Interview du mois - juillet/août 2007 : Pr Cao Deming

Le Professeur Cao Deming, un des rares présidents francophones d’une université chinoise, qui dirige la célèbre Université des études internationales de Shanghai plus connue sous l’acronyme Université SISU, nous raconte son parcours et nous fait partager son intérêt pour la culture française.

Pr CAO Deming - JPEG Pouvez vous nous décrire votre parcours ?

J’ai commencé mes études de français en 1972 à l’Université des études internationales de Shanghai (SISU). Après avoir obtenu mon diplôme en 1977, j’ai enseigné pendant quelques années dans cette même université, puis je suis parti en France pour continuer mes études de français à l’Université d’Aix Marseille 1. J’ai obtenu un DEA en linguistique en 1981, sous la direction du professeur Blanche-Benvéniste. En 1983, j’ai soutenu ma thèse dans cette même université.

Ensuite, j’ai successivement occupé les fonctions suivantes à l’Université SISU : directeur adjoint du département de français, puis directeur de la faculté de français, doyen de l’Université, vice-président et enfin président de l’Université. Je ne me suis jamais arrêté d’enseigner. Aujourd’hui encore, j’enseigne la littérature française aux doctorants. J’ai également été professeur invité pour des séries de conférences à l’Université Paris 12 et Grenoble 2. Je suis aussi le traducteur de nombreux romans de la littérature française. J’ai traduit des écrivains comme Zola, Voltaire, Chateaubriand, Jules Verne...

Je suis également le président de l’Association nationale des professeurs de Français qui regroupe toutes les Universités de Chine où le français est enseigné. En 1998, quand je suis devenu président de cette association, 23 universités en faisaient partie. Aujourd’hui l’association en regroupe plus de 50. Notre but est avant tout de renforcer la coopération et les échanges entre ces universités et stimuler l’enseignement du français.

Vous avez été décoré des Palmes académiques en 2001 ?

Oui, en effet , j’ai obtenu le grade d’officier. C’est une récompense que la France m’a offerte pour ma contribution au rayonnement de la langue française.

Qu’est ce qui vous attiré vers la langue française ? Pourquoi avez vous décidé de vous spécialiser dans cette langue plutôt qu’une autre ?

C’est la culture française qui m’a donné l’envie d’étudier le français surtout la littérature française avec des romans comme « les trois mousquetaires » que j’ai lus quand j’ étais jeune ; mais aussi l’histoire française : la France tout comme la Chine ont une histoire très riche. J’aime beaucoup l’art français surtout les peintres impressionnistes que j’apprécie particulièrement.

Pouvez vous nous décrire les efforts entrepris par la Faculté des Langues Occidentales pour développer l’apprentissage de la langue française et de la culture française en Chine ?

Dans les années 70-80 l’apprentissage du français n’était pas très développé, nous n’avions à SISU que 30 élèves en Licence de français. Aujourd’hui, le nombre d’étudiants s’ élève en Licence à 90 et nous sommes obligés d’en refuser chaque année. Le français est la langue la plus apprise comme seconde langue étrangère.

A l’ époque, il n’était pas facile d’apprendre le français, notamment en raison du manque de matériel pédagogique. J’ai ainsi dirigé la réalisation de méthodes d’apprentissage comme « Vocabulaire progressif » , « culture progressive », « conjugaison progressive »... Grâce à ces livres notamment, l’apprentissage du français est désormais beaucoup plus accessible pour les élèves.

Nous avons aussi organisé de nombreuses conférences sur la culture française en Chinois pour promouvoir la langue française. Je crois profondément que la découverte de la culture d’un pays peut constituer une première démarche vers l’apprentissage d’une langue. Par d’ailleurs, je considère que l’apprentissage d’une langue ne peut s’effectuer que grâce à une bonne connaissance de la culture dans laquelle cette langue évolue.

Vous êtes aujourd’hui le président de l’Université SISU et vous occupez donc les plus hautes fonctions de cette université. Quelles sont encore vos ambitions pour le futur ? Quels sont les objectifs que vous aimerez encore réaliser ?

Je désire que l’université SISU maintienne sa position prééminente dans l’enseignement et la recherche en Chine et à travers le monde. En parallèle à leurs études de français les étudiants ont déjà la possibilité de choisir une deuxième spécialité. Nous avons développé des échanges avec les autres universités tel que l’Université Fudan. Les étudiants ont ainsi la possibilité de faire des études de gestion, finance, management et, à l’issue de leur 4 année d’études, les meilleurs étudiants ont la possibilité de poursuivre des études de Master en France dans des grandes écoles comme HEC ou l’IAE de Grenoble.

Nous aimerions donc continuer dans cette voie et ouvrir encore d’avantage le profil international de l’Université. Je pense que les études de langues se marient très bien avec des disciplines comme les sciences sociales, l’économie, la communication...

Nous avons pour la filière anglaise une préparation aux concours de la fonction publique, je souhaite rapidement que nous puissions en ouvrir une pour les filières françaises.

Grâce à cette diversité, nous obtenons des résultats très positifs. Grâce à leur double compétences nos étudiants sont très demandés sur le marché du travail.

Quelle perception avez vous de notre pays ?

Je pense que la France est un pays qui est bien vu par le peuple chinois pour différentes raisons. La France a su maintenir une politique étrangère indépendante par rapport aux Etats-Unis et aux autres pays européens. La France, tout comme la Chine, est un pays très riche en culture, en art. Les Français ont souvent une formation artistique. Il leur est donc plus facile d’accepter d’autres cultures.

Interview réalisé par Johann Darbas

Dernière modification : 07/08/2014

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