Interview d’Hélène Hovasse, responsable du pôle Equipements et produits agroalimentaires à Ubifrance

Hélène Hovasse est responsable du pôle Equipements et produits agroalimentaires à Ubifrance depuis 2006.

JPEGLa Lettre de Shanghai : Vous vivez en Chine depuis de nombreuses années. D’où vient cette passion ?

Hélène HOVASSE : Oui en effet, le temps ne compte pas à Shanghai, ville dans laquelle je suis arrivée comme étudiante en 1988 à l’université Tongji, et que j’ai quittée une première fois en 1990. Je suis revenue à Shanghai de 1992 à 1997 comme attachée commerciale à la Mission économique. Mon troisième séjour dans la ville a débuté en 2006, année où j’ai commencé à structurer la filière agro-alimentaire pour le compte d’Ubifrance, avec la vingtaine de collègues en charge de ces secteurs dans les 6 bureaux d’Ubifrance Chine.
J’ai ainsi passé 14 ans à Shanghai et 6 ans à Taipei, ville dans laquelle j’ai commencé en 1998 à me passionner pour le secteur agro-alimentaire, quête sans fin, puisque, grâce à mon mari shanghaien, je découvre encore la vivacité des traditions culinaires de la ville de Shanghai …

LDS : Le 16 mai, à l’occasion de la Saint-Honoré, saint protecteur des boulangers, Ubifrance organise la Fête du Pain en Chine. Comment ce projet s’est-il mis en place ? Répond-il à un engouement du public chinois pour le pain et les viennoiseries ?

H.H. :Ubifrance organisait chaque année un séminaire technique sur la boulangerie en faisant venir un Meilleur Ouvrier de France qui effectuait des démonstrations in live. On s’est rendu compte de l’engouement des Chinois pour les produits. La multiplication des chaînes de boulangerie et de cafés nous a convaincu de donner davantage de reflet à notre séminaire. En liaison avec le directeur de l’Ecole de Boulangerie d’Aurillac, lui même également Meilleur Ouvrier de France, nous avons décidé à partir de 2010 d’implanter « son » concept de Fête du Pain en Chine dans le Pavillon français au moment de l’Exposition Universelle. Depuis chaque année, le 16 mai est l’occasion de fêter la filière de la boulangerie française à Shanghai au moment du salon « Bakery China ».
En 2014, pour honorer le 50ème anniversaire de l’instauration des relations diplomatiques entre la France et la Chine, nous avons également choisi ce jour pour lancer le lexique franco-chinois des termes de l’agroalimentaire français. Préfacée par l’Ambassadeur de France en Chine, mes collègues tous bi-culturels l’ont réalisé avec l’aide d’experts reconnus. Une grande partie concerne justement les termes de la boulangerie.

LDS : A l’occasion de sa visite d’Etat en France (25-28 mars 2014), le goût du Président Xi Jinping pour la rosette de Lyon a été remarqué. Avec l’accord conclu entre nos deux pays dans le domaine de la charcuterie, cela ouvre certainement de belles perspectives pour nos exportations ?

H.H. : Oui en effet, nos collègues du service économique ont réussi à faire signer cet accord bilatéral entre la France et la Chine, objet de nombreuses visites d’inspection des vétérinaires chinois en France, ouvrant le marché des produits de charcuterie français à la Chine. Dans l’étude que nous avions menée pour le compte de la Fédération des industriels de charcuterie au début de l’année dernière, les résultats étaient éloquents : tous les Chefs et les importateurs attendaient déjà avec impatience l’ouverture du marché. Par défaut, ils achetaient des produits italiens, espagnols ou des « me-too » chinois et les quantités utilisées augmentaient considérablement. Dès lors, à partir de mai, cette ouverture encore limitée à quelques entreprises permettra aux importateurs de faire venir en Chine les premiers containers et de communiquer sur les produits français. Grâce à la publicité « sous jacente » faite par le Président chinois et la forte demande, cela devrait aller très vite…

LDS : Vous êtes une fine connaisseuse des restaurants gastronomiques français à Shanghai. Ces vitrines de l’excellence culinaire française exercent-elles une influence réelle sur les goûts et les habitudes de consommation du public chinois ? Quels sont les principaux enjeux pour les restaurateurs souhaitant s’établir à Shanghai et dans les provinces adjacentes ?

