Les labels alimentaires en Chine

Ces dernières années ont été marquées par une suite de scandales alimentaires qui ont sérieusement ébranlé l’opinion des consommateurs en Chine. La sûreté alimentaire est, plus que jamais, devenue un sujet de préoccupation pour les ménages, et les produits dits « verts », naturels ou biologiques, restent parfois le dernier refuge, quand le porte-monnaie le permet. Petit guide de ces pratiques nouvelles à l’attention de la communauté française.

1- Les labels de qualité en Chine


Il existe dorénavant plusieurs labels de qualité dans les supermarchés chinois, qui ne sont pas forcément évidents à déchiffrer.

1.1- Le label le plus répandu est SQ, abréviation de « Quality Safety » (质量安全)

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Bien que la définition de ce label fasse référence à un stricte contrôle de qualité, les produits marqués SQ ne font en fait que répondre à des normes nationales très élémentaires de production et de commercialisation.

1.2- Label sur certains fruits et légumes : « Produits non pollués » (wugonghai 无公害)

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Ce label indique que les produits ont été cultivés dans un environnement sain et garantit leur valeur nutritive. En réalité, bien que provenant de régions dites saines, les « produits non pollués » sont traités avec des pesticides, des engrais chimiques et des additifs, mais en qualité dite raisonnée, et sont censés faire l’objet de contrôles rigoureux afin d’offrir les meilleurs garanties de qualité. La validité du label doit être renouvelée tous les trois ans.

1.3- Les « produits verts » (lüse shipin 绿色食品)

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Les produits verts comprennent deux catégories, portant les labels AA et A. Les premiers sont l’équivalent des produits issus de l’agriculture biologique. L’utilisation d’organismes génétiquement modifiés n’est pas autorisée dans leur production. Comme de nombreuses terres en Chine sont lourdement polluées par des pesticides ou d’autres polluants, la production d’aliments AA est extrêmement difficile, sans compter son coût relativement onéreux. Aussi ont été créés les produits verts A pour fournir une alimentation sécurisée, mais basée sur la réalité de l’environnement naturel chinois. La plupart des produits verts sont donc labellisés A, même si cela n’est généralement pas clairement indiqué sur les étiquettes, et ils peuvent alors contenir des pesticides, des polluants et parfois même des OGM, mais dans des proportions très faibles et très contrôlées. Ces produits doivent par ailleurs être cultivés dans le respect de normes environnementales très strictes. La validité du label doit être renouvelée tous les trois ans.

Attention aux faux-semblants : de nombreuses marques alimentaires utilisent des logos de couleur verte dont le design évoque fortement celui des « produits verts ». Mais il s’agit juste d’une ressemblance.

1.4- Les produits biologiques (youji shipin 有机食品)

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Les produits biologiques doivent répondre à des normes extrêmement rigoureuses et équivalentes aux standards biologiques internationaux. Pour cette raison, leur culture en Chine est difficile, et ils sont très onéreux, de 50% à 200% plus chers que des fruits et légumes ordinaires. Les cultures de produits biologiques ne peuvent recourir ni à des pesticides, ni à des engrais chimiques, et l’utilisation d’OGM est proscrite. Pour répondre aux normes biologiques, les terres agricoles doivent ne pas être traitées à l’aide d’engrais ou de pesticides durant une période de 3 ans. Si une culture répond aux normes biologiques, mais si les terres n’ont pas encore atteint la période de 3 ans sans traitements, les produits biologiques sont alors appelés « produits en conversion » (zhuanhuan shipin 转换食品), et le logo marron (à droite) est alors utilisé.

Il faut noter qu’il existe en Chine différents logo et label pour l’agriculture biologique, en raison de la disparité des organismes de certification. Alors qu’il existe, en France, un seul label AB, délivré par un organisme indépendant, la Chine possède plusieurs organismes de contrôle et de certification, certains d’Etat (OCIA, COFCC), d’autres dits indépendants (OFDC à Nankin), qui répondent aussi bien à des normes biologiques nationales ou internationales. Quelques exemples :

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Outre ces labels chinois, il n’est pas rare de trouver dans les magasins de produits biologiques importés ayant des certifications non pas chinoises, mais internationales (IFOAM, ECOCERT, BCS, IMO, GFRS, etc.), européennes (German Bioland, UKROFS-Organic, KRAV, AB, etc.), américaines (USDA), australiennes (NASAA) ou japonaises (JAS), et donc marqués par des labels étrangers.

Enfin, il faut savoir que l’on trouve des thés labellisés « produits verts » ou « produits biologiques », mais il existe également un organisme à part pour la certification des thés biologiques, qui possède sont propre label :

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2- Le bio en Chine est-il vraiment bio ?


La pollution de l’air, des sols et de l’eau sont telles, qu’il est légitime de s’interroger sur le sens des produits biologiques en Chine. Toutefois, la Chine ne produit pas seulement des aliments biologiques pour le bien-être de ses habitants : elle tente de conquérir un marché mondial et, pour ce faire, elle s’efforce de se soumettre à des normes et des contrôles internationaux très stricts. En réalité, l’agriculture biologique chinoise a deux visages : une agriculture biologique intensive, qui est soumise à des pressions et à des contrôles sévères pour pouvoir s’exporter, et une agriculture biologique artisanale, pratiquée souvent par de jeunes « militants » du bio, qui aspirent à un meilleur environnement. C’est pourquoi, même si des cas de fraude ont parfois été détectés, ils restent dans l’ensemble assez rares.

On notera que les viandes et les fruits biologiques sont des denrées parfois très difficiles à trouver. La production de viande biologique est extrêmement coûteuse et son prix n’est à la portée que d’un tout petit nombre de consommateurs. Quant à la rareté des fruits biologiques, la raison semble tenir aux habitudes des consommateurs chinois, très attachés à l’aspect extérieur des fruits, que l’on apprécie quand ils sont très luisants, une exigence difficilement conciliable avec des fruits issus d’une agriculture biologique.

Ivan RUVIDIC
Chargé de mission en Sciences humaines et sociales,
Service de coopération universitaire

avec la contribution d’Etienne MONIN,
Chercheur du laboratoire PRODIG de Paris I

Dernière modification : 11/06/2015

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