Intervention de Mme Bricq devant la communauté d’affaires française de Chine

Intervention de Nicole Bricq, Ministre du Commerce Extérieur, à l’occasion de la réception avec la communauté française à l’Ambassade de France.
Dimanche 20 janvier, 19h00, Pékin.

Seul le prononcé fait foi

Madame l’Ambassadeur,
Mesdames, Messieurs les Conseillers du Commerce Extérieur,
Mesdames, Messieurs, Chers compatriotes,

JPEGPuisqu’il en est encore temps, permettez-moi tout d’abord, à toutes et tous, de vous adresser mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année qui s’annonce dans notre calendrier.
Le 10 février, la Chine entrera elle dans l’année du Serpent, je la joins donc à mes vœux de prospérité.

Je veux profiter de l’occasion qui m’est donnée de m’exprimer devant des Français qui vivent loin mais dont je sais l’attachement à la Nation pour saluer, en notre nom à tous, les soldats français engagés sur le front au Mali et nos compatriotes de ces régions sahéliennes. Nous sommes loin d’eux, mais nos vœux les accompagnent.

Ensuite, je veux remercier l’ensemble des services de l’Ambassade pour leur dévouement, leur implication totale dans la bonne organisation de ces déplacements qui exigent toujours beaucoup de travail. Pierre Moscovici m’a précédé de deux semaines ici ; vous n’avez pas ménagé votre peine.

Je souhaite saluer en particulier le service économique régional. Je le sais compétent, efficace et dévoué. Son chef, Jean Leviol, que j’avais rencontré avec sa récente nomination, est tout entier concentré sur la réussite de nos entreprises en Chine. Rude tache, métier exaltant.
Je n’oublie pas Ubifrance, évidemment et l’ensemble des partenaires du commerce extérieur, notamment les CCEF réunis ici ce soir et leur Président, M. Piveteau, que j’avais rencontré à Paris il y a quelques semaines.

La Chine est une des priorités de notre Gouvernement. Laurent Fabius, Ministre des Affaires Etrangères, y vint dès le mois de juillet.

Pierre Moscovici et moi nous nous y succédons en quelques jours.

Le Ministre de l’Economie et des Finances est venu installer une nouvelle composante de notre dialogue bilatéral, portant sur le volet financier (internationalisation du Yuan, régulation financière, responsabilités communes de la France et de la Chine dans le cadre du G20).

Je lui succède pour entretenir, dans toutes leurs composantes nos discussions sur les plans économique et commercial avec les autorités chinoises.

C’est essentiel, car la Chine est un grand pays. Son rôle économique, évidemment, chacun le connait.
Mais son rôle monétaire, notamment lors de la crise de la zone euro, est moins reconnu. Et son rôle géostratégique souvent minimisé. La Chine est une grande puissance ; il est de notre devoir de toujours dialoguer avec elle, avec franchise et respect, sans anathèmes.

Sans être exhaustive sur les sujets qui seront abordés au cours de ces deux jours, je veux vous faire part des principaux objectifs de ce déplacement :

1 / D’abord, je souhaite qu’il nous permette de poser les jalons d’un rééquilibrage de notre relation commerciale. Je l’ai écrit la semaine dernière, la mondialisation est une chance pour la France si nous y jouons à armes égales et si nous réformons notre pays pour y insérer nos entreprises. La France doit être conquérante.

Car, maintenant que la Chine s’est éveillée, que fait-on ? Ma conviction profonde, c’est que la Chine n’est pas un problème, c’est une partie de la solution.

Vous connaissez les chiffres. L’Empire du milieu pèse pour 27 milliards d’Euros de déficit de notre balance commerciale. Bien sûr, le résultat devrait être sensiblement inférieur en 2012, nous aurons les chiffres en février. Mais je n’attends pas d’amélioration structurelle.

Je pourrais être tentée, parfois, de casser le thermomètre, de prétendre que la situation n’est pas si mauvaise. Et ce d’autant plus que je suis convaincue que nos indicateurs de performance ne sont pas pertinents et que nous devons les faire évoluer.

Je ne le ferai toutefois pas, pour deux raisons :

- un objectif m’a été fixé par le Premier ministre. Cet objectif, nous le partageons puisqu’il concerne au premier chef la performance des entreprises françaises. Nous devons, dans le quinquennat, résorber notre déficit hors énergie. Ce marqueur chiffré, ce sont 26 milliards qu’il faut trouver, n’est pas discutable.

- notre performance n’est pas satisfaisante en Chine. Grâce au travail qui a été effectué par la Direction Générale du Trésor, en liaison avec l’ensemble de la communauté d’affaires, grâce à vous donc, nous avons pu identifier des pistes pour améliorer cette situation. J’y reviendrai.

Je ne nie pas les difficultés pour parvenir à inverser la tendance. La Chine n’est pas un pays facile, mais en existe-t-il ? Certains parmi vous sont confrontés à des pratiques commerciales qui peuvent et doivent s’améliorer.

Si je considère que le protectionnisme est une impasse historique, je suis convaincue en revanche que nous devons établir d’autres règles commerciales.

