Interview de M. Frédéric BEIGBEDER, écrivain, critique et DJ

Personnalité atypique et provocatrice de la scène littéraire française, lauréat du prix Interallié en 2003 pour Windows on the world et du prix Renaudot avec Un Roman français en 2009, l’auteur de 99F était de passage à Shanghai pour deux conférences données dans le cadre du festival Croisements, suivies d’une soirée à l’UNICO où il s’est trouvé derrière les platines.

A cette occasion, la Lettre de Shanghai est allée à la rencontre de M. BEIGBEDER alors qu’il partageait sa passion de la lecture et sa découverte de la Chine.


Lettre De Shanghai : Pourriez-vous présenter à nos lecteurs la raison de votre venue en Chine ?
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Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder : C’est à la fois à l’invitation de l’Institut français, dans le cadre du festival Croisements, mais aussi par la sollicitation de mes éditeurs que je suis venu rencontrer le public chinois. Philippe DJIAN était présent il y a quelques semaines à Shanghai et il m’a fortement encouragé à venir parce qu’il a adoré cette ville.

LDS : Cela fait maintenant quelques années que vous avez publié 99F, avec le recul avez-vous une vision différente du monde publicitaire ?

F.B : Je trouve qu’aujourd’hui la situation a empiré. Nous vivons dans un système globalisé de marques qui veulent à tout prix nous vendre leurs modèles. J’aime bien prendre des personnages qui sont au milieu de cette nouvelle civilisation du désir, qui cherchent à savoir qui ils sont vraiment au travers de leurs envies et leurs désirs, sans forcément obéir au discours des industriels. C’est toujours amusant et intéressant dans les romans d’avoir un personnage perdu qui cherche une forme de rédemption et une forme de libération.

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Conférence à la librairie 2666

D’ailleurs, on me dit souvent : « Mais Fréderic, tu critiques le capitalisme, la publicité, mais qu’est ce que tu proposes ? » et je réponds : « Lisez des livres ! ». Quand on lit beaucoup de romans, d’histoires d’amour, des descriptions de paysages, des romans chinois, il y a un secret qui se cache là, c’est la réponse à cette société purement matérialiste.

LDS : Que recherchez-vous en tant que lecteur ?

F.B : Sans doute les émotions. Cela peut être le chagrin, le charme, la beauté, l’humour, cette chose mystérieuse qu’il est difficile à définir mais que certains appellent la « grâce ». Ce qui fait que quelquefois lorsqu’on lit un livre on oublie tout, on oublie le temps. Peut-être est-ce par ce que je suis critique littéraire et dois lire beaucoup, mais j’aime aussi que l’auteur soit hospitalier avec moi, qu’il me souhaite la bienvenue dans son livre.

LDS : Est-ce que vous vous intéressez à la littérature chinoise ?

JPEGF.B : Je n’ai pas lu le prix Nobel, Mo Yan, en revanche je suis fan de MianMian qui est shanghaienne. Dans mon dernier livre, Premier bilan après l’apocalypse, je parle d’un roman de MianMian qui s’appelle Les Bonbons chinois . J’ai aussi lu GAO Xingjian, qui a eu le prix de littérature comme MO Yan mais dix ans plus tôt .

LDS : On vous voit souvent dans les journaux dits "people" ; est-ce que l’étalage de votre vie privée dans les journaux vous gêne ?

F.B : A vrai dire, ça m’est égal. C’est la conséquence du succès lorsqu’un écrivain rencontre un public large ; d’ailleurs, Scott FITZGERALD était très souvent à la une de Vogue... Peut-être que finalement si personne ne me prenait en photo, je me sentirais très triste, très seul.

LDS : Même si vos séjours ont été très courts à Pékin, Wuhan et maintenant Shanghai, avez-vous perçu des différences entre ces trois villes ?

F.B : Avec Pékin, Wuhan et Shanghai, j’ai l’impression d’avoir visité trois pays différents. Pékin est plus un centre culturel, plus politique aussi. C’est très impressionnant lorsqu’on se promène sur la place Tian An Men. A Shanghai, il y a une frénésie, un dynamisme à mon avis bien supérieurs. On a l’impression d’être au cœur d’une pile électrique, tout est très rapide, c’est un peu comme à New York. Sur le plan urbain, il y a aussi des points communs comme les gratte-ciel, le fleuve aussi qui longe la ville. A Wuhan, j’ai eu l’impression de voir une Chine plus profonde, plus intérieure, mais aussi en complète mutation. C’est là-bas où j’ai vraiment vu le miracle chinois, peut être le perçoit-on plus en cours de fabrication qu’à Shanghai.

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Conférence au Rockbund Art Museum

LDS : Vous allez aussi mixer à l’UNICO ?

F.B : Ça m’amuse beaucoup ! Le métier de disc jockey est très autoritaire car on choisit la musique pour tout le monde, ce qui est assez dictatorial comme comportement. Souvent, des gens viennent me voir quand je fais le DJ et me disent : « Continue d’écrire des livres » !

LDS : Et ça ne vous dissuade pas ?

F.B : Au contraire, j’aime beaucoup qu’on me dise d’écrire des livres !

Propos recueillis par Laura TARDY,
Service de presse et de communication

Dernière modification : 07/08/2014

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