Interview du mois - décembre 2008 : Qiu Xiaolong

Né à Shanghai en 1953, Qiu Xiaolong a intégré dans les années 1980 l’Académie des Sciences Sociales. Après avoir enseigné à l’université de Saint Louis où il était arrivé comme chercheur invité en 1988, l’auteur se consacre aujourd’hui exclusivement à l’écriture.

JPEGSes romans (Mort d’une héroïne rouge (2000), Visa pour Shanghai (2002), Encres de Chine (2004), Le très corruptible mandarin (2006), De Soie et de Sang (2007), Cité de la Poussière Rouge (2008)) traduits dans une vingtaine de langues, ont d’emblée rencontré un grand succès en France, où se trouve son plus important lectorat.

Qiu Xiaolong, nous sommes heureux pouvoir vous rencontrer à l’occasion de votre passage à Shanghai. Revenez-vous souvent en Chine ?

Je reviens une à deux fois par an à Shanghai. Cette année à nouveau, j’étais associé au Festival de littérature asiatique de Hong Kong d’où j’arrive. Mais, comme dit mon épouse, je voyage trop ! En France aussi d’ailleurs où je me rends souvent pour le Salon du livre…

« Le Monde » a récemment publié en épisodes « Cité de la poussière rouge » qui se passe intégralement dans les shikumen. Vos séjours à Shanghai demeurent-ils une source d’inspiration ?

Ah oui, vraiment toujours. Je découvre chaque fois de nouvelles histoires. Il n’y a rien à inventer !

Il n’est pas facile de trouver un éditeur aux Etats-Unis. Comment avez-vous réussi à publier votre premier roman ?

Cela s’est passé très simplement. J’ai envoyé mon manuscrit à plusieurs éditeurs et j’ai reçu très vite une proposition… que j’ai tout de même trouvée un peu contraignante sur le moment. Le contrat stipulait que ce premier roman serait publié mais que je devais aussi en écrire deux autres. Je n’y avais pas pensé !

Vous écrivez en anglais et vos romans sont traduits dans le monde entier. En chinois également ?

Oui, mes romans sont traduits à Hong Kong. En Chine continentale, trois titres sont disponibles*. La seule différence du texte anglais porte sur le nom de la ville, des rues, des lieux : ce n’est plus Shanghai, mais « la ville de H ».

Quel rapport entretenez-vous avec la littérature française ?

J’aime beaucoup la littérature française. Par exemple, j’adore l’œuvre de Simenon. Son style est remarquable. Dans ses romans, il y a de vrais personnages, consistants, aux multiples facettes.

Comme dans les vôtres, l’inspecteur Chen Cao qui ne correspond pas du tout aux clichés traditionnels de l’inspecteur. Une figure aux multiples facettes : fin gourmet et fervent admirateur du dramaturge et poète américain T.S. Eliot, comme vous-même…

Oui, une chose me frappe aujourd’hui en Chine : les jeunes sont en général bien pragmatiques ! Par exemple, ils me demandent souvent pourquoi j’écris des polars alors que je pourrais gagner beaucoup plus d’argent en faisant autre chose. Les gens de ma génération n’étaient pas autant préoccupés par les biens matériels. Je voulais développer la complexité du personnage de Chen. Au-delà de son métier d’inspecteur, il a une « double vie » en effet, qui fait toute sa richesse. Je crois que beaucoup de mes lecteurs peuvent se reconnaître en lui.

* : Mort d’une héroïne rouge, Visa pour Shanghai, De Soie et de Sang, ed. « Shanghai Wenyi Chubanshe »

Propos recueillis par Sabrina Grassi-Fossier,
Attachée de coopération culturelle

Dernière modification : 07/08/2014

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