Gazette de Changhai - 59 : L’agression japonaise et ses conséquences

La déclaration de l’état d’urgence donna aux Japonais l’occasion de déployer des troupes dans la partie nord de Changhai. La 19ème Armée de route chinoise les attendait de pied ferme et les hostilités démarrèrent immédiatement. Ce véritable massacre allait durer un mois et demi et faire près de 17.000 victimes, dont la majorité de civils, et le cessez-le-feu ne ferait que consacrer la présence permanente de militaires japonais dans Changhai, scellant ainsi le destin des Concessions quelque dix ans plus tard.

Une attaque en règle

Le 28 janvier 1932, l’ état d’urgence ayant été déclaré par le Conseil municipal de Shanghai, les troupes japonaises amassées autour de Shanghai prirent position dans toute la partie nord est de la concession internationale. Du coté japonais, plus de trente navires et quarante avions étaient en ordre de bataille sur le Huangpu et plus de 8.000 hommes s’apprêtaient à entrer dans la ville. Du coté chinois, la 19ème Armée de route positionnée autour des concessions totalisait environ 50.000 hommes. Dès la mi-janvier, un détachement de ces troupes s’était barricadé dans et autour de la gare du nord, pressentant l’agression des troupes japonaises.

Blindés remontant Sichuan lu - JPEG

A minuit, l’assaut des troupes japonaises fut lancé. Elles prirent possession du quartier de Honkew et 3.000 d’entre eux avancèrent vers la gare du nord. Dès l’aube, et pour la première fois en Asie, des avions venant d’un porte-avion se mirent à bombarder le nord de la ville. La 19ème Armée de route chinoise répliqua immédiatement à l’attaque et les combats s’étendirent dans toute la zone contrôlée par les Chinois.

Dès le début des hostilités, les troupes européennes qui défendaient les autres zones des concessions se placèrent en état d’alerte, mais si ce n’est un flot continu de réfugiés, aucune bataille n’eut lieu ailleurs que dans la zone sous contrôle japonais. Les Consuls américain, anglais et français firent tout de suite une tentative de conciliation afin d’arrêter les hostilités car ils percevaient bien le danger d’une escalade et la menace pour leurs intérêts. Les autorités consulaires japonaises refusèrent de les écouter et mobilisèrent encore plus de troupes dans la région.

Réfugiés chinois - JPEG

Le 30 janvier, Chang Kai Shek transféra sa capitale de Nankin à Luoyang, dans la crainte de voir s’étendre les combats vers l’ouest. Le 12 février, les Occidentaux parvinrent à négocier un cessez-le-feu d’une demi-journée afin de donner aux civils l’occasion de s’échapper du théâtre des opérations. Le même jour cependant, le commandement japonais envoya un ultimatum aux Chinois afin qu’ils éloignent leurs troupes à vingt kilomètres des limites de la concession internationale, ultimatum immédiatement rejeté. Ce rejet eut pour effet l’intensification des combats dans tout le quartier de Honkew.

A la mi-février, malgré l’arrivée en renforts de la 9ème division d’infanterie* et de la 24ème brigade mixte, ainsi que le support de 80 navires de guerre et plus de 300 avions, les Japonais ne parvinrent pas à contrôler toute la zone : Chang Kai Shek avait en effet envoyé lui aussi la 5ème armée et les 87ème et 88ème divisions en renfort. Le 20 Février, les bombardements japonais furent intensifiés afin de pousser les Chinois en dehors de la zone, tout en boutant le feu à tout le quartier de Chapei (Zhabei). Fin février, les Japonais débarquèrent des troupes derrière les lignes chinoises et le 2 mars, le commandement chinois, faute de renforts, ordonna le retrait des troupes de la région de Changhai, signifiant par là-même la fin des combats.

Troupes de marine japonaises - JPEG

Cessez-le-feu et conséquences

Le 4 mars, la Société des Nations exigea un cessez-le-feu et envoya des émissaires à Changhai afin de forcer les Japonais à l’accepter. Ce n’est pourtant pas avant le 5 Mai que la Chine et le Japon signèrent cet accord, la partie chinoise acceptant de retirer ses troupes de la région et ne garder que des forces de police dans la ville. Dans les attendus, il était prévu que les Japonais puissent garder « un certain nombre » de soldats dans la ville. Ce fut le début d’une présence militaire japonaise permanente dans Changhai qui allait précipiter quelque dix ans plus tard la fin des concessions...

Zhabei, lendemain de bataille - JPEG

Cette année 1932 fut également fertile en rebondissements dans l’administration de la Concession française. C’est ce que nous verrons dans un prochain article…

Charles Lagrange

* Cette division sera impliquée 5 ans plus tard dans l’incident du pont Marco Polo et surtout dans le massacre de Nankin.

Dernière modification : 05/08/2014

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