Interview de l’avocate chinoise LI Jin [中文]

A son retour de France où elle s’est rendue à l’occasion du trentième anniversaire de l’abolition de la peine de mort, LI Jin nous livre son point de vue sur le sujet et sur l’évolution de la situation chinoise

Que vous inspire le processus historique ayant finalement conduit à l’abolition de la peine de mort en France il y a trente ans ?

Près de deux siècles se sont écoulés entre l’année 1791, lorsque Le Pelletier de Saint-Fargeau a demandé l’abolition de peine de mort à la session de l’Assemblée Nationale pour la première fois, et 1981 lorsque la loi sur l’abolition de la peine de mort a été adoptée. Par ailleurs, plus de 60% de la population soutenait encore la peine de mort en 1981. L’évolution de la mentalité du public n’est donc pas forcément le facteur décisif dans la quête de l’abolition de la peine de mort, le courage et la perspicacité politiques sont également nécessaires. Il y a encore un long chemin à parcourir sur ce point en Chine. Il est avant tout indispensable que la communauté des experts juridiques fasse preuve de plus d’ouverture sur cette question.

Vous avez assisté à plusieurs événements commémoratifs lors de votre séjour à Paris. Quels ont été les moments forts de ces célébrations ?

Lors des commémorations du trentième anniversaire de l’abolition de la peine de mort en France, j’ai été particulièrement impressionnée par la qualité des activités organisées par les ONG françaises et par leur engagement en faveur de la cause de l’abolition mondiale de la peine de mort.

Malgré les progrès accomplis, la peine de mort reste encore en vigueur dans près de 60 pays. Quelles sont selon vous les perspectives du mouvement abolitionniste au niveau mondial ?

Cesare Beccaria a formulé pour la première fois la théorie de l’abolition de la peine de mort en 1764. Aujourd’hui, plus de deux cents ans après, la plupart des pays dans le monde l’ont abolie, même si une soixantaine de pays la pratiquent toujours. L’abolition de la peine de mort est le résultat naturel du progrès de la civilisation. Le processus peut être tortueux mais, à terme, elle est inéluctable.

Quel est aujourd’hui l’état de l’opinion publique chinoise sur ce sujet ? Pensez-vous que la peine de mort puisse être abolie prochainement en Chine ?

Je pense qu’il est inenvisageable de voir la peine de mort abolie en Chine à court terme bien que le point de vue du public change selon le type de crimes concernés. L’abolition de la peine de mort en ce qui concerne les crimes violents est fondamentalement inacceptable car la culture de la loi du talion reste profondément enracinée dans la société chinoise. En revanche, le public est plus attentif aux arguments en faveur de l’abolition de la peine de mort en ce qui concerne les crimes non violents.
En l’état actuel des choses, la meilleure stratégie est de faire à la fois pression sur le pouvoir législatif pour que le nombre de crimes passibles de la peine de mort soit réduit, et sur le système judiciaire pour que les condamnations à mort ne soient pas appliquées.

L’Institut Français de Pékin a organisé un cycle de projections sur le thème « La peine de mort en question » le mois dernier. Pensez-vous que l’art en général et le cinéma en particulier puissent contribuer à faire évoluer les mentalités ?

L’Art en général et le cinéma en particulier peuvent transmettre des émotions qu’il est difficile de procurer par le discours. Ils jouent donc un rôle capital dans l’évolution des mentalités sur ce sujet.

Dernière modification : 05/10/2012

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