Interview de M. Laurent LEFRESNE, fondateur d’Oucook

Installé à Nankin depuis 2008, M. Laurent LEFRESNE est un Français dynamique, autodidacte, bilingue et passionné par la gastronomie. Avec sa femme chinoise, il a créé Oucook (ou 欧cook) en décembre 2012, un site web de formation à la cuisine occidentale et tout particulièrement à la cuisine française, et a reçu chez lui à Nankin la Lettre de Shanghai pour partager cette entreprise culinaire.

Lettre de Shanghai : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

M. Laurent LEFRESNE : Je suis originaire de Nice, où j’ai passé mon enfance et mon adolescence. Depuis cette période, je nourris une fascination pour la Chine, notamment à travers les films d’arts martiaux de Hongkong. A vingt ans, j’ai pris mon sac à dos et j’ai fait un long périple de six mois en Chine, avec pour seul guide mon Lonely Planet. Il m’est arrivé parfois de chercher des heures avant de trouver où dormir ; c’était une belle époque, c’était l’aventure ! J’y suis retourné pendant un mois dix ans plus tard, car un désir de Chine m’était revenu comme une sorte de maladie positive. Pendant ce deuxième voyage, j’ai pris conscience que de plus en plus de laowai parlaient le chinois et que c’était un comble pour un passionné de la Chine comme moi de ne pas connaître cette langue. Alors que j’étais professeur de piano en France, j’ai franchi le pas de changer de vie et ai atterri à Nankin, où j’ai étudié pendant deux ans à Nanda. Ces années d’études ont été un vrai bonheur : à 33 ans, c’était un air de liberté. Mes études finies c’est par amour que je suis resté en Chine.

L.D.S. : Pouvez-vous nous expliquer comment est né Oucook [1]et ce que c’est ?

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L.L. : Comme toutes les histoires, c’est une longue histoire… A Nankin, je donnais des cours de français en parallèle de mes études mais je désirais également monter un projet de vie, une entreprise. J’ai d’abord rédigé une méthode d’apprentissage du français pour les Chinois ; j’en avais écrit le premier volume. Cependant, je me suis rapidement rendu compte que ce projet ne rencontrerait pas un public suffisamment large. Il fallait donc que je change mon fusil d’épaule… Un jour, ma femme, sachant que j’aimais cuisiner et que la cuisine française me manquait, m’a offert un four. J’ai donc mis la main à la pâte et le déclic est arrivé lorsqu’elle a publié la photographie d’une de mes tartes aux fraises sur le réseau social weibo. Le succès que ce cliché a déclenché était inattendu, même si je savais que les Chinois adorent manger. Nous avons donc décidé d’en faire une activité à part entière et de monter un site internet de recettes de cuisine occidentale.

A 38 ans, ce projet est un vrai défi. Ma femme s’occupe de la communication et moi de la création et des fourneaux. Après un mois de réflexion, nous avons donc acheté tout le matériel nécessaire : caméras, éclairages, etc. Puis il a fallu trouver un nom : Oucook ou 欧cook prononcé « o-couk » est un jeu de mot avec le caractère qui signifie Europe et le mot anglais to cook qui signifie cuisiner.

L.D.S. : Comment réalisez-vous vos vidéos ? Cela a-t-il été facile de filmer vos plats ?

L.L. : Nous réalisons les vidéos entre le salon et la cuisine de notre appartement que nous arrangeons le matin. C’est une véritable organisation de rendre compte à l’image d’une recette de cuisine, cela est parfois un casse-tête au montage : cela prend beaucoup de temps et de travail. Ma femme écrit la recette en chinois et traduit les explications orales et les étapes qui s’expliquent par l’image seule. Cela n’a pas été facile au début. Je n’avais pas l’habitude. Il fallait réfléchir à tous les détails et réaliser tous les rôles à la fois, directeur photo, cadreur, cuistot, monteur... Cela a été lent au début, d’autant plus que je suis perfectionniste. Désormais cela est plus facile, plus rapide, les automatismes sont en place. Je voulais initialement commencer ce site avec un vrai fonds de 40 vidéos ; nous en possédons actuellement plus d’une soixantaine, et j’espère arriver à plus d’une centaine.

