Inauguration de l’Institut franco-chinois de l’énergie nucléaire à Zhuhai [中文]

Discours de Monsieur Alain Juppé à l’occasion de l’inauguration de l’Institut franco-chinois de l’énergie nucléaire, le 14 septembre à Canton.

Messieurs les Présidents,
Messieurs les Directeurs,
Mesdames et messieurs, chers amis,

Moins de deux ans après sa conception, l’Institut franco-chinois de l’énergie nucléaire accueille cette année sa deuxième promotion d’une centaine d’étudiants, ici, au cœur de la prestigieuse université Sun Yat-sen, dans ces locaux construits, ce dont je ne peux que me réjouir, par un cabinet d’architectes français.

Permettez-moi donc avant toute chose de remercier celles et ceux, Chinois et Français, responsables d’établissements et professeurs, qui ont contribué au lancement de ce projet dès l’été 2008 et qui l’ont ensuite aidé à prendre forme sur le terrain en des temps records.

Si j’ai tenu à faire spécialement ce déplacement à Zhuhai pour inaugurer l’Institut, c’est parce que ce projet, qui s’inscrit dans le partenariat ambitieux que nous avons forgé depuis un quart de siècle dans le domaine nucléaire, est à mes yeux un triple symbole.

C’est d’abord le symbole de la vitalité de la coopération universitaire et scientifique entre la France et la Chine.

Aujourd’hui, vous le savez, la mobilité étudiante entre nos deux pays connaît un essor exceptionnel, avec quelque 30 000 étudiants chinois qui fréquentent les universités et les grandes écoles françaises. Et nous ne comptons pas en rester là, puisque nos deux Présidents ont pris l’engagement commun d’augmenter très sensiblement d’ici 2015 les flux d’étudiants entre la France et la Chine pour les porter à 50 000 en France et à 10 000 en Chine.

Mais nous devons aussi nous concentrer sur la qualité de ces échanges, avec une ambition : permettre à tous ces étudiants de tirer le plus large profit de nos systèmes de formation respectifs en les accompagnant dans leur parcours et en mettant en place des partenariats universitaires structurés et approfondis.

A cet égard, l’Institut franco-chinois de l’énergie nucléaire est exemplaire, si l’on en juge par la qualité des partenariats qu’il a fait naître :
-  Des partenariats qui conjuguent l’excellence universitaire à la chinoise, telle que l’incarne l’université Sun Yat-sen, avec l’excellence de la formation à la française, telle que nous la cultivons notamment dans nos écoles d’ingénieurs, comme l’Institut national polytechnique de Grenoble, l’École nationale supérieure de chimie de Paris et de Montpellier, l’École nationale des mines de Nantes ou encore l’Institut national des sciences et techniques nucléaires.
-  Des partenariats qui réunissent également monde universitaire et monde de l’entreprise, puisque l’Institut a fait le choix de se tourner vers le monde industriel. Ces liens tissés avec l’environnement économique sont essentiels. Ils sont pour beaucoup dans le succès et la réputation des écoles d’ingénieurs en France. Ils sont particulièrement indispensables dans le domaine de l’énergie nucléaire, où les avancées scientifiques et technologiques sont bien souvent issues des entreprises elles-mêmes. Je tiens donc à saluer l’engagement sans faille du Commissariat à l’énergie atomique, d’AREVA et d’EDF aux côtés du Ministère des Affaires étrangères et européennes pour soutenir ce projet. J’y vois un excellent augure pour l’avenir de l’Institut : si les plus grands noms de l’industrie nucléaire française ont tenu à participer directement à la réussite de ce projet, c’est qu’ils en ont parfaitement saisi les enjeux.

L’Institut franco-chinois de l’énergie nucléaire est également le symbole de la place que nos deux pays accordent à cette énergie.

Nous le savons, le développement responsable du nucléaire, dans les meilleures conditions de sûreté, de sécurité et de non-prolifération, est un élément essentiel de l’indépendance énergétique, à laquelle nos deux pays sont attachés. Il est également au cœur de l’un des principaux défis auxquels la planète est confrontée : la lutte contre le réchauffement climatique. Nous devons à la fois répondre à la hausse de 40 % du besoin mondial d’énergie d’ici 2030 et maîtriser les émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement chinois l’a bien compris, qui s’est fixé pour objectifs, dans son douzième plan quinquennal, d’abaisser l’intensité carbone de 17% sur 5 ans, pour arriver à une réduction de 40 à 45% entre 2015 et 2020, et de porter la part d’énergie produite par des énergies non fossiles à 11,4% en 2015. Cela suppose de miser sur les énergies dé-carbonées, et sur toutes les énergies dé-carbonées - c’est-à-dire sur le renouvelable et sur le nucléaire, avec tous les gages de sécurité nécessaires.

