Interview de M. Pascal VINCELOT, directeur des opérations commerciales de bioMérieux Chine [中文]

La Lettre de Shanghai est allée à la rencontre de M. Vincelot, acteur de la communauté industrielle française en Chine, pour qu’il nous fasse partager sa vision et son expérience de ce pays.

M. Pascal VINCELOT, - JPEG
Lettre de Shanghai : Pouvez-vous présenter à nos lecteurs votre parcours professionnel et ce qui vous a amené en Chine, en particulier à Shanghai ?

M. Pascal VINCELOT : Avec une formation de pharmacien biologiste, j’ai rejoint bioMérieux à l’âge de 26 ans : c’était mon premier travail en entreprise. Toute ma carrière s’est déroulée à l’international et uniquement dans les pays émergents au rang desquels le Brésil - Rio de Janeiro -, puis l’Inde - New Delhi - et actuellement Shanghai. Je fus basé à Lyon seulement 3 ans, pour travailler sur la création des filiales Russe et Turque. Ainsi, je n’ai jamais vraiment travaillé en France... Avant de commencer ma carrière au sein de bioMérieux, j’étais Volontaire au service national (l’équivalent aujourd’hui de Volontaire international) au sein du laboratoire d’analyse des maladies infectieuses de la Faculté de pharmacie de Dakar au Sénégal.

Entrer à bioMérieux était à l’époque un rêve pour bon nombre d’étudiants français en biologie du fait de la renommée de la famille Mérieux et de sa culture d’entreprise. J’avais également le souhait de mener une carrière à l’international et l’entreprise avait déjà une portée mondiale : bioMérieux est installée au Brésil depuis les années 1960 et nous fêterons en 2013 les 35 ans de notre installation en Chine.

LDS : Dans quel secteur travaille votre entreprise ?

PV : L’entreprise bioMérieux est leader mondial dans le domaine des diagnostics in vitro, c’est-à-dire des tests faits à partir d’échantillons ; plus particulièrement pour le diagnostic des maladies infectieuses.

Notre deuxième domaine d’expertise est le contrôle alimentaire, à savoir la détection de bactéries dans les aliments. L’entreprise est une référence dans ce domaine : c’est à nous que les autorités chinoises ont fait appel en 2008 lors des Jeux olympiques de Pékin pour vérifier et garantir la qualité des aliments des athlètes et des journalistes. Enfin, nous délivrons des services reconnus dans le domaine du contrôle bactériologique des produits pharmaceutiques et cosmétiques.

Nous formons, évidemment, nos clients, responsables de laboratoires hospitaliers à l’usage de nos produits et les médecins à l’interprétation des tests biologiques.
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LDS : Comment se déroulent au quotidien vos relations de travail avec vos collègues et partenaires chinois ?

PV : La Chine a une importance toute particulière pour bioMérieux. Les relations d’amitié qui nous unissent avec les générations successives de dirigeants chinois sont fortes et ont débuté dès les années 1920-1930 avec ZHOU Enlai et DENG Xiaoping et les établissements Berliet à Lyon. En 1978, avant même la politique d’ouverture du pays de DENG Xiaoping, M. Alain MERIEUX s’était rendu une première fois en Chine et n’a cessé depuis de tisser des liens avec les dirigeants de Shanghai, en tant qu’industriel et vice Président de la Région Rhône-Alpes.

Au cours de toutes ces années, bioMérieux et l’ensemble des sociétés de l’Institut Mérieux, qui est la holding familiale, ont développé des collaborations avec les Chinois sur les sujets de santé publique : tuberculose, SIDA, maladies nosocomiales et sécurité alimentaire. bioMérieux est devenue en 2012, la troisième société du groupe, avec plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires et 400 employés. Le site de Shanghai fait partie des trois piliers Corporate du groupe avec celui de Marcy l’Etoile dans le Rhône et de Cambridge dans le Massachusetts, aux Etats-Unis. Et ce n’est vraiment pas théorique : M. Thierry Bernard, Corporate Executive VP chargé des Opérations commerciales, n’a pas hésité à s’installer à Shanghai avec sa famille depuis mi-2012 pour gérer l’ensemble des activités commerciales mondiales du groupe. De plus, M. Alain MERIEUX fondateur et pivot historique de nos relations avec la Chine, demeure aujourd’hui le président de bioMérieux Chine.

L’entreprise est de ce fait très connue des professionnels chinois de la santé et des autorités chinoises. Partout où je me déplace en Chine - et même dans la Chine de l’intérieur - nous sommes très bien accueillis. Ce constat est particulièrement vrai à Shanghai, ville dont le jumelage avec la région Rhône-Alpes a été largement facilité par l’action de M. Alain Mérieux lorsqu’il était vice-président de son conseil régional.

JPEGLa principale difficulté que nous rencontrons avec les équipes chinoise est la rotation du personnel : cela est vrai pour toutes les entreprises. Ceci est problématique dans notre domaine qui demande de former, parfois en France, les employés à des produits techniques à forte valeur ajoutée. bioMérieux est une entreprise attractive pour les Chinois, mais il est parfois difficile de garder les meilleurs employés. L’enjeu est donc pour nous de les « fidéliser », leur donner une vision à moyen et à long terme dans l’entreprise en développant des plans de carrière. C’est la raison pour laquelle nous avons créé un programme intitulé « LEAD » qui peut se traduire par « mener » ou « prendre la tête », acronyme de Legacy, Entrepreneurial, Advanced , Determination.


Il s’agit d’un programme de trois ans qui vise à développer les actions du groupe en Chine à destination des Chinois dans le but d’augmenter la visibilité et la motivation de nos salariés.

LDS : Vous avez rencontré M. XI Jinping en octobre 2012, comment cela s’est-il passé ?

PV : J’ai eu l’immense privilège, faisant partie de la délégation de Mr Mérieux , de rencontrer M. XI Jinping qui était à l’époque le Secrétaire général adjoint du Parti communiste chinois mais amené à prendre la fonction suprême quelques jours plus tard. Cette rencontre a été bien bien-sûr très impressionnante et chaleureuse, mais surtout marque la bonne intégration de notre entreprise dans le paysage chinois et la reconnaissance de la priorité donnée par les nouveaux dirigeant a la santé publique.

En conclusion, être en Chine pour porter cette mission de santé publique au moment où ce grand pays met en place une reforme critique ; est une aventure professionnelle très enrichissante mais aussi très exigeante. C’est aussi un projet familial.

Propos recueillis par M. Jean BERARD-QUELIN,
Service de presse et de communication

Dernière modification : 07/08/2014

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