Gazette de Changhai - 57 : Les prémices d’une guerre non déclarée

Face à un danger d’envergure, les autorités des Concessions étrangères de Changhai avaient la possibilité de déclarer l’état d’urgence, permettant ainsi aux forces armées stationnées sur place d’intervenir. L’invasion de la Mandchourie par les Japonais créa précisément ce type de tension en Chine, exploitée... par le Japon pour justifier le positionnement de troupes dans la Concession afin de défendre ses nationaux.

Exploitant l’ambiguïté des textes, ne rencontrant qu’une relative passivité des autres puissances et face à une hostilité de plus en plus marquée de la population chinoise de Changhai, le Japon allaient vite déclencher la deuxième phase de leur agression. Ce pays se retrouvait à guerroyer avec un Etat souverain sans lui avoir officiellement déclaré l’état de guerre. L’étendue de cette agression à toute la côte Est de la Chine, en provoquant des millions de morts, allait aussi sceller le sort des Concessions étrangères en Chine.

C’est la raison pour laquelle ce chapitre de l’histoire mérite que l’on s’y arrête un moment.

La tension monte

Sentinelle escortant un franc-tireur - JPEGLe Japon, au même titre que les autres puissances étrangères, stationnait des troupes à Changhai afin de prévenir toute agression sur ses nationaux. Depuis le milieu du XIXème siècle, les conseils municipaux des deux Concessions avaient été contraints à de nombreuses reprises de déclarer l’état d’urgence. A cette occasion, la police municipale et, du coté international, le Shanghai Volunteer Corps, étaient mobilisés. En cas de danger plus important, il était de coutume de prévenir le corps consulaire qui prenait alors les mesures nécessaires auprès du commandement de leurs détachements militaires respectifs.

En juillet 1931, eut lieu l’incident de Wampaoshan en Corée, par lequel Chinois et Japonais se disputèrent par coréens interposés. Une troupe de cinq cents Chinois avait en effet attaqué des fermiers coréens suite à une rixe liée à l’engagement de personnel pour un projet d’irrigation, et les Coréens, soutenus par les Japonais, avaient contrattaqué, causant la mort de nombreux Chinois.

A la suite de cet incident, les étudiants et syndicats changhaiens déclenchèrent un boycott des produits japonais. Manifestations et campagnes d’intimidation se succédèrent. En septembre 1931 était créée une « Association anti-japonaise de salut national ». A la fin du mois, les journaux locaux proclamaient que tous les liens commerciaux avec les entreprises japonaises avaient été rompus à Changhai.



Très vite, la situation du coté des commerçants et industriels japonais se fit insupportable : des milliers de tonnes de produits importés se trouvaient bloqués en douane, des millions de Taëls de marchandises se trouvaient impayées dans les entrepôts des usines japonaises de la ville...

Bruits de bottes

SUN Fo - JPEGLes tensions avec le Japon avaient aussi déclenché un débat houleux au sein du gouvernement chinois, au point que CHIANG Kai Shek dut démissionner pour laisser la place à SUN Fo, fils du Docteur SUN Yat Sen et membre de la faction de Canton, aile progressiste du Kuomintang. Le maire du Grand Changhai démissionna dans la foulée de ces changements au sommet, et les unités du Neuvième groupe d’armée furent envoyées pour relever les troupes locales autour de Changhai et le long de la ligne de chemin de fer Changhai-Nankin.


Dans le microcosme étranger se répandit rapidement la rumeur que le gouvernement nationaliste comptait profiter de ces troubles pour s’en prendre aux Concessions. En octobre 1931, un Comité de Défense fut donc créé à l’initiative du Shanghai Municipal Council, qui rassemblait des officiers américains, anglais, français italiens et japonais.

Même informel, ce comité établit un plan de répartition des troupes en cas de troubles importants ou d’agression. Ainsi les troupes françaises avaient mission de défendre leur concession, les Anglais, Américains et Italiens se répartissaient la défense de la concession internationale, le Shanghai Volunteer Corps prenait en main les « routes extérieures » à l’ouest et au nord, et les Japonais contrôlaient le quartier de Hongkew (Hongkou) et le nord est.
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Les quartiers ainsi répartis, toute action ne devait être mise en œuvre qu’à la demande du Shanghai Municipal Council. En retour, celui-ci ne pouvait que solliciter l’aide des troupes étrangères, toute décision de mobilisation de celles-ci restant aux mains des différentes autorités consulaires.


Dès le mois de décembre se multiplièrent les manifestations anti-japonaises et les contre-manifestations des commerçants japonais dans Hongkew et dans le quartier de la gare du Nord.

La scène était prête et les acteurs étaient en place. Il ne manquait plus qu’une étincelle pour que l’irréparable se produise. C’est ce que nous verrons dans un prochain article…

Charles Lagrange

Le quartier général japonais - JPEG

Dernière modification : 05/08/2014

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