H.H. : En effet, les produits français exportés en Chine sont principalement utilisés dans les réseaux du hors domicile, tous les grands restaurants des hôtels 4 et 5 étoiles et la restauration occidentale en Chine. Par ailleurs, les Français de Shanghai grâce à leurs relations chinoises restent des vecteurs-clé de la diffusion d’un mode de vie « à la française ». S’ils vivaient tous sur un seul quartier de Shanghai, ils suffiraient également à assurer la fréquentation d’au moins 5 boulangeries, 3 boucheries-charcuterie, 10 brasseries/cafés/restaurants et 2 ou 3 hypermarchés. Pour les hypermarchés, en dehors de Carrefour Gubei, la part des produits import est inférieure à 5% de leur CA ; également pour les restaurants et les boulangeries/cafés, la marge de croissance est importante et il reste de quoi faire des affaires en Chine.

Ensuite, dans le cas d’implantation de restaurants, les cabinets d’avocats pourront confirmer les raisons de l’insuffisance de la présence française de restaurants à Shanghai et ailleurs en Chine.
Le premier frein est le coût de l’immobilier et, parfois l’absence de cadre juridique stable dans les locations de surface de restauration. Ensuite, la main d’œuvre, formée par les Chefs, est trop volatile et fragilise dans son essence même, le maintien du niveau qualitatif du restaurant. Dans une perspective de forte demande et d’offre limitée, la progression très rapide des deux seules écoles de cuisine française à Shanghai (bientôt trois) sont à louer, que ce soient l’institut Ecole Paul Bocuse qui a ouvert en 2010, l’école de boulangerie des Shanghai Young Bakers, programme caritatif mené par des jeunes entrepreneurs français depuis 2009 et bientôt le Cordon Bleu. Ces efforts de formation restent encore insuffisants par rapport à la demande exponentielle du marché.

Par ailleurs, dans un contexte de scandales sanitaires encore trop fréquents, la demande en produits sains, en repas équilibrés devraient s’épanouir d’autant plus que les consommateurs font appel quand ils le peuvent « intuitivement » et « naturellement » aux produits français.

LDS : Les autorités chinoises ont annoncé des objectifs particulièrement ambitieux en matière de production locale de vin. Comment les producteurs français se positionnent-ils dans ce contexte ?

H.H. : C’est une question passionnante car comme pour la gastronomie, le pain, et les produits gourmets, le vin, en Chine aussi est incarné par la France et depuis environ, une vingtaine d’années.

Ubifrance a mené une étude de fond sur la consommation de vins en Chine en 2013 et ce point a été confirmé. Ainsi, la France a vendu pour plus d’un milliard d’euros de vins à la Chine, et est devenu en moins de 10 ans le troisième client de la France. En Chine, une bouteille de vin importée sur 2 est française ; je ne sais pas si on peut dire que, grâce à cette position et à cette mode provoquée par « notre » French Paradox - le vin est bon pour la santé - le vin chinois a commencé à prendre de fortes positions ou si c’est l’inverse, avec le poids du gouvernement chinois qui a insisté pour que les consommateurs chinois se tournent vers des alcools plus légers pour des raisons de santé publique… toujours est-il que, plus il y a de concurrence et mieux c’est pour les produits imports qui, rappelons-le, comptent déjà pour 20 % du marché total du vin contre un petit 5% en 2010.

Grâce « encore » aux questions sanitaires (des scandales ont touché les vins chinois), les études le confirment : la part des vins importés ne cesse d’augmenter dans le total des vins. Pour conclure sur cette question, je dirai qu’Ubifrance soutient les exportateurs français en lien étroit avec leurs importateurs chinois, qui s’évertuent à préserver le modèle de cette spirale vertueuse…

Dernière modification : 07/08/2014

Haut de page