Interview du mois : M. YANG Min, représentant en Chine du Château Puech-Haut [中文]

Les coopérations universitaires franco-chinoises sont une chance pour la compréhension entre nos deux pays autant que pour nos relations économiques : la Lettre de Shanghai en fournit une preuve de plus avec M. YANG Min (Eric), ancien étudiant chinois en France, maintenant "ambassadeur" francophile et très francophone des vins français.

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Eric YANG, Représentant du Château Puech Haut pour l’Asie, membre du Club France Nankin

Lettre de Shanghai : Vous êtes le représentant en Chine du Château Puech-Haut, à 15 km au nord de Montpellier, après de très sérieuses études à l’université de Montpellier I. Peut-on vous présenter comme un ambassadeur du goût français en Chine ?

YANG Min : J’ai la chance d’être le premier Chinois diplômé d’un master en commerce des vins. La même année, le marché du vin en Chine a commencé à se réveiller et à dévoiler son potentiel grâce à la baisse importante des taxes d’importation de vin en Chine (1er janvier 2006). Etant le seul diplômé asiatique en master de Commerce de vin, j’ai eu plus d’opportunités que d’autres étudiants français et ai été « envoyé » en Chine pour commencer un travail pionnier.

Au début de ma carrière, j’ai découvert que les consommateurs chinois manquaient énormément de connaissances sur le vin. J’ai ainsi commencé à développer le marché en promouvant la culture du vin. J’ai l’impression qu’en France, le vin est une évidence. L’une de mes missions est donc de mieux comprendre cette culture et de l’introduire auprès des Chinois. Je suis plus un ambassadeur de la culture du vin qu’un pionnier dans le marché du vin.

Depuis combien de temps êtes-vous présent sur le marché chinois ? Quelle est votre stratégie marketing pour vous différencier de vos nombreux concurrents ?

YM : En 2006, le vin de Puech-Haut n’était pas présent sur le marché chinois. Cinq ans après, en 2011, son chiffre d’affaires à l’exportation s’élève à 20 millions de RMB, avec une croissance de plus de 100% chaque année. Par rapport au taux de croissance de 10% à l’intérieur de l’Hexagone, son expansion en Chine est très impressionnante.

En tant que responsable du marché chinois, ma première stratégie a été de valoriser une marque, la seconde a été de différencier nos types de produits et de m’assurer que les agents de représentation de chaque type soient exclusifs dans tout le pays.

Quelle est la place des vins français parmi les vins achetés en Chine ? Y a-t-il une grande différence entre les marchés plus mûrs comme Shanghai ou Pékin, les villes de deuxième et troisième rang et le reste de la Chine ?

YM : Les villes où le marché est assez mûr comme Pékin, Shanghai ou Canton sont souvent les sièges des grandes entreprises qui vendent du vin. En même temps, ce sont des villes où il est difficile d’introduire une nouvelle marque, parce qu’une concurrence féroce exige plus d’investissement, et que les consommateurs restent en général sur un terrain connu.
Contrairement à ces marchés mûrs, il est plus facile de faire connaître une marque auprès des consommateurs dans les villes de deuxième et troisième rang. C’est pourquoi les sociétés qui ont leur siège à Shanghai et Pékin s’y précipitent.

Où en sont d’après vous les consommateurs chinois dans leur connaissance du vin ? Sont-ils fidèles à une marque ou une région ? Vos clients sont-ils plutôt des jeunes, des 35-50ans ou des seniors ?

YM : Les consommateurs chinois manquent encore énormément de connaissance, parce qu’ils n’apprennent que via internet ou des livres. Par contre, avec l’évolution du marché, de plus en plus de consommateurs, surtout la génération des jeunes, ont conscience que des connaissances de base en vin sont également indispensables dans les relations sociales. Ainsi, des formations spécifiques se développent rapidement. J’ai été invité plusieurs fois pour faire des conférences sur le vin, et j’écris également des rubriques spéciales pour des magazines. Récemment, j’ai travaillé avec la télévision et viens de terminer l’enregistrement de plusieurs émissions sur le vin.

En ce qui concerne les clients, ils varient selon les régions. Dans les villes comme Shanghai ou Pékin, il y a certainement des jeunes. Mais la plupart de nos clients chinois restent en ce moment des officiels du gouvernement ou cadres de grands établissements et entreprises, qui ont en général 35-50 ans.

Vous participez actuellement à un projet de formation en œnologie dans le Shandong. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ? Pensez-vous que ce secteur puisse devenir une filière créatrice d’emplois en Chine ?

YM : La Chine constitue un marché énorme. Cependant, il n’y a pas d’école qui propose de formation en vente et gestions des vins. Le Shandong est l’une des principales régions de production de vin en Chine, comme le sud-ouest en France.

Une école spécialisée dans la vente et la gestion des vins, l’Institut du vin de Penglai, est en train de s’établir dans le Shandong. Ils m’ont engagé pour être le vice-président d’honneur de l’Institut et être responsable de l’offre de cours et de la coordination à l’international. Couvrant une superficie d’environs 687.000 m2, avec un investissement total de 800 millions de RMB, l’Institut a déjà commencé certains programmes de coopération internationale, comme avec l’Italie. Ce qui manque actuellement, ce sont des professeurs étrangers qualifiés et des occasions d’échanges sur la culture du vin. Nous souhaitons vivement avoir le soutien et l’aide des écoles, régions de production, et associations viticoles françaises.

En même temps, avec le meilleur sommelier français Dominique LAPORTE, nous avons créé Numberwine à Nankin. Nous espérons que cette organisation pourra servir de pont entre les écoles, les entreprises et les associations chinoises et françaises.

Aucune école chinoise ne forme en ce moment à la vente et gestion des vins. Le manque d’experts qualifiés restreint le développement du vin en Chine. Si une entreprise a besoin de 10 personnes pour la vente et la gestion, la demande du marché s’élève à des dizaines de milliers de personnes. Imaginons qu’une école forme chaque année des centaines de personnes : il faut alors des dizaines d’années pour répondre au besoin. Les perspectives sont très positives.

Propos recueillis par Xavier LEROUX et Laure ZHANG,
Alliance française de Nankin

Dernière modification : 16/06/2014

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