Gazette de Changhai - 91 : Les Concessions et la collecte des déchets

Le souci de l’hygiène publique fut sans conteste une préoccupation des premiers jours dans les Concessions Internationales. Un service de collection et de traitement des déchets fut entrepris par les celles-ci dès 1870. Ce service se développera et se modernisa au fil des années jusqu’à l’invasion des Japonais.

L’évacuation des déchets et l’égouttage : un souci des premiers jours

Dès la création des Concessions Internationales dans Changhai, la question de l’hygiène publique devint une préoccupation majeure des conseils municipaux.
L’accumulation des déchets, le problème d’évacuation des eaux usées et même l’entreposage des cercueils devint très vite un problème auquel les autorités des concessions essayèrent de répondre par des règlementations et des mesures d’évacuation appropriées.

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Illustration 1 : Collecte manuelle des déchets sur le Suzhou creek

Ainsi, dès 1870 furent établis dans les deux Concessions un service d’hygiène publique qui avait pour mission de mettre en place les mesures visant à assainir les rues de la ville. Un système de drainage fut incorporé dans la conception des nouvelles routes et un système de collecte de déchets fut mis en place. Celui-ci comprenait un chargement sur barges, afin de livrer les déchets organiques aux paysans de la région pour qu’ils puissent l’utiliser comme engrais, et visait à utiliser le reste comme matériaux de comblement des marais et des berges du Huangpu.
En marge de ce système fut établi un service d’inspection afin de contrôler la bonne application des dispositions légales. En 1903, la ville fut divisée en 8 secteurs distincts et un système de primes fut mis en place pour d’inciter la population locale ainsi que les inspecteurs autochtones à améliorer l’hygiène de leurs quartiers.

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Illustration 2 : Utilisation des déchet pour le remblayage des berges

La modernisation des moyens d’évacuation des déchets en améliorera l’efficacité au fil des années : ainsi entre 1870 et 1911 ; la quantité de déchets récoltés crût d’un facteur 100. De paniers en osier, la technologie évolua vite vers les bacs et puis les brouettes stationnées aux extrémités des allées (lilongs) ; de même les barques en bois firent vite place à des barges à coque métallique.
La récolte des latrines fut également organisée de manière systématique à partir de 1870 et ce par l’intermédiaire de contractants dont les mandats étaient renouvelés deux fois par an. La technique de transport et les heures de collectes étaient très strictement contrôlées par les autorités municipales. Celles-ci avaient instauré une telle technique car elles craignaient qu’un système moderne d’égouttage aurait abouti à l’engorgement rapide des drains et des rigoles.
Le nettoyage des rues évolua de manière similaire en faisant appel à des balayeuses importées d’Europe.

La modernité s’installe

Dès 1924, la Concession Internationale mit la récolte et l’entreposage des déchets sous la houlette du Département des Travaux Publics .La Concession Française en fit de même.
Face au développement de la population, l’entreposage des déchets devenait ingérable ; en 1932 il fut finalement décidé d’installer deux systèmes d’incinération d’une capacité de 200 tonnes par jour. Cependant, après à peine 4 ans de fonctionnement, les deux incinérateurs furent arrêtés car le rendement était mauvais et la pollution atmosphérique résultante insupportable. Le système de collecte et d’alimentation motorisé fut cependant conservé.
A cette époque, la moitié des 1000 tonnes journalières de déchets étaient utilisés par les agriculteurs, un cinquième servait à combler les marais et un tiers était accumulé dans les décharges.

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Illustration 3 : Matériel moderne de collecte des années 1920

A partir de la fin des années vingt, la plupart des immeubles modernes furent construits avec des toilettes reliées à un système évacuation. Dès lors, les deux Municipalités s’attelèrent à construire un égouttage systématique avec pompes de reprise et centrales de traitement. Dès 1934 ce système fut généralisé aux deux Concessions et relayé dans la ville chinoise qui suivait ainsi les préceptes du « Mouvement de la Nouvelle Vie » instigué par Chang Kaishek.

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Illustration 4 : Système de pompes de reprise années 30

L’occupation de la ville par les japonais dès 1937 perturba le bon fonctionnement du système de collection des déchets, et ce par l’effet conjugué du volume, qui passera de 416.000 à plus de 600.000 tonnes par an entre 1938 et 1939, mais également de l’inflation, et donc le renchérissement du personnel, et enfin du manque de matériel, par suite de l’embargo.
La situation deviendra même catastrophique pendant les dernières années de guerre……


La série d’articles qui vont suivre vont s’intéresser aux établissements catholiques de Changhai. En effet, en plus des grandes écoles et établissements dont nous avions déjà parlé, une multitude d’autres constellaient la ville. Restez branchés…..

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Illustration 5 : Balayage mécanique des rues

Dernière modification : 10/11/2015

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