Iran - Corée du Nord - Climat - Relations bilatérales - Conférence de presse conjointe de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, et de M. Wang Yi, ministre chinois des affaires étrangères (Paris, 16 mai 2018) [中文]

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux d’accueillir aujourd’hui à Paris mon homologue M. Wang Yi. Il s’agit, mon cher ami, de votre première visite depuis votre nomination au rang de conseiller d’État et ministre des affaires étrangères dans ce nouveau gouvernement. Vous n’étiez pas venu ici pour une visite bilatérale depuis 2013, cela nous manquait. Je suis vraiment très heureux que vous soyez là aujourd’hui. Je dois dire que nous avons eu, en quelques mois, l’occasion de nous entretenir à plusieurs reprises. Nous venons déjà de passer un long moment concernant des sujets majeurs pour nos deux pays, qu’il s’agisse de notre relation bilatérale, ou de dossiers touchant à la stabilité et à la sécurité internationale.

Nous avons évoqué la question iranienne et nous sommes bien d’accord pour manifester notre volonté de maintenir le plan d’actions global commun sur le nucléaire iranien. La Chine et la France sont partie à l’accord de Vienne, entendent le demeurer tant que l’Iran se conformera à ses obligations et c’est le cas. Tous deux, nous considérons que c’est dans l’intérêt de l’Iran de continuer à le respecter et nous considérons aussi que la préservation des acquis du JCPOA est un impératif et une nécessité. Pour autant, comme le président de la République l’a affirmé à plusieurs reprises, d’autres enjeux de sécurité doivent trouver des solutions, le programme nucléaire après 2025, le programme de missiles balistiques, les actions déstabilisatrices de l’Iran dans la région. Le président de la République a proposé un cadre plus global de négociations, une plate-forme diplomatico-politiqe qui doit permettre d’engager, dans les semaines qui viennent, une démarche multilatérale à cette fin. Nous considérons aussi que pour l’avenir du JCPOA, tous les membres du Conseil de sécurité doivent évidemment y jouer un rôle tout comme l’Union européenne.

Nous avons également échangé sur les développements récents dans la péninsule coréenne. Lors des Jeux olympiques de PyeongChang, une dynamique s’est enclenchée entre les deux Corées, des développements positifs sont intervenus. Beaucoup reste encore à faire, des hauts et des bas peuvent intervenir comme le montre l’actualité récente dans la péninsule, mais nous ne devons pas perdre de vue l’objectif à atteindre qui est commun et qui est celui de la dénucléarisation complète et vérifiable de la péninsule. La France attend par conséquent de la Corée du Nord la mise en œuvre de l’ensemble de ses obligations internationales ainsi que des engagements précis pour démontrer sa sincérité à négocier un abandon progressif de ses programmes nucléaires et balistiques. En tant qu’États membres permanents du Conseil de sécurité et parce que la crise coréenne concerne la sécurité de l’Asie comme celle de l’Europe, la France et la Chine sont déterminées à continuer à travailler de concert à la mise en œuvre effective des décisions de la communauté internationale.

Nous avons abordé les questions liées au commerce et à la gouvernance mondiale. Sur ce sujet, il peut y avoir parfois des tensions, cependant, il existe un cadre légitime pour traiter de ces questions, c’est l’Organisation mondiale du commerce et c’est dans cette enceinte que les différends doivent se régler. Des solutions doivent donc être trouvées pour la négociation et le dialogue, plutôt que par le recours à des mesures unilatérales, néfastes pour l’économie mondiale.

Nous avons, pour le climat et l’environnement, des engagements communs.Ce sont des priorités et cela fait également partie de nos discussions. Vous connaissez la priorité que représente pour la France l’adoption d’un pacte mondial pour l’environnement et vous nous avez beaucoup soutenu pour faire franchir une nouvelle étape à ce pacte. Je tiens à vous en remercier. Nous continuerons à porter ensemble cette initiative et l’année franco-chinoise de l’environnement et de la transition écologique voulue par nos deux chefs d’État nous offre un cadre propice pour le faire.

Nous sommes également convenus avec mon collègue Wang Yi de renforcer notre concertation en vue de la COP24 de la convention climat en décembre et de la convention des Nations unies pour la biodiversité que la Chine accueillera en 2020. Autant de rendez-vous majeurs dont l’avenir de notre planète dépend et sur lesquels nous sommes en coopération et en très grande compréhension mutuelle.

Nos échanges ont également porté sur notre relation bilatérale. Vous savez que nos chefs d’État ont fixé une feuille de route ambitieuse lors de la visite du président Macron en Chine en janvier dernier. Le Premier ministre va se rendre en Chine au mois de juin et j’aurai l’honneur de l’accompagner. Le processus de discussions se poursuit donc de manière permanente et à très haut niveau. Nous avons pu ce jour, commencer à dresser un premier bilan. S’agissant de nos partenariats industriels structurant dans le nucléaire civil et l’aéronautique, nous avons réaffirmé notre soutien à la finalisation prochaine des négociations commerciales pour le projet de construction en Chine de l’usine de retraitement de recyclage de combustible. Nous avons aussi évoqué les perspectives de nouveaux contrats pour les achats d’avions Airbus et de coopération sur les A330, A350 et A380. J’ai également rappelé à mon homologue nos attentes en matière d’ouverture du marché chinois aux produits ag ro-alimentaires, notamment en ce qui concerne les levées d’embargo, singulièrement pour la viande bovine et pour la volaille.

Nous allons poursuivre nos échanges qui ne sont pas terminés et nous évoquerons notamment le partenariat politique et économique entre l’Union européenne et la Chine, notre partenariat sur la route de la soie et les échanges culturels et humains entre nos deux pays, et surtout, un point de vue de fond, la nécessité de renforcer le multilatéralisme qui est notre patrimoine commun.

Mon cher ami, la tradition confucéenne dit le bonheur particulier qu’il y a à recevoir un ami qui vient de loin. C’est dans cet esprit que je suis heureux de vous recevoir et de passer ce long moment avec vous. L’actualité est dense, nous faisons face à de nombreuses crises, il faut garder notre sang-froid, mais votre venue aujourd’hui est une opportunité de travailler ensemble à des solutions concrètes pour concourir à la sécurité et à la stabilité internationale.
Merci beaucoup de votre présence.

Dernière modification : 18/05/2018

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