Interview du mois - septembre 2008 : Pr. Feng Shaolei

Le professeur Feng Shaolei fait partie de l’Université normale de la Chine de l’est de Shanghai où il occupe, depuis 2004, les fonctions de Recteur de l’Ecole des hautes études internationales et régionales (SAIAS School of Advanced International and Area Studies) tout en continuant d’y diriger le Centre des études russes.

JPEGIl est, entre autres titres, membre du Comité pour les sciences sociales du ministère de l’Education, Secrétaire général adjoint de la société des Etudes européennes de Chine, Vice Président de la société d’études européennes de Shanghai, de la Société pour la recherche stratégique internationale de Shanghai ainsi que de de la Société des relations internationales de Shanghai. Le Professeur Feng est l’auteur de nombreux articles et publications. Le prix Yu Cai de la municipalité de Shanghai lui a été décerné, en 2007, pour ses contributions scientifiques.

Comment est né votre intérêt personnel pour l’Europe, et plus particulièrement la France ?

Mon intérêt pour l’Europe découle bien évidemment de mon parcours académique.

Je me suis tout d’abord intéressé à la relation entre la Chine et l’Union soviétique ; puis aux pays d’Europe centrale et à l’Allemagne, et la question de l’intégration européenne s’est insérée dans ce parcours
comme un sujet d’étude logique. Vous devez savoir que dès le lancement du processus de réforme et de l’ouverture européenne, les
chercheurs chinois se sont intéressés avec enthousiasme à cette expérience.

Cet intérêt pour le fait européen n’était d’ailleurs pas nouveau en
Chine, puisque les cercles académiques avaient déjà suivi avec attention l’évolution de la tradition sociale démocrate européenne. Donc pour
moi, comme chercheur, le cheminement était naturel.

Par ailleurs ; il ne faut pas oublier que je suis shanghaien. L’histoire de cette ville , qui abrite toujours le quartier de l’ancienne concession française, fait partie de ma culture : j’ai des amis qui recherchent et collectionnent les
vieilles photographies et les documents anciens sur la période de la présence française.

Mon intérêt pour la France tient sans doute un peu aussi de cela.

Des relations particulières sont elles établies entre l’Université normale de Chine de l’Est, la SAIAS , l’Europe et plus particulièrement la France, Quelle forme prend cette coopération ?

La SAIAS comprend un Centre d’études européennes, dédié à l’enseignement, à l’analyse et à la publication : il édite ainsi un bulletin d’études européennes et asiatiques, Le centre envoie régulièrement des chercheurs en Europe, il est en outre chargé de la formation des doctorants
(sciences humaines).

Dans le cadre d’un projet mené conjointement avec le groupe des Ecoles normales de Paris, des doctorants chinois se rendent régulièrement en France pour des thèses en co-tutelle. Deux étudiants s’y trouvent actuellement. L’un d’eux vient de soutenir sa thèse avec succès et d’obtenir son doctorat en philosophie. Nous sommes très fiers de cette réussite.

Nous venons de mener très récemment une expérience très intéressante en organisant une visioconférence avec nos collègues parisiens pendant quatre heures. Cela ne s’était jamais pratiqué à Shanghai.

Les échanges ont été très concrets, l’expérience est très réussie et j’espère que nous pourrons la renouveler ; c’est un excellent moyen de renforcer le dialogue avec nos partenaires, moins coûteux qu’une visite et beaucoup plus souple.

Pouvez vous nous dire quelques mots de l’image de l’Europe, et plus particulièrement de la France, en Chine et de son évolution ?

La perception évolue des deux côtés. Parmi les pays européens la France et l’Allemagne jouissent d’une image très positive. Une enquête a été
menée auprès de 900 personnes, entre 20 et 44 ans, dans six provinces (Shanghai, Anhui, Jiangsu, Hunan, Jiangxi et Heilongjiang). Les résultats
sont intéressants pour suivre cette évolution. A la question « Quel pays ; quelle zone retient le plus votre attention ? » ; les réponses dans
l’ordre ont été : les Etats-Unis, le Japon, la Corée du Sud, l’Asie, la Russie et en sixième position l’Europe. S’agissant de l’Europe, plus de la
moitié ont une impression mitigée , 12% ne savent que répondre, mais 36% ont une bonne ou très bonne impression contre seulement 5% qui
en ont une mauvaise.

Les sujets recevant le plus d’attention sont, dans l’ordre, l’intégration économique, l’intégration politique, l’élargissement et la constitution. Les domaines dans lesquels l’Europe pourrait jouer un rôle global sont : l’économie, la garantie de la sécurité européenne, l’amélioration de l’environnement mondial.

Près des 2/3 des Chinois interrogés se déclarent optimistes face au développement de la relation entre la Chine et l’UE, parmi lesquels 15% très optimistes et 56 % prudemment optimistes.

Je suis convaincu pour ma part que nous pouvons trouver un point d’équilibre qui nous permette de travailler ensemble de façon à la fois
amicale et rationnelle et qu’une fois ce point atteint nous pourrons développer de nouveaux champs de coopération, en dehors de la Chine,
pour améliorer par exemple l’environnement ou la situation en Afrique… sur des terrains où nos expériences respectives pourraient se compléter
au bénéfice de tous.

Propos recueillis par Dominique Pradet

Dernière modification : 07/08/2014

Haut de page