Interview du mois - février 2007 : Bo Xu

M. Xu Bo, diplomate et actuellement directeur des relations internationales du Comité d’organisation de l’Exposition universelle de 2010. Francophone et francophile, il contribue depuis de nombreuses années aux bonnes relations entre la Chine et la France.

JPEG Lorsque vous êtes né en 1960, la France et la Chine n’avaient pas encore établi de relations diplomatiques. Qu’est-ce qui vous a amené à aimer la culture française, apprendre le français ?

J’ai du effectuer mes études pendant la révolution culturelle, mais j’ai eu la chance d’arriver à la fin de cette période.J’ai pu profiter du mouvement de "Réforme et d’ouverture" pour passer l’examen d’entrée à la Faculté de langues étrangères de Pékin. Je me suis alors particulièrement intéressé au français suite à la découverte des œuvres françaises, comme celles de Molière. La France était et est toujours, pour moi, un pays phare porteur de valeurs traditionnelles auxquelles j’ai, dès le début, pu adhérer pleinement.

En 1986, vous êtes devenu diplomate, d’abord au Liban, puis en France, pouvez-vous nous rappeler brièvement votre parcours ?

Après mes études à la Faculté des langues étrangères et à l’Institut de diplomatie de Pékin, on m’a proposé un poste au Centre d’études internationales chinoises sur les affaires européennes. Après un an d’études géopolitiques, j’ai été muté au Liban pour deux ans. Le Liban était alors en pleine guerre civile. Ces années ont été éprouvantes mais elles m’ont également permis de faire la découverte de la vraie diplomatie. Je suis entré au Protocole des Affaires Étrangères à Pékin pour un an, ce qui m’a permis de faire de la diplomatie au plus haut niveau, au niveau étatique.
En 1991, j’ai obtenu une bourse pour aller en France un an, c’était la première fois ! Je n’ai pu commencer le français que très tard, à l’âge de 20 ans, ça a donc été une grande chance pour moi.
J’ai effectué ensuite plusieurs année à Bruxelles et à Pékin au service des Affaires européennes avant de pouvoir retourner en France en 1999. J’avais été nommé Consul général à Strasbourg.

Vos années de diplomate en France (1999 à 2004) ont été encadrées par la signature de deux déclarations conjointes pour un partenariat global, les relations entre les deux pays étaient donc excellentes. Pouvez-vous nous relater les faits marquants de vos années passées en tant que diplomate en France ?

J’ai été Consul général jusqu’en 2001, date à laquelle j’ai été nommé Premier secrétaire à l’Ambassade. J’étais responsable des relations bilatérales.
Pour moi, les années 2001-2004 ont constitué l’apogée des relations diplomatiques. J’ai organisé la visite du président Hu Jin Tao trois fois en trois ans ! La venue de notre président au Sommet d’Evian en2003 m’a particulièrement marqué. C’était à la fois la première fois qu’une délégation chinoise était présente à un sommet des G7, G8 et la première fois qu’on écoutait la Chine en tant que représentante du Tiers Monde. Le Sommet, sur l’avenir de la planète a été très enrichissant, il nous a permis d’exposer nos vues concernant le développement mondial. La rencontre lors de ce sommet entre M. Hu Jin Tao et M. Jacques Chirac a été de plus d’une grande qualité.
Il m’a été donné l’occasion d’assister également à un rendez-vous que je considère comme historique. En 2004, nous avons célébré le 40ème anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises. La rencontre entre Hu Jin Tao et Jacques Chirac à l’occasion de cet anniversaire a été très politique, mais également extrêmement amicale.

Comment décririez-vous l’état actuel des relations diplomatiques entre nos deux pays ?

La Chine a une dette envers la France, car elle a été le premier pays du monde à reconnaître la Chine comme pays souverain. Notre pays est fidèle à cette amitié qui lui a été offerte il y a plus de quarante ans et qui est sans cesse renouvelée. Par exemple, durant le SRAS, votre premier ministre Jean-Pierre Raffarin a été le seul à maintenir sa visite en Chine. Les relations entre nos deux pays sont bonnes.

Quelles évolutions envisagez-vous dans les relations diplomatiques sino-françaises dans l’avenir ?

Les relations entre la France et la Chine continueront à s’améliorer. C’est une ligne consensuelle entre nos deux pays.

Que pensez-vous du fait que la France ait été le premier pays à déclarer sa participation à l’Exposition universelle de 2010 ?

Il m’a semblé très important pour la France qu’elle soit la première à montrer son soutien à l’Exposition et c’est ce qu’elle a fait en confirmant sa venue dans les premières heures après le lancement de l’invitation. J’en profite d’ailleurs pour adresser un grand remerciement aux autorités françaises et diplomatiques qui ont contribué à cette confirmation, notamment le Consulat général de France. L’Exposition se doit d’être le reflet des bonnes relations entre nos deux pays et je la vois comme une chance de plus pour moi de promouvoir les relations franco-chinoises.
La France a organisé huit fois l’Exposition universelle, elle dispose donc de grands atouts, notamment dans les deux thèmes clés de notre exposition : l’urbanisme et l’art de vivre. Je suis certain qu’elle saura faire de son pavillon la vitrine de ses atouts. J’aimerais que l’Expo soit un lien entre les Chinois et la communauté française et que l’on puisse promouvoir la France main dans la main.
Il y a en effet un travail bilatéral à faire pour présenter la France aux chinois car trop peu, encore, connaissent la France. Nous pouvons améliorer la compréhension mutuelle entre nos deux cultures.
L’Exposition est une opportunité unique pour provoquer des rencontres. J’espère qu’elle permettra de bâtir un pont d’échanges entre la Chine et la France.

Interview réalisée par Sarah Aberman

Dernière modification : 07/08/2014

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