L’Union Européenne n’a sans doute pas assez usé de sa force de marché, le premier du monde avec 500 millions de consommateurs. Il est de son devoir d’établir des règles commerciales justes et équilibrées.

Je plaide auprès de mes collègues européens, que je rencontre l’un après l’autre, pour que la réciprocité soit au cœur de nos échanges et des négociations que nous conduisons.

Ici, en Chine, je souhaite établir un dialogue franc et direct, parler de ce qui va et aussi de ce qui ne va pas.

2 / Ensuite, je souhaite que ce déplacement serve à évoquer le futur, et nous permette de défricher les nouvelles pistes sur lesquelles nous devons travailler.

Je ne veux pas oublier, car ils sont essentiels, nos partenariats « traditionnels », historiques : l’aéronautique et le nucléaire, dont nous fêtons le trentième anniversaire.

Dans les deux cas, le mot d’ordre est simple, même si les dossiers sont complexes : le gouvernement français considère ces deux secteurs comme hautement stratégiques. Le nucléaire demeure, pour le Gouvernement, une filière prioritaire à l’export.

Dans les deux cas, nous devons veiller à ce que notre relation bilatérale soit mutuellement profitable. Sur ce point, ne nous faisons pas d’illusions.

Je sais que vous êtes au courant, mais c’est aussi beaucoup de pédagogie que nous devons faire, en France, sur ces questions : nous ne pourrons pas gagner de marchés sans accepter des transferts de technologie et de compétences raisonnables et bien encadrés.

Car le monde a changé, nos entreprises n’exportent plus seulement, elles s’internationalisent, et les pays avec lesquels nous sommes en relation ne nous veulent plus simples vendeurs, ils nous demandent d’être leurs partenaires. Cela n’empêche pas, avec une puissance globale comme l’est la Chine, d’être particulièrement vigilants.

Mais d’autres chemins s’ouvrent à nous pour l’avenir. Vous qui vivez et travaillez ici et mesurez la croissance exponentielle des villes chinoises et, c’est lié, des couches moyennes de population qui souhaitent consommer des produits de qualité. En 2030, près d’un milliard de Chinois vivront en ville.

J’ai défini quatre familles : mieux vivre en ville, mieux se soigner, mieux se nourrir et mieux communiquer. Les quatre s’appliquent à la Chine.

Elles répondent aux nouveaux et aux futurs besoins de couches moyennes urbaines dont le pouvoir d’achat est en croissante permanente, ici comme ailleurs dans le monde.

J’ai, dans le même temps, déterminé 47 pays sur lesquels nous concentrerons notre action car ils représenteront 80% de la demande mondiale dans les dix ans qui viennent. La Chine, évidemment, y figure, dans les tous premiers.

Qu’il s’agisse du comportement des consommateurs ou de la volonté des autorités, la France et ses entreprises peuvent bénéficier de la phase qui s’ouvre : développement de la consommation intérieure, protection de l’environnement, montée en gamme de l’industrie.

L’Allemagne a su répondre aux besoins d’une puissance industrielle en émergence, notamment par ses machines-outils.

Nous devons répondre, grâce à notre art de vivre reconnu en Chine et à nos technologies de pointe (les Chinois reconnaissent, dans de nombreux secteurs, la qualité de la marque France), grâce aussi à la capacité d’innovation de nos entreprises, aux besoins chinois du XXIème siècle, ceux d’un marché mature.

En Chine, notre heure est venue.

Aussi suis-je accompagnée d’une délégation de dirigeants de fédérations professionnelles et d’entreprises du secteur agroalimentaire.

La Chine doit nourrir 21% de la population mondiale mais ne dispose que de 9% des ressources en terres arables ; la population est devenue plus exigeante sur la qualité et la sécurité des produits. Des entreprises chinoises s’installent en France pour bénéficier de l’image de nos produits (Synutra, lait en poudre, à Carhaix).

J’ai installé lundi dernier un comité Asie, présidé par Henri Nallet de Lactalis, pour faire travailler ensemble les acteurs, institutionnels et privés.

J’organise, en France, les entreprises des familles prioritaires. Ainsi, j’ai présenté un plan en ce sens, lors du dernier salon Pollutech, aux entreprises du secteur de la ville durable. Les écoindustries, les transports collectifs, les énergies renouvelables seront des passages obligés de la ville du 21ème siècle, et la Chine aura à se poser aussi ces questions.

Dans quelques mois, le Président de la République viendra célébrer l’amitié franco-chinoise. Sa visite, croyez-le bien, abordera aussi les questions économiques et commerciales.

Le Gouvernement français a engagé, vous l’avez vu, des réformes structurelles profondes qui doivent permettre de relever notre pays. La Banque Publique d’Investissement, le Pacte national pour la compétitivité, la croissance et l’emploi, l’accord sur le marché du travail sont des avancées majeures. Sur le fond, comme sur la méthode.

Mon devoir, ma mission, c’est d’utiliser ces avancées pour mettre l’appareil institutionnel dédié à l’export au service des entreprises, donc à votre service. Je suis parmi vous ce soir, ayons cet échange.

Vive la Chine, Vive la France, Vive l’amitié franco-chinoise !

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Dernière modification : 21/01/2013

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