisés des débats pour entendre ce que les citoyens ont à dire de l’Europe. Je ne suis pas convaincue que les Européens se concentrent sur les questions institutionnelles. La vraie question, ce sont les politiques européennes : lesquelles fonctionnent ou pas, lesquelles doivent être revues./.

Intervention du Secrétaire général du ministère de l’Europe et des affaires étrangères (Paris, 8 mars 2018)

Mesdames les Députées,
Mesdames les Ambassadrices et Messieurs les Ambassadeurs,
Madame la Ministre, Chère Elisabeth Guigou,
Madame la Haute Fonctionnaire à l’égalité de droits, chère Florence Mangin, qui a été largement l’organisatrice de ces journées,
Mesdames et Messieurs,
Chers Collègues,
Je voudrais vous dire combien je suis heureux, très honoré et impressionné de participer à la célébration de la journée internationale des droits des femmes.
Les trois dernières années, j’étais en Chine, j’ai réuni un certain nombre de femmes chinoises qui étaient toutes des combattantes dans un contexte difficile malgré les apparences et les droits formels qu’on a pu leur donner. Et en Chine, si la femme représente la moitié du ciel, on peut dire qu’effectivement une partie du ciel reste bien sombre.

Aujourd’hui, je vais vous donner un éclairage sur ce qu’est notre stratégie internationale pour l’égalité entre les femmes et les hommes.
Et c’est un plaisir de le faire en présence de deux vice-présidentes de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale que je salue et que je remercie, Mmes Mireille Clapot et Laurence Dumont, qui ont été chargées d’une mission parlementaire sur les droits des femmes dans la diplomatie française.
Je voudrais également saluer la présence parmi nous de Mme Yveline Nicolas qui a très largement contribué à l’élaboration de cette stratégie internationale en animant la Plateforme Genre et développement mise en place il y a déjà quelques années.

Et puis, je voudrais saluer Laurence Souloumiac qui est la coordinatrice de la formation « Femmes d’avenir en Méditerranée » à Sciences-Po, et qui, avec Nicole Ameline, qui n’est pas présente aujourd’hui mais qui est à Genève où elle participe à une session du comité pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, s’adressera à vous à travers une vidéo.

Mesdames et Messieurs,
La nouvelle stratégie internationale de la France pour l’égalité entre les femmes et les hommes pour la période 2018-2022 est innovante mais elle ne part pas de rien.
Elle s’inscrit dans une tradition que vous connaissez tous, dont nous sommes les acteurs depuis bien longtemps : celle de la protection des droits de l’Homme, avec un H majuscule, donc des droits des femmes.
On peut se référer, à des engagements pris aux Nations unies :

Je pense à :
- l’engagement de la France pour l’adoption de la convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes en 1979,
- l’initiative de notre pays, en 2000, de la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur la thématique « femmes, paix et sécurité »,
Mais on peut se référer aussi aux initiatives que nous avons prises en 2009, avec les lignes directrices de l’Union européenne sur les violences faites aux femmes qui orientent la politique étrangère commune en ce domaine,
Enfin il y a l’ensemble des initiatives prises depuis plus d’une dizaine d’années sur le plan national.

Mais pourquoi avons-nous voulu redéfinir cette stratégie ?
Parce que nous avons considéré que la diplomatie française travaillait, comme c’est souvent le cas, en silo, c’est-à-dire de façon trop cloisonnée : la politique était d’un côté, le développement de l’autre. Or, il fallait avoir une vision d’ensemble sur le sujet.

C’est donc selon cette tradition et en réaction à une transformation du contexte national et international que nous avons élaboré la stratégie.

Depuis 2015, les objectifs du développement durable placent la question de l’égalité entre les femmes et les hommes et de l’autonomisation des femmes au cœur de l’agenda international à l’horizon 2030. Nous nous situons résolument dans cette perspective de temps pour rehausser nos efforts.

Nous savons tous ici, par expérience, que l’égalité femmes-hommes doit constituer un socle indispensable à la consolidation de sociétés plus justes et plus résilientes. Nous savons que la réduction des inégalités économiques entre les femmes et les hommes est généralement, on l’a vu dans nos propres sociétés, un formidable levier de croissance et de développement. C’est ainsi, par exemple, que l’éducation des filles et l’accès à la santé sexuelle et reproductive, pour lequel la France veut être à l’avant-poste, sont des conditions nécessaires pour une transition économique, démographique et sociale plus harmonieuse pour les pays en voie de développement. Cela, c’est le côté positif : les objectifs du développement durable 2015-2030.

À l’inverse, nous constatons et c’est préoccupant, une montée des oppositions à l’émancipation des femmes et des filles dans plusieurs enceintes internationales. On retrouve ces difficultés à la fois à l’ONU, dans l’Union européenne, parfois au G7. C’est une coalition des conservatismes et le risque est de mettre en péril un certain nombre d’acquis obtenus depuis les années 90.
Ce constat est inquiétant. Il nous appelle à la vigilance et à renouveler notre mobilisation. De ce point de vue, avec cette stratégie internationale nous nous situons résolument dans les objectifs fixés par le président de la République qui a décidé que l’égalité femmes-hommes était la grande cause nationale du quinquennat et qui a décidé également d’en faire une priorité de notre aide publique au développement.

C’est pour l’ensemble de ces raisons que le ministère a travaillé avec la société civile, à travers la plateforme genre et développement, à l’élaboration de la stratégie internationale de la France pour l’égalité entre les femmes et les hommes.
Celle-ci a été adoptée par le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID) présidé par le Premier ministre, le 8 février dernier, il y a exactement un mois.

