Interview du mois - avril 2008 : Samuel Kung

Samuel Kung, fondateur et directeur du MoCa, prépare actuellement un projet, Art Lab, qui accueillera plusieurs artistes français tout au long de l’année.

Samuel Kung - JPEG

- En tant que fondateur et directeur d’un musée d’art contemporain d’une surface de 3000 mètres carrés, que signifie pour vous de diriger une telle institution aujourd’hui ?

Le MoCA est le premier musée d’art contemporain ouvert à Shanghai et l’un des premiers en Chine. Pour cette raison, nous nous sentons investis d’une mission éducative auprès du public sur la diversité de l’art contemporain, tant chinois qu’international. Mais notre mission n’est pas seulement d’ordre éducatif, nous souhaitons également faire tomber les barrières symboliques que le public perçoit parfois à l’égard des musées pour faire du MoCA une véritable institution publique.

- Quelle différence y-a-t-il entre ouvrir un musée en Chine et dans un autre pays ?

Nous avons rencontré de nombreux obstacles lors de l’ouverture du MoCA ; l’un des plus importants fut celui du financement. Le MoCA est une institution privée ; trouver le financement approprié et une stratégie commerciale peut parfois devenir compliqué. Il n’y a pas de défiscalisation sur les dons comme en Europe ou aux Etats-Unis ; le musée doit donc dégager d’importants bénéfices pour s’assurer le soutien de mécènes et de sponsors. Le fait de développer une activité commerciale dans l’industrie culturelle en Chine est un fait nouveau ; nous tentons ainsi d’apprendre le plus possible le plus vite possible, mais nous devons rester vigilants afin de ne pas sacrifier l’activité du musée pour attirer certains sponsors ou mécènes.

- Laquelle des nombreuses expositions réalisées au MoCA considérez vous comme la plus aboutie ? Pourquoi ?

L’une des expositions que je considère comme la plus aboutie est « The MoCA Envisage : Entry Gate  », qui fut notre première exposition bi-annuelle et a illustré une recherche importante sur le statut actuel de l’artiste contemporain chinois. Cette exposition a été largement saluée par la critique académique du monde de l’art chinois et international. Par ailleurs, notre exposition la plus populaire en termes de nombre de visiteurs fut celle sur Gaudi.

- Avec l’ouverture du Centre Ullens pour l’art contemporain à Pékin, quelles sont les projets du MoCA afin de maintenir un rôle de premier plan en tant qu’institution pour l’art contemporain en Chine ?

Afin de conforter et de perpétuer son statut d’institution destinée à promouvoir l’art contemporain en Chine, le MoCA de Shanghai va se concentrer essentiellement sur sa programmation. Ainsi, les expositions programmées pour les deux prochaines années porteront fortement l’identité de leurs commissaires. Nous allons également poursuivre le dialogue ouvert entre les artistes chinois et étrangers. Le projet "Artificial Nature" qui s’ouvre en avril, avec notamment la participation de Pauline Fondevila, va renforcer le lien entre le MoCA et les artistes français, initié par l’exposition de Pierre et Gilles pour l’ouverture du musée.

- Pensez-vous que Art Lab puisse permettre de poursuivre ce rapprochement ?

Le MoCA a toujours fait la promotion des jeunes artistes et commissaires prometteurs. Le MoCA est ainsi une plateforme pour les artistes chinois et internationaux, afin qu’ils soient reconnus et vus par la communauté artistique locale et étrangère. Art Lab va promouvoir cet échange à une échelle encore plus importante ; c’est en effet notre intention de créer un dialogue entre les artistes locaux et étrangers en plus du dialogue existant entre les artistes et le public.

Propos recueillis par Sabrina Grassi-Fossier,
Attachée culturelle

Dernière modification : 04/08/2014

Haut de page