Interview du mois - mai 2007 : Zhao Lingyong

La Chine imaginait-elle dans les années 1970 que Balzac et Dumas pourraient être lus et que leurs livres donneraient envie à nombre d’enfants de découvrir la France ? Et qu’à cause de cela, de brillants jeunes gens exporteraient leurs talents en France ? ZHAO Lingyong (William de son nom occidental), actuellement PDG d’Altavia Chine, fait partie de ces talentueuses personnes que la France est honorée de compter parmi ses fidèles.

Lingyong Zhao - JPEG Vous êtes né à Canton et vous y avez vécu jusqu’à l’âge de 24 ans. Rien a priori ne vous rattachait à la France. Qu’est-ce qui vous a motivé, 4 ans après avoir obtenu votre maîtrise de finance rurale, à venir en France ?

La France, tout d’abord, c’était un rêve d’enfance. Ma famille, pour laquelle l’éducation était primordiale, a été fortement touchée par la Révolution culturelle, et pendant un temps, pouvait seulement acheter des livres pour nous occuper et nous éduquer. J’ai appris à lire à 5 ans et mon premier roman, à l’âge de 6 ans et demi, fut le Comte de Monte-Cristo. Je me suis ainsi familiarisé très tôt avec la littérature française et rêve depuis tout petit de connaître le pays de Dumas et Balzac. Plus tard, vers 8 ans, j’ai également commencé la peinture, en étudiant tout d’abord la peinture classique chinoise, puis en grandissant, la peinture à l’huile de la Renaissance, italienne et française. Celles-ci me paraissaient radicalement différentes des nôtres et mon désir de découvrir les pays dont la culture était à l’origine de telles peintures s’est accru.

A 26 ans, j’avais déjà travaillé pendant 4 ans dans des entreprises américaines et j’ai ressenti le besoin d’aller ailleurs pour élargir ma connaissance du monde. C’est donc tout naturellement que j’ai entrepris des études à l’Ecole supérieure de commerce de Paris. J’ai ensuite trouvé un travail de consultant à Paris et j’y suis resté 10 ans.

Mon attachement à la France est immense. C’est sans doute parce que j’y ai vécu pendant une période clé, où l’on achève de former son caractère, ses conceptions sociales... En vérité, je vis en Chine depuis 4 ans et je n’y suis pas encore très à l’aise. Ce n’est qu’en France, dès la descente de l’avion que je me sens à l’aise, en terrain familier.

Vous n’en reniez pas tout de même pour autant votre côté chinois ?

Non, pas du tout. J’ai eu l’occasion en 2003-2004 de participer aux années croisées France-Chine, lorsque j’ai été missionné par M. Jean-Pierre ANGREMY, Président du Comité d’honneur de l’Année de la France en Chine, pour participer à la préparation de l’exposition « Alors, Chine », qui a eu lieu au centre Pompidou. Je devais notamment aider à sélectionner les artistes chinois. Ce fut un grand plaisir pour moi, car cela m’a permis d’approfondir ma connaissance des cultures française et chinoise. Celle-ci avait fortement évolué, notamment dans l’art contemporain, en 10 ans. Un vent de liberté souffle sur l’art chinois, depuis que la politique ne s’en mêle plus autant.

J’ai, comme beaucoup sans doute, une véritable envie de faire un pont entre les cultures française et chinoise. Pour l’instant, cette expérience de la culture française mélangée à la culture chinoise me sert surtout dans ma vie professionnelle, où je mets à profit mon expertise française et ma connaissance de la vie et des marchés chinois.

Vous travaillez depuis 2006 chez Altavia Chine, une agence de communication et de marketing, nouvellement implantée dans le pays. Quels ont été les défis à relever ?

Pour des marques internationales, aborder le marché chinois requiert une capacité d’adaptation extrêmement importante. En effet le marché chinois n’a vraiment rien à voir avec le marché français, par exemple. Le mode de consommation est quasiment diamétralement opposé. Les grandes marques de luxe et de mode ont su s’implanter, mais il s’agit maintenant pour les autres marques, comme Carrefour ou Yves-Rocher de faire connaître les autres valeurs françaises, de montrer qu’elles sont accessibles au consommateur chinois. On est bien loin de l’image de marque d’ELLE ou de Marie-Claire ! Il faut nécessairement adapter la stratégie au marché. Par exemple, en Europe, une dépense moyenne dans un super marché sera d’environ 50 euros, car le consommateur fait ses courses pour la semaine. Ici, la dépense du consommateur sera de 50 RMB car le consommateur achète pour un ou deux jours mais il compte revenir bientôt. En conséquence, si en France, le dynamisme du magasin n’est pas le facteur le plus important, ici, il est primordial ! En Chine on effectue davantage d’achats opportunistes. Il convient donc de véhiculer une image adaptée à ce comportement. Ainsi par exemple, Carrefour Chine est 100% différent de Carrefour France.

Pour Altavia, s’implanter en Chine, est à la fois pour nous et pour nos clients, un challenge mais grâce à notre savoir-faire apporté d’Europe et notre connaissance des fournisseurs chinois, la société se développe très bien et nos clients sont satisfaits. La société a 4 bureaux (Shanghai, Pékin, Chengdu et Canton), 150 employés et commence à faire des profits.

Apportez-vous également votre expertise pour permettre aux sociétés chinoises de s’implanter en France ?

Nous n’avons pas encore de projets dans ce sens, mais pourquoi pas, c’est envisageable !

Interview réalisée par Sarah Aberman

Dernière modification : 04/08/2014

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