Interview du mois - février 2008 : Li Daqian

Membre de l’Académie des Sciences de Chine, membre associé étranger de l’Académie des Sciences de France, spécialiste de mathématiques appliquées (notamment à l’industrie pétrolière), le Professeur LI Daqian co-dirige, au sein de l’Université Fudan, l’Institut sino-français de mathématiques appliquées. Acteur dynamique du développement des échanges franco-chinois en mathématiques, le Professeur LI vient également de se voir décerner le « Shanghai Top Science and Technology Award ».

Li Daqian - JPEGVous avez une longue expérience de la France. Comment a-t-elle débuté ?

J’ai vécu ma première expérience en France en tant que visiteur au Collège de France entre 1979 et 1981. A l’époque, le gouvernement chinois, dans le cadre du lancement de sa politique de réforme et d’ouverture, encourageait les chercheurs chinois à passer quelques années à l’étranger. La Chine devait en effet combler le retard accumulé pendant la révolution culturelle (1966- 1976), où toute activité universitaire avait été interrompue. Il y avait un examen de langue française à passer, que j’ai réussi.

J’ai donc été envoyé au Collège de France pour travailler sous la direction du Professeur Jacques-Louis Lions dont les sujets de recherche m’intéressaient particulièrement, et dont j’ai par la suite traduit certains ouvrages. Notre rencontre a été un événement important dans ma carrière scientifique.

Vous parlez effectivement couramment le français, comment avez-vous trouver le temps d’apprendre la langue tout en étant très pris par votre intérêt pour les mathématiques ?

Pendant la Révolution culturelle, je ne pouvais poursuivre mes recherches et j’ai donc décidé d’utiliser mon temps pour apprendre le français, dont j’avais déjà acquis quelques notions pendant mes études et pour lequel je disposais, par chance, de quatre manuels publiés par l’Institut des langues étrangères de Pékin. J’ai beaucoup progressé en grammaire, mais pour la prononciation, c’était autre chose ! Je me suis par la suite aidé d’émissions de radios, avant de me perfectionner lors de mon séjour en France.

La Révolution culturelle m’a également conduit à travailler pendant trois ans dans des usines, où j’ai été confronté à des problèmes pratiques de production industrielle, derrière lesquels se cachaient des vrais sujets de mathématiques. C’est ce qui m’a donné envie de poursuivre mes recherches dans le domaine des mathématiques appliquées.

Qu’avez-vous retenu de votre expérience en France ?

Le monde scientifique que j’y ai découvert m’a vraiment impressionné. Contrairement à ce qui se passe ici, la coopération active entre les différentes universités et centres de recherche français m’a étonné. J’ai beaucoup apprécié le dynamisme de l’activité intellectuelle et scientifique en France.

J’ai également rencontré en France de nombreuses personnalités du monde des mathématiques car ce pays, d’une réputation notable en mathématiques, attire de nombreux chercheurs renommés du monde entier. J’ai développé en France une culture scientifique internationale et appris de nouvelles méthodes de recherche. Je continue d’ailleurs à me rendre régulièrement en France.

Vous êtes aujourd’hui co-directeur de l’Institut sino-français de mathématiques appliquées, pouvez-vous nous parler de cet institut ?

L’ISFMA a été créé en 1998, sous l’impulsion des Présidents Jacques Chirac et Jiang Zemin. Il permet de renforcer les échanges entre mathématiciens français et chinois qui se rencontrent régulièrement au cours de missions et de symposia et qui travaillent sur des publications communes. Certains chercheurs français sont même professeurs honoraires à l’université de Fudan. Récemment, nous avons décidé d’axer nos efforts sur la traduction des classiques de mathématiques français, afin de mieux les diffuser en Chine.

Propos recueillis par A. Humruzian et M-L. des Dorides

Dernière modification : 04/08/2014

Haut de page