J’ai été un peu long sur ses origines mais il faut savoir d’où l’on vient pour mieux déterminer où l’on va.
La première innovation que nous avons voulu introduire est celle d’un changement de dimension.

D’abord cette nouvelle stratégie englobe et dépasse les questions de développement pour être étendue à l’ensemble de l’action extérieure de la France.
C’est-à-dire sa dimension politique, sa dimension économique, sa dimension d’influence, sa dimension culturelle, éducative et sa dimension de coopération au développement.
Elle doit être mise en œuvre désormais non seulement par ceux qui s’en occupaient jusqu’à présent mais aussi par l’ensemble des directions de ce ministère, par l’ensemble des postes diplomatiques et par l’ensemble des douze opérateurs qui concourent à l’action extérieure de l’État tels que l’agence française de développement, Expertise France ou encore l’Institut français, Business France, Atout France, etc.

J’ajoute que cette stratégie va concerner le ministère dans son propre fonctionnement.

Elle implique l’intégration des engagements en termes de parité qui s’inscrivent dans la feuille de route ministérielle en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Vous venez d’en parler, c’est le label sur l’égalité professionnelle Afnor qu’il nous appartient de continuer à mettre en œuvre, notamment avec une clause de rendez-vous dans quatre ans.
Vous savez qu’au ministère, entre des services extrêmement divers, il faut créer une certaine coordination. Le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, M. Le Drian, qui est constamment impliqué dans la mise en œuvre de cette stratégie, a demandé au secrétariat général de ce ministère, d’en faire la coordination avec l’ensemble des directions de la maison, l’ensemble des représentants des opérateurs, la direction générale de la mondialisation et la Haute fonctionnaire à l’égalité des droits.
Dans le fonctionnement même de la maison, il y aura une implication de chacun pour la mise en œuvre de cette stratégie internationale.

L’objectif est donc bien de renforcer la culture institutionnelle en faveur de l’égalité femmes-hommes. On peut considérer que c’est une vraie transformation, une vraie mutation que nous allons connaître ici, aux affaires étrangères.
Cela implique évidemment d’encourager les ambassadeurs, les chefs de poste, les consuls généraux à l’étranger, à intégrer dans leur approche les enjeux de genre de manière adaptée à la réalité des pays où ils se trouvent, à y porter nos convictions et nos pratiques et de le faire de manière beaucoup plus systématique sur la base de cette coordination que nous exercerons au Département.

Cela implique en outre de renforcer nos efforts dans la sensibilisation, la formation et l’accompagnement des agents. La précédente stratégie a permis de sensibiliser plus de 1500 agents en quatre ans. Il va falloir faire encore mieux.

Une autre innovation, c’est notre volonté de redoubler d’effort en matière de financement pour l’égalité entre les femmes et les hommes, en particulier en matière de développement. Notre aide publique au développement bilatérale qui contribue à l’égalité femmes-hommes représentait 28% en volume de notre aide publique bilatérale totale. Nous voudrions monter en 2022 à 50%. C’est donc un effort considérable sur les moyens. Et je me retourne naturellement vers nos députées car nous comptons bien être en dialogue constant avec le Parlement sur ce sujet pour trouver les moyens de mettre en œuvre cette stratégie.

Cela vaut aussi pour la visibilité, la transparence et la manière de rendre compte de notre action. Nous serons évidemment en contact permanent avec le Parlement dans ce domaine

Et puis il y a la question du volume d’aide dédiée à la réduction des inégalités qui doit être mesuré. Pour le moment il ne l’est pas suffisamment. Nous manquons d’indicateurs quantitatifs et qualitatifs par sexe de manière systématique. Il est important de les établir. Nos données restent partielles. Et les résultats que nous voyons ne reflètent pas exactement les efforts qui sont faits.
Pour terminer, je voudrais souligner que la France mettra en œuvre cette stratégie en portant ses efforts sur cinq priorités. Je voudrais les rappeler parce que ce sont celles fixées par le président de la République au ministre de l’Europe et des affaires étrangères, M. Le Drian, qui conclura vos travaux ce soir. Ces cinq priorités sont :
L’éducation des filles. Il s’agit d’un enjeu primordial d’où découle tout le reste en matière d’égalité et d’autonomisation.

La deuxième, c’est la garantie des droits sexuels et reproductifs pour les femmes et les filles et notamment la nécessité d’accéder à des services de santé adaptés. Je dois dire que c’est sur ce point que nous butons le plus dans les instances internationales et que c’est là que les conservatismes de toute nature se liguent pour essayer de bloquer.
Il y a ensuite l’autonomisation économique des femmes, qui concoure à leur émancipation.

Quatrièmement, il y a le libre et égal accès des femmes et des filles aux droits et à la justice, ainsi que leur protection contre toutes les formes de violence.
Et, enfin, cinquième priorité, le renforcement de la participation effective des femmes et des filles dans la vie publique et la promotion de l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité des Nations unies.

Ce sont donc des objectifs ambitieux, que nous allons mener de longue haleine. Mais nous aurons besoin de tout le monde. Nous allons continuer à travailler avec le Parlement, mais aussi avec la société civile, car nous ne réussirons qu’avec son engagement.

Des progrès ont été réalisés. Il y a encore beaucoup de travail à accomplir ensemble. Je pense que nous parviendrons, grâce à nos efforts, à une égalité entre les les femmes et les hommes qui soit réelle et effective.

Dernière modification : 09/03/2018

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