Je suis un écrivain français [中文]

C’est à vélo et à pied que Catherine Cusset a exploré Shanghai, avant de retrouver les étudiants de l’Alliance française pour un moment de partage animé par Denis Virot autour du roman « l’autre qu’on adorait ».

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Cet « autre », c’est bien celui de la chanson de Léo Ferré, rappelons-en les paroles :

Avec le temps
avec le temps, va, tout s’en va
on oublie le visage et l’on oublie la voix
le cœur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller
chercher plus loin, faut laisser faire et c’est très bien

Avec le temps
avec le temps, va, tout s’en va
l’autre qu’on adorait, qu’on cherchait sous la pluie
l’autre qu’on devinait au détour d’un regard
entre les mots, entre les lignes et sous le fard
d’un serment maquillé qui s’en va faire sa nuit
avec le temps tout s’évanouit

avec le temps
avec le temps, va, tout s’en va
mêm’ les plus chouett’s souv’nirs ça t’as un’ de ces gueules
à la gal’rie j’farfouille dans les rayons d’la mort
le samedi soir quand la tendresse s’en va tout’ seule

Avec le temps.
avec le temps, va, tout s’en va
l’autre à qui l’on croyait pour un rhume, pour un rien,
l’autre à qui l’on donnait du vent et des bijoux
pour qui l’on eût vendu son âme pour quelques sous
devant quoi l’on s’traînait comme traînent les chiens
avec le temps, va, tout va bien

Avec le temps
avec le temps, va, tout s’en va
on oublie les passions et l’on oublie les voix
qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid

Avec le temps
avec le temps, va, tout s’en va
et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu
et l’on se sent glacé dans un lit de hasard
et l’on se sent tout seul peut-être mais peinard,
et l’on se sent floué par les années perdues- alors vraiment
avec le temps on n’aime plus

La musique est centrale dans la vie intérieure de Thomas, « l’autre qu’on adorait », dont le rire de joie et de désespoir résonne. Thomas est sensible aux injustices et croit au rêve américain. Thomas s’identifie aux faibles, et l’Amérique le tue.

Thomas incarne une catégorie de personnes qui n’arrivent pas à se conformer. Il n’est « pas assez médiocre » pour cela. Il est aussi trop grand, et bipolaire. Comment vivre en société avec une maladie curable, mais mentale ?

Thomas désire. Echoue-t-on quand le désir est trop fort ? Qu’est-ce que la réussite ? « C’est la vie intérieure, le plaisir de l’intelligence et du savoir », avance l’auteure.

« Plusieurs vies sont possibles, à condition de parvenir à décevoir, mais c’est difficile. »

Catherine Cusset nous livre sa croyance dans le travail et le temps, évoque le manuscrit écrit « parce qu’on ne peut pas faire autrement », qu’on laisse reposer « comme un gâteau » et qu’on retravaille à plusieurs reprises.

En français, s’il vous plaît ! (slogan de la francophonie en 2019)

Catherine Cusset l’affirme sans détour : « Je suis un écrivain français. Le français est la seule langue que je connais littérairement. Ayant vécu trente ans aux Etats-Unis, j’écris aussi en anglais, mais le ciselage ne se fait qu’en français. »

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Catherine Cusset

Normalienne agrégée de lettres classiques et auteure d’une thèse sur le marquis de Sade (« La raison et la fiction dans l’histoire de Juliette »), Catherine Cusset vit aux États-Unis depuis qu’elle enseigne la littérature française du XVIIIe siècle à l’université de Yale. Catherine Cusset arrête sa carrière universitaire en 2002 pour se consacrer entièrement à l’écriture. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages, tous publiés chez Gallimard. Mais son entrée sur la scène littéraire a lieu avant cela en réalité : en 1990, Philippe Solers publie son premier roman « La blouse romaine » dans la collection « L’Infini » chez Gallimard.

En 1995, son deuxième roman « En toute innocence » (collection « Blanche » chez Gallimard) est finaliste du prix Femina. Après deux ouvrages à caractère très personnel, Catherine Cusset publie « Le Problème avec Jane » en 1999, intrigue policière qui lui vaut de remporter le grand prix des lectrices « Elle » en 2000 et d’être finaliste du prix Médicis. Après le très bon accueil de ce livre vendu à plus de 200 000 exemplaires, son ouvrage « La Haine de la famille » (2001) est salué unanimement par la critique et elle connaît son plus grand succès avec « Un brillant avenir » en 2008, prix Goncourt des lycéens, retenu pour le prix Médicis et figurant dans l’avant-dernière sélection pour le prix Goncourt. En 2016, elle est à nouveau finaliste du prix Goncourt pour son roman L’autre qu’on adorait.

Dernière modification : 30/04/2019

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