C’est la raison pour laquelle, comme le gouvernement chinois, le gouvernement français a réaffirmé à plusieurs occasions sa conviction que l’énergie nucléaire devait rester un élément essentiel de nos politiques énergétiques.

L’histoire du nucléaire, vous le savez, est intimement liée à l’histoire de France.
-  La France qui a découvert la radioactivité il y a plus d’un siècle grâce aux travaux d’Henri Becquerel et qui, depuis lors, n’a jamais cessé d’être à la pointe des avancées scientifiques et technologiques dans ce domaine.
-  La France qui, il y a quarante ans, a fait le choix historique et réaffirmé par tous les gouvernements successifs, de développer une filière industrielle complète de production massive d’électricité d’origine nucléaire – je rappelle que notre pays a développé une expertise sur l’ensemble du cycle, possède désormais 58 réacteurs et construit, chez elle et dans le monde, les réacteurs EPR de troisième génération, conçus pour répondre aux exigences de sûreté les plus élevées.
-  La France, enfin, qui contribue très largement à l’effort mondial de recherche dans le domaine nucléaire en participant activement, dans le domaine de la fission, aux travaux de recherche sur les réacteurs de quatrième génération, ou encore en lançant aux côtés de sept partenaires, dont la Chine, le grand projet ITER de recherche sur la fusion.

Cette tradition d’excellence dans le domaine nucléaire, nous voulons aujourd’hui lui donner un nouvel élan. C’est dans cet esprit que notre pays a décidé d’investir massivement dans la recherche et l’innovation en lançant un grand programme d’investissements, dont 1 milliard d’euros bénéficiera directement à la recherche sur le nucléaire de demain.

Si la France a fait de l’énergie nucléaire un axe fort de sa politique industrielle, elle en fait aussi un engagement majeur de coopération internationale, comme l’a rappelé le Président de la République française le 8 mars 2010 à Paris, à l’occasion de la Conférence internationale sur l’accès au nucléaire civil. Afin de garantir que cette coopération dans le domaine des utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire ne soit pas détournée à des fins contraires au bénéfice de tous, la communauté internationale doit cependant apporter des réponses fermes aux crises de prolifération, notamment en Iran, en Corée du Nord et en Syrie. Nos deux pays y travaillent ensemble et doivent poursuivre leurs efforts communs en ce sens dans les enceintes appropriées, au Conseil de sécurité des nations unies et à l’Agence internationale de l’énergie atomique.

L’Institut franco-chinois de l’énergie nucléaire est enfin le symbole de notre engagement commun en faveur de la sûreté nucléaire.

Nous avons tous à l’esprit le tragique accident qui s’est produit à la centrale de Fukushima à la suite de la terrible catastrophe naturelle qui a touché le Japon au printemps dernier. Sous l’impulsion du Président Sarkozy, premier dirigeant étranger à se rendre au Japon après le séisme pour manifester sa solidarité, la France a immédiatement offert son assistance à l’archipel en mettant à disposition son expertise, en particulier dans le traitement des eaux contaminées.

Si l’accès au nucléaire civil est, sous certaines conditions, un droit, le drame de Fukushima a renforcé notre détermination à promouvoir sans relâche les normes les plus exigeantes en matière de sûreté nucléaire sur la scène internationale. Nous l’avons fait ensemble lors du séminaire ministériel du 7 juin et au sein de l’Agence internationale de l’énergie atomique, à l’occasion de la Conférence ministérielle organisée du 20 au 24 juin derniers, et lors des discussions sur le projet de plan d’action sur la sûreté nucléaire. Nous continuerons à le faire lors des prochaines échéances, notamment à New York où sera organisée le 22 septembre prochain une réunion de haut niveau sur la sûreté et la sécurité nucléaires. Au sein de l’Agence internationale de l’énergie atomique, nous continuerons en particulier à défendre notre vision des avantages d’une coopération internationale renforcée dans le domaine de la gestion post accidentelle et de l’amélioration continue du cadre mondial de la sûreté nucléaire.

Car cette tragédie n’a pas changé les motifs pour lesquels nous nous sommes engagés dans la voie de l’énergie nucléaire. Elle a rehaussé les exigences que le public est en droit d’attendre que nous respections. Elle a renforcé le gouvernement et les industriels français dans la conviction qui est la leur que la sûreté de nos installations nucléaires est une priorité absolue.

