Guillaume Vienne : passionné de nanophotonique

Chercheur français intégré à un laboratoire de l’Université du Zhejiang pendant quatre ans, Guillaume Vienne évoque les défis de la coopération au quotidien avec un milieu scientifique chinois concurrentiel et en plein essor.

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Chercheur à la Zhejiang University à Hangzhou, Guillaume Vienne s’est spécialisé dans le secteur de la nanophotonique.

1. Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

Je suis né à Versailles, mais dès l’âge de 4 ans j’étais déjà parti à l’étranger, à Madagascar notamment. Je suis ensuite revenu en France pour mes études, puis ai effectué ma thèse de doctorat au Royaume-Uni avant de partir au Japon, dans le centre de recherche et développement d’une entreprise japonaise. J’ai ensuite monté une start-up au Danemark. Mon expérience chinoise a commencé en 2005, année où j’ai intégré le laboratoire de nanophotonique de l’Université du Zhejiang à Hangzhou. Cela faisait longtemps que je m’intéressais à la Chine car je cherchais une alternative au Japon et pour moi, le potentiel de la Chine se trouve dans tous les domaines ! J’ai donc fait le saut il y a 4 ans.

2. Quel défi rencontre-t-on en travaillant au quotidien avec des chercheurs chinois ?

En arrivant en Chine, j’ai été confronté à de nombreuses difficultés. Sur le plan des relations individuelles, la compétition est très forte et il n’est pas facile de gagner la confiance des autres, surtout lorsqu’on est étranger. Il faut bien prendre garde à ne pas empiéter sur les plates-bandes des collègues chinois.

Par ailleurs, l’administration a un poids très important en Chine. Si l’on n’a pas de relation personnelle avec les gens on ne les fera pas changer de décision !

Plus spécifiquement en ce qui concerne la coopération franco-chinoise sur des projets de recherche, la difficulté vient de ce que la Chine se considère souvent encore comme un pays ayant besoin d’aide, ce qui n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui. Ainsi, les projets sont parfois déséquilibrés, avec des fonds du côté français plus importants que du côté chinois ! Il est donc difficile de monter des projets tout à fait réciproques.

3. Recommandez-vous cette expérience à d’autres chercheurs ?

Absolument ! Cela dépend évidemment de la situation des gens et il est plus facile de faire venir des étudiants français en Chine ou des retraités que des gens en milieu de carrière. Ces derniers rencontreront, en effet, un problème de salaire ! Par ailleurs, le système français ne favorise pas assez la mobilité : les Chinois qui partent à l’étranger sont accueillis à bras ouverts par la Chine à leur retour, pour monter de grands laboratoires, contrairement aux chercheurs français !

Mais je conseille aux chercheurs français de venir en Chine. C’est une expérience passionnante et le matelas de sécurité français leur permet toujours de revenir en France.

4. La France et la Chine conçoivent-elles la recherche différemment ?

Il y a de nombreuses différences. Le système est plus hiérarchique en Chine qu’en France. Il est aussi plus compétitif. Les revenus des professeurs et des chercheurs en Chine sont fortement influencés par leurs publications et leurs projets. Cela se fait malheureusement au détriment d’une bonne relation sociale avec les autres professeurs, dont la vie est exclusivement centrée sur le travail.

5. Que pensez-vous du niveau de la recherche en Chine ?

Entre la France et la Chine les niveaux sont assez disparates. Mais en Chine les différences entre les laboratoires eux-mêmes sont peut-être encore plus importantes ! Dans l’ensemble, les Chinois publient aujourd’hui plus que les Français, en partie en raison du système de primes à la publication.

6. Quels sont les prochains défis que vous souhaitez relever ?

Après 4 ans en Chine j’ai décidé de partir pour Singapour. J’ai beaucoup hésité car j’avais établi de bonnes relations avec mes collègues chinois, ce qui demande du temps ! Mais j’espère revenir assez vite.

Propos recueillis par Solène Mélot.

Dernière modification : 07/08/2014

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