Gazette de Changhai - 56 : Un voisin encombrant

C’est en 1871 que le Japon signa un premier traité avec la Chine le plaçant de fait au même rang que les puissances occidentales. Le traité de paix de Shimonoseki de 1895 lui donnait l’autorisation de construire des usines dans le pays, point de départ d’une présence japonaise en Chine dont le développement serait fulgurant.

Après avoir conquis l’économie de la Chine, les Japonais se lancèrent dans la conquête de ses ressources. Leur mainmise sur la Mandchourie en 1931 fut le point de départ de cette politique de colonisation dont la Chine allait avoir à souffrir pendant 14 ans et dont Changhai fut un des objectifs principaux.

Avancée des troupes japonaises - JPEG

Une puissance montante

Le Japon avait mis à peine deux décennies à se moderniser et se hisser au rang des grandes puissances industrielles. Dès 1871, il signa avec la Chine un traité lui octroyant les mêmes droits que ceux qui avaient été concédés aux puissances occidentales. A l’issue de la guerre qu’il mena contre la Chine en 1894 et 1895, les Japonais signèrent le traité de Shimonoseki leur octroyant le droit de construire des usines en Chine et d’y commercialiser leurs produits.

Il s’ensuivit une politique agressive de création d’industries, surtout dans le secteur textile et plus particulièrement à Changhai. La guerre russo-japonaise leur permit ensuite de prendre pied dans la péninsule du Liaoning et de contrôler une partie du chemin de fer qui menait à la Sibérie.

Pendant la première Guerre mondiale, le Japon se précipita dans la brèche ouverte à l’occasion des hostilités en Europe et du tarissement des importations de denrées qui en provenaient. Les industriels et commerçants japonais affluèrent alors en masse à Changhai.

Ainsi, alors que Changhai dénombrait 7.169 Nippons en 1915 contre 5.831 Anglais, leur nombre passa à 10.215 en 1920, pour atteindre 18.796 en 1930, soit 39 % des étrangers résidant à Changhai et deux fois le nombre d’Anglais.

Les Japonais s’établirent au nord et au nord-est de la concession internationale, et plus particulièrement dans le quartier de Hongkew (Hongkou), et le long des « routes extérieures » au nord de celui-ci.

L'entrée dans Moukden - JPEG

Une agression qui commença au Nord

Le traité de Portsmouth de 1906 scellant la guerre entre la Russie et le Japon, octroyait à ce dernier le contrôle du sud de la péninsule du Liaoning, celui de la base navale de Port Arthur, ainsi que celui de la ligne de chemin de fer reliant Dalian à Changchun, avec un droit de prospection de part et d’autre de celle-ci.

La Mandchourie qui englobait les provinces actuelles de Liaoning, Jilin et Heilongjiang était une région aux nombreuses ressources naturelles comme le charbon et le fer, mais également une plaine très fertile. Le Japon, dont les espoirs d’intrusion au Shandong et au Liaoning avaient été endigués par le traité de Washington de 1921, bouillait de prendre sa revanche et de mettre la main sur les ressources dont il manquait pour nourrir ses plans de développement.

Dès la fin des années 20, les responsables de l’armée du Shandong présentèrent un plan d’invasion de la Mandchourie et le soumirent à l’Etat major impérial. Tokyo accepta le plan mais à la condition expresse qu’il fut mis à exécution uniquement à la suite d’une provocation ou d’une agression des troupes chinoises.

Celle-ci tardant à venir malgré les exactions des soldats nippons tout au long de la ligne de chemin de fer, le Lieutenant-Colonel Ichiwara, commandant les troupes du Shandong, décida de créer l’événement lui-même. Le scénario du complot fut prêt dès la fin mai 1931. Pendant ce temps, des travaux de défense étaient entrepris en grand secret au club des officiers japonais de Moukden (Shenyang).

Aidé du colonel Itagaki, Ishiwara fit saboter une section de la ligne de chemin de fer près du lac Liutiao. Cette section de la ligne n’avait rien de stratégique mais elle se trouvait à 800 mètres d’une garnison chinoise de l’armée de ZHUANG Xueliang, fils du maréchal ZHUANG Zuolin qui commandait les troupes de Mandchourie.

Le 18 septembre 1931 à 22 heures, une charge explosa sur la ligne, endommageant à peine un mètre et demi de celle-ci. Les Japonais accusèrent immédiatement les Chinois d’avoir perpétré l’incident. La batterie cachée du club des officiers fit feu sur la garnison chinoise de Moukden, et 500 soldats japonais la maitrisèrent en une journée.

L’Etat major japonais de Dalian fut lui-même surpris de la rapidité des événements mais les dés étaient jetés : ce qui sera connu dans l’histoire comme « l’incident de Moukden » n’était en fait que le point de départ des hostilités entre le Japon et la Chine...

Cette guerre non déclarée allait durer 14 ans et faire des millions de morts. Mais c’est à Changhai que la partie suivante serait jouée. C’est ce que nous verrons dans un prochain article...

Charles Lagrange

Défilé des troupes japonaises dans Moukden - JPEG

Dernière modification : 05/08/2014

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