Cette exigence, le monde entier en reconnaît la rigueur. Elle repose sur trois piliers :
-  La robustesse de la conception, d’abord - nos industriels y mettent le meilleur de l’expertise, de la technologie et du savoir-faire français ;
-  L’efficacité de l’organisation de crise, ensuite - à la suite du drame de Fukushima, comme la plupart des pays industrialisés, dont la Chine, nous avons mis en place des programmes d’inspection de nos centrales et de vérification de la capacité de leur organisation à faire face aux situations les plus extrêmes.
-  La formation, enfin.

Ici, à l’Institut franco-chinois de l’énergie nucléaire, nous sommes au cœur de ce troisième pilier : la formation d’excellence. C’est un enjeu qui conditionne la réussite de l’ambitieux programme électronucléaire chinois, auquel nous contribuons depuis 25 ans au travers des centrales réalisées à Daya bay et Ling’ao et des EPR en cours de construction tout prés d’ici, à Taishan.

En France, sous l’impulsion du Président de la République, nous avons mis en œuvre une politique de formation ambitieuse, en complément de l’effort de recherche que nous avons lancé. Cette politique couvre l’ensemble des métiers du nucléaire : scientifiques, ingénieurs, techniciens, mais aussi concepteurs de projets, juristes et cadres commerciaux. Elle nous a permis de tripler le nombre d’étudiants dans la filière nucléaire depuis 2007 et d’accueillir un nombre croissant d’étudiants et de jeunes chercheurs étrangers. A titre d’exemple, le Commissariat à l’énergie atomique français a accueilli l’année dernière 1 000 doctorants et post-doctorants étrangers.

Cette ouverture internationale de nos filières universitaires et scientifiques est essentielle, car dans ce domaine plus que dans tout autre, nos pays doivent unir leurs forces et leurs talents. La France est prête à partager sa compétence, son expertise et son expérience, que ce soit pour aider les pays qui le souhaitent à accéder à l’énergie nucléaire ou pour renforcer ses partenariats avec les autres grandes puissances nucléaires comme la Chine.

C’est dans cet esprit que nous avons décidé de créer en France à Saclay, où nous construisons le plus grand campus d’Europe, un Institut international de l’énergie nucléaire (I2EN). Il est destiné à répondre aux besoins de formation qui seront formulés par nos partenaires étrangers. Il s’appuie sur le réseau des établissements français d’enseignement et fédère les meilleurs enseignants et les meilleurs chercheurs pour offrir une formation d’excellence aux étudiants français et étrangers. Il travaille en étroite collaboration avec vos partenaires français, et notamment l’Institut national des sciences et techniques du nucléaire (INSTN), présent à Saclay et Cadarache. Enfin, l’Institut international de l’énergie nucléaire a vocation à devenir un lieu d’échanges et d’initiatives où se confronteront et s’enrichiront mutuellement nos visions respectives du nucléaire civil. Je ne doute pas qu’il saura tisser des liens étroits avec les autres centres d’excellence spécialisés dans le domaine du nucléaire, comme celui que nous inaugurons aujourd’hui.

Mesdames, Messieurs,

Vous le voyez, en vous tournant vers la France au moment de créer cet Institut de l’énergie nucléaire, vous avez fait un bon choix.

Votre participation, Monsieur le Président, le 8 juillet dernier en France, au deuxième conseil d’administration conjoint de l’Institut a été l’occasion d’entériner collégialement le plan de développement pour l’année 2012 et de faire le bilan des premiers contacts dans l’éventualité d’une coopération en recherche et développement.

Ensemble, nous allons mettre en commun nos savoirs et nos talents et perpétuer cette tradition d’excellence que partagent nos deux pays dans le domaine nucléaire. Et nous allons le faire de la manière la plus sûre qui soit : en faisant naître une génération pionnière d’étudiants franco-chinois qui relèveront demain les défis qui attendent nos deux pays.

C’est pourquoi mes derniers mots seront pour vous, les étudiants de l’Institut, pour vous adresser, à toutes et à tous, mes vœux de réussite et d’épanouissement dans le cycle préparatoire, et dans quelques années, je vous le souhaite, dans le cycle ingénieur. Je compte sur votre enthousiasme et votre jeunesse pour porter haut les couleurs de nos deux pays dans cette filière que vous avez choisie. Surtout, je compte sur vous pour renforcer toujours plus ces liens d’amitié, de culture et de science qui unissent la France et la Chine.

Au nom de cette confiance que vous avez placée dans l’enseignement français, au nom de tout ce que vous accomplirez demain : je vous remercie.

Dernière modification : 16/06/2014

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