Francophonie : Interview de Hélier CISTERNE, réalisateur de Vandal et Katell QUILLEVERE, réalisatrice d’Un poison violent

Dans le cadre des Rencontres du cinéma francophone organisées par le service universitaire du SCAC-IFC du Consulat général de France à Shanghai, Hélier CISTERNE et Katelle QUILLEVERE sont venus présenter deux de leurs films. Ils ont accepté de répondre aux questions de la Lettre de Shanghai...

Interview de Hélier Cisterne :

VANDAL

JPEGLa Lettre de Shanghai : Est-ce la première fois que vous vous rendez en Chine ? La culture chinoise a-t-elle eu une place particulière dans votre univers personnel, ou dans vos références philosophiques ?

Hélier Cisterne : Oui, c’est la première fois que je viens ici ! Et c’est pour moi une chance unique parce que je rêvais de découvrir ce pays, dont je sais que je n’apercevrai qu’une petite partie de l’immense territoire ! Pour moi, être touriste n’est pas une façon heureuse de rencontrer une culture et un pays, mais échanger, avoir quelque chose à faire ici est la meilleure façon pour moi de découvrir des personnes et une autre culture. Pouvoir partager avec le public autour de mon film et en profiter pour découvrir les villes où je l’accompagne est donc une chance unique. En France, la culture et la pensée chinoise restent lointaines et exotiques pour les non spécialistes. Le confucianisme, la révolution culturelle, l’ère du président Mao, le développement économique et industriel récent... sont des sujets qui passionnent et divisent les intellectuels français... La Chine est un grands pays dont la culture et les contradictions sont passionnantes.

L.D.S. : Les thématiques de la transgression et du rachat apparaissent dans votre premier long-métrage, Vandal. Sont-elles culturellement ancrées à votre avis ? Pourriez-vous imaginer vos personnages dans un contexte chinois ?

H.C. : Un film n’est juste que quand il est ancré fortement dans une époque et une géographie. Vandal parle de l’adolescence et de ses élans, aujourd’hui en France dans la culture contemporaine du graffiti très présente en occident. Mais l’adolescence est universelle, c’est un moment de la vie où on est traversé par des sentiments et une forme de rapport à la solitude qui est nécessaire et partagée plus ou moins fortement partout dans le monde. Les thématiques de mon film sont liées à des interdits qui existent partout... Le graffiti par exemple est tout aussi illégal en France qu’en Chine et mon film n’est pas une apologie de cette forme de rébellion adolescente, c’est une réflexion sur cet âge.

L.D.S. : Dans la tradition impériale en Chine, et plus récemment lors de la Révolution culturelle, des espaces publics étaient consacrés à l’expression des opinions non-officielles, tracées sur des murs avec de grands caractères– les « dazibao ». Les graffitis ont-ils eux aussi une dimension politique ?

H.C. : Le graffiti contemporain, parce qu’il est une culture inventée par les adolescents, sans autorisation ni financement, est un geste politique. Tout geste artistique est politique surtout quand il est fait de façon illégale. Mais ce qui m’intéresse dans cette forme moderne du graffiti c’est qu’elle n’a pas de contenu défini... On pourrait dire qu’elle est vaine et vide mais c’est pour moi ce qui en fait la beauté. Ce geste est à la fois politique, artistique, sacré et prosaïque mais il ne peut être défini ni enfermé dans aucune de ces catégories. Il ne peut donc pas être mis en cage ou conceptualisé de façon définitive. Et c’est ce qui en fait un geste absolument libre. C’est aussi la définition de sa traduction chinoise "tu-ya" qui veut dire "peinture-corbeau", une peinture qui est libre comme cet oiseau qu’on ne peut apprivoiser.

L.D.S. : Vous décrivez votre personnage Chérif et ses amis graffeurs comme des « super-héros » modernes, dont tout le monde connaît le nom, mais que personne n’a jamais vus. Faut-il voir dans cette contestation anonyme un simple jeu d’adolescents, un élément de décor ? Ou une véritable promesse de résistance ?

H.C. : Dans le film, Vandal est à la fois un personnage réel et un symbole. C’est l’incarnation de l’idée du graffiti et de la façon qu’il a de circuler et de fasciner les adolescents. Vandal est un idéal de graffeur, à la fois génial dans ce qu’il peint et totalement anonyme. Vandal c’est un mot qui peut libérer les adolescents du film mais aussi devenir un piège pour celui qui s’y accroche au risque de sa vie. Bien sûr, c’est une résistance ! Celle du monde des adolescents qui se cherchent dans la nuit, loin des sentiers battus. Ils vivent une autre vie que celle que leur imposent les adultes, avec leur propres codes, essayent de réinventer le monde qui les entoure mais prennent aussi le risque de se perdre...

Interview de Katell Quillévéré

UN POISON VIOLENT

La Lettre de Shanghai : Connaissiez-vous la Chine et Shanghai avant de vous y rendre pour les Rencontres du Cinéma francophone ?

JPEGKatell Quillévéré : Non, je ne connaissais pas la Chine mais je suis très heureuse d’avoir la chance de découvrir un peu de CE gigantesque et fascinant pays et de rencontrer quelques spectateurs curieux !

L.D.S.:Vous décrivez le quotidien d’une jeune fille rangée, provinciale, catholique qui tour à tour se met à questionner sa foi, ses sentiments et ses désirs. Comment avez-vous imaginé ce personnage ? Que partagez-vous avec lui ?

K.Q. : Ce personnage, c’est une partie de moi. J’ai eu comme elle une éducation catholique dont les fondements ont été fortement ébranlés lorsque je suis entrée dans l’adolescence... C’est au même moment que je me suis intéressée à la culture et au cinéma qui ont été des découvertes salvatrices pour moi...

L.D.S.:Votre film rassemble des acteurs chevronnés comme Michel Galabru, des personnalités issues du monde de la télé ou de la chanson, comme Lio ou encore des acteurs débutants comme votre héroïne. Comment avez-vous œuvré pour que l’alchimie s’opère ?

K.Q. : Pour moi, la question n’est pas celle de la notoriété ou de la carrière d’un comédien au sens strict... Choisir tel ou tel acteur dépend de ce qu’il apporte au personnage qu’il devient et de l’univers qu’il transmet. Lio par exemple est enfermée dans un rôle de femme esseulée, il y a une contradiction forte entre la situation de son personnage et l’énergie qui la caractérise, c’est dans ce contraste, voire cette contradiction qu’il se passe quelque chose... Michel Galabru au contraire est vraiment l’homme généreux à l’humour truculent qu’il est dans la vie. La jeune Clara Augarde découvrait pour sa part le cinéma et le jeu pour la première fois en apportant toute sa sincérité mais aussi sa fragilité. Pour ce qui est de faire travailler toutes ces personnes ensemble, le réalisateur est le seul métronome et repère... C’est une histoire de relations et de rencontres qu’il faut sans cesse ramener à une humanité qui n’a rien à voir avec le cinéma !

L.D.S. : Travaillez-vous actuellement sur de nouveaux projets ?

K.Q. : Bien sûr ! Mais c’est une période d’écriture où tout est en construction... Mais une chose est sûre, ce sera toujours une histoire d’amour ! Et qui sait, ce voyage en Chine inspirera peut être de futurs projets !

Dernière modification : 04/08/2014

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