Gazette de Changhai - 58 : Les événements de janvier 1932

Au boycott des marchandises produites ou importées par les Japonais et à l’hostilité exprimée lors de nombreuses manifestations succédèrent des contre-manifestations et des plaintes exprimées par la communauté japonaise de Changhai. Le massacre d’un moine japonais et les mesures de rétorsion des Chinois envenimèrent la situation dès janvier 1932. La proclamation de l’état d’urgence et la prise de position des troupes japonaises autour de la gare du Nord de Changhai allaient mettre le feu aux poudres : une bataille rangée démarrait…

Des heurts entre Chinois et Japonais

Le 18 janvier 1932, un groupe de Japonais parmi lesquels se trouvaient des religieux, fut pris à partie par des manifestants chinois à l’est de la concession internationale, tuant un moine japonais au cours des échauffourées. Le lendemain, un groupe de Japonais mettait le feu à la San Yue Towel Factory, au prétexte que certains de ses travailleurs avaient été impliqués dans ce meurtre.

Le Consul général du Japon, M. Murai, exprima auprès des autorités chinoises ses regrets pour l’attaque de l’usine, mais les résidents japonais firent pression sur lui pour qu’il exige réparation pour le décès du religieux. Une note fut donc envoyée au Maire du Grand Shanghai, exigeant le châtiment des coupables, l’indemnisation des blessés et surtout la dissolution de toutes les organisations anti-japonaises. Ces premières exigences furent rapidement complétées, sur la pression de l’Amiral de la flotte japonaise ancrée sur le Huangpu, par des menaces de représailles au cas où une réponse appropriée ne serait pas donnée dans la semaine.

Le consulat japonais en 1932 - JPEG

L’impasse

Pendant ce temps, la 19e Armée de route chinoise avait été mobilisée par les autorités de Canton pour assister la police de Changhai. Au retour de Chang Kai Shek au pouvoir le 26 janvier, ces troupes furent instruites de quitter la ville. Cette situation instable généra une grande inquiétude parmi la communauté étrangère, parmi laquelle se répandit rapidement la rumeur d’une possible attaque. Le Shanghai Municipal Council craignait également que le renforcement de la garnison japonaise ne suscite une réaction immédiate des éléments militaires chinois toujours sur place.

Ayant vu son prédécesseur chassé à la suite de manifestations anti-japonaises, le Maire de Changhai, le General Wu Techen, pouvait difficilement accepter l’ensemble des conditions posées par les autorités japonaises. Il fit quand même fermer le siège d’une société anti-japonaise, le « Temple du Ciel  », et signifia le 26 janvier aux troupes nippones qu’il acceptait les conditions posées dans l’ultimatum.

La 19e armée de route chinoise - JPEG

La crise

Le 28 janvier, le Shanghai Municipal Council déclara l’état d’urgence après avoir reçu des autorités japonaises la promesse qu’elles le préviendraient 24 heures avant de mettre en place une quelconque action militaire. Etant donnée présence possible de soldats nippons en dehors de la concession internationale, des éléments de la 19e Armée stationnés autour de la gare du Nord se mirent également à entasser des sacs de sable pour assurer leur protection.

Soldats japonais - JPEG

A 23 heures, l’amiral Shiosawa fit parvenir une note au Maire de Changhai le prévenant que ses troupes allaient être déployées autour de la gare afin de protéger ses nationaux qui y résidaient.

A minuit, en accord avec les décisions prises par le Comité de Défense de la concession internationale, les 20.000 troupes japonaises stationnées en ville prirent position à l’est de la concession internationale et un escadron se dirigea vers la gare.

Les échauffourées avec les troupes chinoises furent immédiates et se transformèrent très vite en une attaque en règle des troupes japonaises, face à la résistance exceptionnellement active des éléments de la 19e Armée.

La déclaration de l’Etat d’urgence qui donna aux Japonais le signal du déploiement de leurs troupes et l’ignorance des autorités chinoises sur le fait que le plan de défense des concessions prévoyait un déploiement de troupes étrangères autour de la gare, furent identifiées comme les raisons principales du conflit.

QG japonais - JPEG

Pendant que s’affrontaient les troupes chinoises et japonaises aux alentours de la gare, seules les fumées des maisons en feu de Zhabei se voyaient des Concessions. Mais le conflit allait se prolonger pendant plus d’un mois en faisant des dizaines de milliers de victimes. C’est ce que nous verrons dans un prochain article…

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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