Gazette de Shanghai - 55 : La crise financière, berceau du capitalisme d’Etat

La crise mondiale de 1929 n’atteignit la Chine qu’avec trois ans de retard. Pendant cette période intermédiaire, la Chine bénéficia d’une devise au taux avantageux, ce qui permit une croissance des exportations. En 1931, toutefois, l’abandon de l’étalon-or par les Etats-Unis, les catastrophes naturelles et l’appauvrissement des paysans dans l’intérieur du pays précipitèrent la Chine dans une crise sévère. C’est à ce moment-là que le gouvernement reprit les rênes de la vie économique et instaura progressivement ce qui fut qualifié de capitalisme d’Etat.

Une crise en retard

La prospérité des banques et commerces Changhaiens connut une expansion continue jusqu’en 1931. Celle-ci était bien entendu liée à la grande dépression de 1929 et à la dépréciation des valeurs qui en suivit.
Le Taël fut également entrainé dans la tourmente, mais dans une moindre mesure car lié à l’argent et non à l’or dont le cours s’envolait, et ceci au grand bénéfice des industriels locaux qui purent accroître leurs exportations.
Les investisseurs Changhaiens profitèrent donc de cette époque faste pour se diversifier dans les cimenteries, la fabrication de cigarettes, ainsi que les industries mécaniques et électriques.
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La crise survint cependant peu après et ce à la suite d’une succession d’événements.

Tout d’abord, l’abandon par les puissances occidentales de l’étalon-or causa une brusque remontée du Taël, politique qui se renforça par la suite du fait de l’achat systématique d’argent métal par le gouvernement américain, pratique institutionnalisée en 1934 par le « Silver Purchase Act ». L’argent métal se raréfia et avec lui, le crédit bancaire.

JPEGD’autre part, on assista à une perte de pouvoir d’achat des paysans dont le coton cru et les cocons généraient mois de revenus qu’il ne leur fallait pour acheter des denrées de base comme le riz, le sel et l’huile. Il en résulta une contraction du marché intérieur des biens manufacturés et une fuite d’argent métal vers Changhai, avec comme conséquence l’inflation des prix de l’immobilier.

En même temps, l’annexion de la Mandchourie par le Japon (dont nous reparlerons) tarit progressivement les courants d’affaires avec le nord de la Chine jusqu’alors prospère.

Et pour couronner le tout, la vallée du Yang Tsé subit cette année-là des inondations particulièrement catastrophiques.

La crise atteignit très vite le secteur bancaire, causant la faillite de 17 des 70 banques traditionnelles (qianzhuang). Les faillites bancaires se multiplièrent au cours des 3 années suivantes, entraînant le secteur des filatures et des meuneries.

La reconquête nationale

C’est dans ce climat de vulnérabilité de la grande bourgeoisie Changhaienne et sur le fond de crise que le gouvernement de Chang Kai Chek décida de prendre directement les rênes de l’économie.

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Le premier immeuble de la Bank of China, rue Hankou

Au niveau des relations avec les puissances occidentales, le gouvernement sauta dans la brèche ouverte par les grands soulèvements révolutionnaires et la tendance au compromis qu’ils avaient induit. En 5 ans, de 1929 à 1934, la Chine regagna son autonomie douanière avec l’augmentation du droit d’importation passant de 5 à 25% et la suppression du lijin, taxe intérieure payée exclusivement par les sociétés chinoises.

A Changhai, les autorités durcirent le ton avec les municipalités étrangères en appliquant à la lettre les clauses des traités. Elles commencèrent notamment à taxer les sociétés étrangères installées en dehors des Concessions, et procédèrent à d’importantes réformes institutionnelles visant à créer une administration moderne et centralisée.

C’est ainsi que le gouvernement reprit progressivement le rôle politique que la bourgeoisie s’octroyait depuis 1912, allant jusqu’à récupérer petit à petit certaines des responsabilités qui avaient été le privilège des guildes et des chambres de commerce.

De plus, par l’intermédiaire de son Bureau des affaires sociales, le gouvernement renforça le contrôle des syndicats, des organisations professionnelles et même des organismes caritatifs. En regroupant toutes les chambres de commerces en une seule, le gouvernement priva les grands entrepreneurs chinois des Concessions de leur majorité de contrôle.
Graduellement, la politique du gouvernement s’achemina donc vers un « capitalisme d’Etat », animé par le milieu intellectuel de la ville et piloté par un personnage appelé ç prendre de plus en plus d’importance : T.V. Soong, beau frère de Chiang Kai Chek et fils aîné de la famille Soong.

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M. T. V. Soong

Mais de T.V nous reparlerons plus tard. Pour l’heure, une nouvelle menace se dresse devant le gouvernement : l’encombrant voisin nippon et ses prétentions territoriales. C’est ce que nous verrons dans un prochain article...

Dernière modification : 05/08/2014

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