L.D.S. : Qu’est-ce que vous aimez tout particulièrement dans votre travail ?

L.L. : Ce que j’aime avant tout est de partager ma passion avec les Chinois, leur donner plaisir à regarder les recettes, et surtout les moyens de les réaliser avec succès. C’est, enfin, transmettre une petite partie de ma culture que j’affectionne tant. Les recettes sont réparties sur quatre niveaux de difficulté afin de s’adresser aux novices autant qu’aux initiés. Le choix des recettes proposées correspond avant tout aux recettes que les Chinois connaissent plus ou moins, comme le brownie, le marbré au chocolat, les lasagnes, la soupe de champignons ou même plus à la mode comme les pop-cakes. Mais j’essaie également de proposer aux plus curieux des recettes plus atypiques telles que le vin chaud au épices, les boulettes de bœuf marocaines, ou encore la tarte tatin aux tomates cerises.

J’ai aussi voulu donner une atmosphère chaleureuse à mes vidéos. Celles-ci sont entièrement en chinois, elles sont donc clairement destinées à un public chinois. Elles sont faites pour eux : les commentaires, la recette tout est en chinois. Il y a des photos pour illustrer et surtout la vidéo. Cela n’existait véritablement pas auparavant en Chine.

L.D.S. : La gastronomie est-elle une vocation chez vous ?

L.L. : J’ai toujours adoré cuisiner. Vers l’âge de sept-huit ans j’ai commencé à apprendre la cuisine avec ma mère. C’est elle qui m’a appris toutes les bases. Vers dix ans, je cuisinais déjà tout seul, choisissant des recettes qui m’inspiraient et que je réalisais. Aujourd’hui, on trouve toutes les recettes possibles sur internet, mais à l’époque, tout était manuscrit : on apprenait avec des fiches et des livres de cuisine. Comme j’adorais cela, j’ai travaillé de 16 à 18 ans dans le restaurant de mon oncle pendant les vacances d’été et d’hiver. Durant ces sortes de stages, j’ai beaucoup appris. Je me suis également formé moi-même à la chocolaterie et à la viennoiserie.

En réalité, j’ai plusieurs passions : la photo, le montage, l’enseignement et la cuisine. Oucook est donc pour moi le moyen de combiner ces passions en une seule occupation.

L.D.S. : Vous travaillez avec la Jiangsu TV, présentez-nous vos terrains de coopération ?

L.L. : Cela fait 3 ans que je participe régulièrement à des émissions télé chinoises. En tout, j’ai dû participer à une quarantaine d’émissions, qui n’avaient au départ pas de rapport avec la gastronomie. Ma femme et moi avons été jury dans une émission de couples pendant trois mois, par exemple... Depuis que j’ai commencé Oucook j’ai été invité dans quelques émissions gastronomiques.

L.D.S. : Quels sont vos projets pour Oucook ? Envisagez-vous de donner vous-même des cours de cuisine aux Chinois ?

L.L. : On compte actuellement plus de 500 membres inscrits sur notre site après trois mois de mise en ligne. Les retours sont tous très positifs et très encourageants. J’espère attirer le plus de visiteurs possible et acquérir une plus grande notoriété, éventuellement nationale ; ce serait la consécration. La deuxième étape de mon projet est de trouver des partenaires chinois du secteur afin de faire prospérer le site et notre marque. Avec ma femme, nous aimerions également mener des stages de formation, et pourquoi pas monter une école comme cela se fait souvent en France.

M. LEFRESNE à la Jiangsu TV - JPEG

[1Pour pouvoir lire les vidéos d’Oucook, configurez la langue régionale de votre ordinateur en chinois.

Dernière modification : 07/08/2014

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