Interview du mois - novembre 2007 : Mgr Aloysius Jin Luxian

L’évêque de Shanghai, Monseigneur Aloysius Jin Luxian, est le plus illustre des francophones de la circonscription. Grand témoin de son siècle, homme de foi et de conviction à la personnalité aussi forte qu’attachante, il évoque, entre autres sujets, ses liens avec la France.

Mgr Aloysius JIN Luxian - JPEG Quels souvenir le plus marquant conservez vous de votre jeunesse à Shanghai ?

J’ai été très marqué par l’invasion japonaise en 1937. J’avais alors seize ans et étais étudiant au grand séminaire de Xu Jia Hui, près de la concession française. L’occupation japonaise a été particulièrement dure. La répression était féroce. J’ai rapidement été placé comme mes co-religionnaires sous la protection de la concession française et du Consul général de l’époque Monsieur de Margerie, dont l’épouse était très pieuse. Les marins français s’étant installés dans la concession qui n’abritait alors qu’un millier de Français, de nombreux ressortissants étrangers et beaucoup de Chinois, les Japonais ne l’ont pas, envahie, car ils avaient reçu ordre de respecter l’intégrité d’un territoire qui dépendait de facto du gouvernement de Vichy. Nous avons donc bénéficié de la protection de ce régime mais tout le monde, y compris les Jésuites, était déjà gaulliste...

Le français est devenu très tôt votre seconde langue, après le shanghaien mais avant le mandarin. De quelle façon a-t-il contribué à forger votre personnalité ?

J’ai commencé l’apprentissage du français à l’âge de 9 ans et toute mon éducation s’est faite dans cette langue au travers de laquelle j’ai découvert l’algèbre, la trigonométrie, la physique, la chimie, et même la géographie de la Chine : j’ai appris les noms de Moukden et du Kokonor avant même de connaître leur existence en chinois ! Je connaissais également par cœur la géographie de la France, ses préfectures et ses sous-préfectures et tous les noms de rivières même les plus petites. Quand je suis allé en France pour la première fois en 1947 j’étais presque en territoire connu. J’avais reçu ce qu’on peut appeler une éducation coloniale ! L’éducation des pères Jésuites était aussi très stricte et je dois beaucoup à leurs enseignements et à la découverte des grands classiques français -Corneille, Racine, Molière, Lafontaine- que j’ai lus et relus. On dit que je suis un bon prédicateur. Je crois que je le dois en partie à la lecture de Bossuet, un grand écrivain et un penseur qui mériterait d’être redécouvert.

Quelle est aujourd’hui votre image de la France ?

Ma connaissance de la France s’est arrêtée en 1955 au moment de mon arrestation. J’ai adoré ce pays grâce à mes professeurs et en raison de sa culture à vocation mondiale. C’était aussi un grand pays catholique -la fille ainée de l’église- devenu aujourd’hui très laïque… Je suis également un grand admirateur du Général de Gaulle. Le français, cette langue que j’aime tant, est en déclin dans le monde face à la montée en puissance de l’anglais (Mgr Jin parle non seulement le français, mais également le latin, l’italien, l’anglais et l’allemand et apprend l’espagnol.) Mais la France est une grande nation qui continue à contribuer au développement de l’humanité grâce à sa civilisation, ses chercheurs et sa diplomatie.
Elle a défendu une position noble lors de la guerre en Irak. Elle a un rôle important à jouer au Moyen Orient. Elle a également vocation à expliquer qu’il n’existe pas de choc des civilisations. J’ai beaucoup apprécié le Président Chirac qui est un grand ami de la Chine et je suis persuadé que le Président Sarkozy fera également beaucoup pour la relation entre nos deux pays.

Peut-on parler d’un renouveau des religions en Chine ?

Il n’y a pas à proprement parler de renouveau des religions sur une grande échelle mais les germes d’un intérêt nouveau pour les questions spirituelles. Mao Zedong a beaucoup contribué à l’élimination de la dimension religieuse dans la société chinoise. Aujourd’hui la majorité des Chinois reste prioritairement attachée aux aspects matériels de l’existence. L’accumulation des richesses est importante dans ce pays. En outre il convient de se rappeler qu’il est interdit à un membre du Parti Communiste Chinois d’avoir une affiliation religieuse.

Quel est l’avenir de la chrétienté en Chine ?

Le protestantisme est relativement florissant ici grâce à l’activisme des églises anglo-saxonnes et aux aides reçues de l’étranger. De nombreuses bibles ont été imprimées et distribuées en Chine dans ce cadre. Ce n’est pas le cas du catholicisme qui comptait 3 millions de membres avant 1949 et seulement 5 millions aujourd’hui. Et puis il y a la question de la relation entre la Chine et le Vatican et l’existence d’une église clandestine. La Chine est un grand pays qui se développe rapidement et qui va devenir une grande puissance économique et politique. S’il n’y a pas de réconciliation, il se pourrait bien que le catholicisme soit marginalisé en Chine.

Bâtie par les Jésuites français entre 1905 et 1910, la cathédrale Saint Ignace (quartier de Xu Jia Hui) qui fut longtemps considérée comme la plus grande en Asie de l'Est, est le cœur du diocèse de Shanghai que Mgr Jin a largement contribué à restructurer. - JPEG

Propos recueillis par le Consul général

Dernière modification : 04/08/2014

Haut de page