Interview de Pierre Moscovici par le China Business News (Di Yi Cai Jing, 8 janvier 2013) [中文]

Lien vers l’interview sur Yicai : http://www.yicai.com/news/2013/01/2396909.html

1. C’est la première fois que vous venez en Chine en tant que ministre de l’Economie et de Finances, et vous êtes également le premier haut fonctionnaire français à effectuer une visite en Chine en 2013. Quel message vous apportez de la part du gouvernement Hollande aux nouveaux dirigeants chinois ?

Je suis tout d’abord venu témoigner l’amitié qui unit la France et la Chine. La relation franco-chinoise est une priorité pour le Président de la République française, François Hollande. Celui-ci a rencontré en juin dernier le Président Hu Jintao. Il a également rencontré début novembre le Premier Ministre chinois.

Ces rencontres ont donné un nouvel élan à la relation bilatérale. Nous souhaitons entretenir cet élan et même franchir un palier à l’occasion de l’arrivée de nouvelles Autorités en mars prochain. La densité, la qualité et l’efficacité des mécanismes du partenariat entre la France et la Chine nous en donnent les moyens. La Chine est un partenaire majeur de notre pays.

Mon déplacement s’inscrit par ailleurs dans un contexte particulier pour notre relation bilatérale, qui sera marquée par le déplacement en Chine dans les prochains mois du Président de la République française, et la célébration début 2014 du cinquantième anniversaire de notre relation bilatérale. Je suis venu préparer ces échéances.

2. Du point de vue d’un ministre de l’Economie, quelle appréciation faites-vous des secteurs prioritaires de coopération économique entre la France et la Chine ? En particulier, les perspectives de coopération dans le domaine de l’électricité nucléaire ?

La coopération dans les domaines économiques, financiers et commerciaux est fructueuse pour la Chine et la France. En tant que Ministre de l’Economie et des Finances, ma conviction est toutefois qu’une relation bilatérale plus forte et plus structurée encore, reflétant à la fois l’étroitesse croissante de nos liens et le poids respectif de nos pays dans l’économie mondiale, est aujourd’hui possible.

C’est tout le sens de ma visite ici, qui vient ouvrir un dialogue économique régulier que je souhaite mettre en place. Nous avons en effet d’importants enjeux en commun, et j’en citerai notamment trois :
- la France et la Chine ont une responsabilité commune en matière de gouvernance économique mondiale ;
- la France dispose d’atouts considérables pour accueillir des investissements chinois, qui sont aujourd’hui nettement inférieurs au volume d’investissements français en Chine ;
- enfin, la France et la Chine ont un intérêt mutuel à développer des partenariats industriels équilibrés, créateurs d’emplois dans les deux pays, y compris dans les industries de pointe tels que l’aéronautique ou, en effet, l’électricité nucléaire.

3. Le gouvernement français vient d’entamer une enquête sur les relations entre EDF et l’électricien chinois CGNPC. Cette enquête aura-t-elle un impact sur la coopération tripartite entre EDF, Areva et CGNPC ? L’opinion publique française est-elle préoccupée par le transfert du droit de propriété intellectuelle ?

Il n’y a aucune remise en question de ce partenariat industriel stratégique. La coopération franco-chinoise dans le domaine nucléaire fête cette année son 30ème anniversaire. Deux des quatre EPR actuellement en construction dans le monde le sont en Chine. De nombreux projets de coopération sont en cours d’étude et notre objectif est de les poursuivre.

La préoccupation des français est la même que celle des Chinois  : la mise en place de partenariats industriels mutuellement bénéfiques, c’est-à-dire créateur d’emplois. Or, c’est l’objet même d’un partenariat stratégique que d’établir une relation «  gagnante-gagnante  ».

4. L’Europe  traverse une période historiquement difficile de  réajustements et d’intégration. Par exemple, les dettes publiques sont au niveau le plus élevés depuis la deuxième guerre mondiale, à hauteur de 110% du PIB moyen des pays développés . Comment faut-il faire, selon vous, pour réduire la dette tout en maintenant la croissance ?

La zone euro a besoin aujourd’hui de davantage d’intégration et de solidarité. Elle a pris la mesure de la gravité de la crise, et les décisions prises ces derniers mois par les gouvernements européens et la Banque centrale européenne ont permis de franchir une étape décisive. Je pense en particulier au « Mécanisme Européen de Stabilité », qui est opérationnel depuis début octobre et qui constitue une étape historique dans la construction de l’Union monétaire. Je pense également aux solutions apportées en faveur de la Grèce qui ouvre des perspectives de croissance pour le pays et lève toutes hypothèques sur la cohésion de la zone euro. Je pense enfin à l’accord sur la supervision bancaire intégrée, conclu le mois dernier, qui constitue une première étape pour l’union bancaire permettra de maîtriser à l’avenir les risques financiers.

Il y a donc eu un vrai coup d’accélérateur ces derniers mois, un vrai tournant pour rétablir la stabilité, la confiance et in fine la croissance. La France a été très active pour parvenir à ce résultat. Nous mettons tout notre poids derrière le rééquilibrage des politiques menées en zone euro, pour faire une juste place aux objectifs de croissance et de solidarité. Mon emploi du temps, consacré pour un tiers aux dossiers européens, en témoigne.

5. Plusieurs observateurs chinois font valoir aujourd’hui qu’une importante source de la situation de crise des dettes européennes et de déséquilibre économique actuel réside dans le fait que l’Allemagne professe depuis près d’une décennie le mercantilisme, et a accumulé un énorme excédent commercial. Ainsi, une des clés serait que l’Allemagne permette une  hausse des salaires, une augmentation de l’inflation et une stimulation de sa demande intérieure et, en même temps, une réduction de son énorme solde de transactions courantes. Qu’en pensez-vous ?  

Je ne crois pas que ce soit une description parfaitement correcte de la situation allemande ou européenne. Mais il est vrai que la crise nous a montré la nécessité de compléter le pacte de stabilité budgétaire, mis en place au tout début de la zone euro, par une meilleure surveillance macroéconomique et par plus de solidarité. Nous appliquons ainsi depuis l’année dernière une nouvelle procédure de surveillance et de correction des déséquilibres macroéconomiques, qui rejoint l’inspiration des engagements que nous prenons dans le cadre du plan d’action du G20 pour une croissance équilibrée et durable, mais de façon plus contraignante.

C’est donc à la fois sur le volet budgétaire, macroéconomique, financier et bancaire que nous stabilisons et renforçons l’intégration de la zone euro.

Et puis, chacun des pays européens, y compris la France, doit évidemment réaliser les réformes nécessaires pour rendre plus performantes nos economies. Nous le faisons à Paris, avec une politique de compétitivité et de redressement très vigoureuse, qui renforce encore l’attractivité de la France pour les investisseurs internationaux, chinois en particulier. C’est le sens aussi de ma visite.

Dernière modification : 11/01/2013

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