Interview du mois - mars 2007 : Qiong Er Jiang

JIANG Qiong Er, la plus française des Shanghaiennes, est une artiste-designer hors du commun. Architecte d’intérieur, elle a aménagé le Consulat, la majorité des Alliances Françaises en Chine et travaille avec Jean-Marie Charpentier dans l’agence française de design VEP (Visual Environment Product).

Qiong Er Jiang - JPEG Artiste, JIANG Qiong Er expose régulièrement à Shanghai, Paris, Genève et dispose à Suzhou Creek de sa galerie N°D, qu’elle qualifie de "galerie d’art de vivre" tant tout est conçu pour être un espace de rencontre, entre personnes, entre passé et présent. JIANG Qiong Er, c’est aussi quasiment une marque tant ses meubles et ses bijoux, en vente dans ses galeries boutiques à Xintiandi, Moganshan Lu et bientôt dans Shanghai Mansion sont reconnus internationalement. Entretien avec une personnalité qui incarne avec talent le nouveau Hai Pai.


Votre grand-père était peintre, vos parents architectes, vous avez commencé la peinture à 2 ans, vous avez eu pour professeurs des maîtres de la peinture chinoise traditionnelle, de la calligraphie. Tout vous prédestinait à être artiste. Avez-vous eu un jour l’envie de faire autre chose ?

Dès notre plus jeune âge, mon frère et moi avons eu des prix nationaux, internationaux même, ce qui était très rare à notre époque, pour nos peintures. Nous avons eu la possibilité de suivre deux maîtres des arts traditionnels chinois dès l’âge de 10 ans, ce qui était inimaginable alors. Nous avons été leurs étudiants pendant 15/20 ans et aujourd’hui encore ce sont nos maîtres. Je ne me suis jamais posé la question de ce que je faisais, j’ai toujours eu l’impression d’être née pour créer. Je me suis essayée à d’autres choses, la danse, le piano, l’opéra chinois, les instruments traditionnels, les sports mais dans beaucoup de domaines je suis comme un chat à trois pieds. Depuis toute petite, je cours avec le temps pour pouvoir créer, je n’ai jamais fait de distinction entre les loisirs et le travail. J’ai choisi le double rôle d’artiste-designer car tous mes métiers se mélangent et s’influencent. J’ai aussi la chance d’avoir la double culture Ouest-Est, France-Chine, ça se ressent dans mon travail.

Justement, en parlant de la France. Vous avez obtenu votre diplôme d’architecture d’intérieur dans la prestigieuse université de Tong Ji à Shanghai. Pourquoi avoir choisi, une fois ce diplôme obtenu, et alors qu’a priori rien ne vous y rattachait, de partir poursuivre votre éducation en France ?

Après avoir fini Tongji en 2000, je m’apprêtais à partir pour les Etats-Unis poursuivre mes études. Mon frère était déjà sur place, je parlais parfaitement anglais, j’étais acceptée dans une très bonne école de design, j’avais des contacts d’architectes, amis de famille… Je n’aurais eu aucune difficulté à me faire une vie là- bas !
Cependant, avant de partir, je suis allée seule faire un voyage en Europe. La France, notamment, sans pourtant que je ne comprenne la langue, m’a émue. J’ai ressenti le désir d’apprendre la langue, de m’imprégner de cette culture. J’ai donc fait le choix de m’installer à Nice, à l’aventure. Moralement, cela a été très dur pour moi au début. Habituée à être la meilleure en classe, je découvrais ce que c’était de ne rien comprendre ! Cela forme l’esprit que de s’aventurer dans un tunnel sans savoir si l’on en verra un jour le bout. Je savais aussi que je pouvais toujours au besoin retourner en Chine où ma carrière m’attendait. Et en 2001, j’ai réussi à intégrer l’Ecole nationale supérieure d’architecture d’intérieur.

Hermès vous a choisi pour faire ses vitrines cette année, Artelano vous a demandé une collection de tabourets, première fois qu’une marque de luxe demande la contribution d’une créatrice chinoise, vous avez été nommée membre du Conseil d’administration de la Maison européenne de la photo... Après tout ces honneurs, quels sont vos projets ?

En ce moment, je parcours la Chine pour veiller à la bonne installation des vitrines d’Hermès pour leur collection de printemps [à voir au Plaza 66, sur Nanjing Xi Lu]. Je prépare aussi mon exposition, conjointement avec le créateur Simon Ma pour la Millionnaire Fair début Juin. Ensuite, le 13 octobre, je participerai à un grand concert au Grand Théâtre de Shanghai, en compagnie de Michael Runtz, qui est un pianiste-compositeur franco-suisse. Je peindrai pendant qu’il composera directement sur scène. Sa musique sera influencée par ma peinture, tandis que ma peinture sera en retour inspirée de ce qu’il jouera, le tout dans une scénographie d’opéra ! Enfin, j’exposerai aussi fin 2007 au Carrousel du Louvre, c’est pour moi un grand honneur !

Le titre de notre lettre électronique est en chinois 海派, [voir édito]. Vous qui êtes Shanghaienne, pouvez vous nous dire ce que c’est que le Hai Pai pour vous ?

Le Hai Pai, c’est la culture de Shanghai. Depuis les années 1920s, 1930s, Shanghai est une ville marchande, c’est une ville qui tire sa culture de son coté commerçant, de l’argent et de toutes les différentes influences arrivant par son port. Comparée à Pékin, qui est une ville fermée et résolument chinoise, Shanghai est une ville mixée, ouverte, assez peu chinoise. Shanghai est une cité internationale depuis longtemps. Et son style, le Hai Pai, provient de cette Histoire.

A voir : Galerie N°D, Suzhou Creek :
1518 Xikang Lu
Building 15, 2nd floor
200060 Shanghai

Interview réalisée par Sarah Aberman

Dernière modification : 07/08/2014

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