Gazette de Changhai - 89 : Une chronique historique Chapitre 89 : La faculté de Médecine de l’Aurore à la fin des années trente

La faculté de médecine de l’Université Aurore avait été créée en 1915. Vingt ans plus tard, elle accueillait 153 étudiants et avait formé 80 docteurs en médecine. Nombreux d’entre eux eurent de très belles carrières, tant en Chine qu’en France. A la fin des années trente, le corps professoral était composé principalement de Chinois avec cependant une douzaine de Français, dont 9 pères jésuites.

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Bâtiment de la faculté de médecine

Une institution créée en 1915

La faculté de médecine de l’Université Aurore avait été ouverte en 1915 et s’était adjointe une formation de médecine dentaire à partir de 1920.

Elle comprenait deux sections : une formation de médecine générale sur 6 ans et une école de dentisterie sur 4 ans. La faculté de médecine fut sans conteste celle qui accueillit le plus grand nombre d’étudiants : 153 étudiants en 1935/36 et jusqu’à 227 dix ans plus tard, soit deux fois plus que la faculté de Droit.

La majorité des étudiants admis dans les facultés de l’Université Aurore venaient des établissements secondaires français : soit les collèges jésuites chinois de Zi-Ka-Wei (Xujiahui), Nankin, ou Yangzhou ou alors ceux de Saigon en Indochine ou Penang en Malaisie.

Il y avait également un « Cours préparatoire » dans le sein de l’Université qui ne comprenait qu’un seul cycle correspondant aux études secondaires du 2ème degré.
D’autres étudiants étaient issus du « Cours Spécial », enseignement pré-universitaire également intégré à l’Université : ce cours, s’étalant sur une ou deux années, était destiné aux étudiants chinois ou étrangers possédant un diplôme secondaire mais dont la maîtrise du français n’était pas suffisante.

La première année de l’enseignement de la médecine prévoyait un certain nombre de cours généraux : physique, botanique, chimie, psychologie. Les premiers cours pratiques commençaient la seconde année avec l’ostéologie, l’anatomie et la dissection. La seconde année était sanctionnée par un « examen pré-médical ». Le deuxième semestre de la dernière année consistait en un stage à l’hôpital.
Pour ce faire, la faculté disposait bien évidemment de la facilité d’envoyer ses internes à l’Hôpital Sainte Marie dont nous avons déjà parlé, ainsi qu’à l’Hospice Saint Antoine situé au 141 de l’avenue Dubail (Chongqing lu) qui accueillait les indigents et était dirigé par les Filles de la Charité.

Lorsque le bâtiment conçu par le cabinet d’architecte Léonard et Veysseyre fut terminé en 1933, l’Hôpital Sainte Marie disposa d’un complément de 300 lits, ainsi que de services modernes d’ophtalmologie et oto-rhino-laryngologie où pouvaient professer les internes de l’Aurore.

La formation d’analogie pathologique bénéficiait de la collection de spécimens collectés par l’Hôpital Sainte Marie, et l’initiation au cours de séméiologie se déroulait à l’Hospice Saint Antoine.

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Laboratoire de bactériologie

Des élèves et des professeurs émérites

En trente ans, 80 étudiants seulement reçurent le titre de docteur en médecine. En effet, la sélection était très rigoureuse, et malgré que l’Université fût accusée à de nombreuses reprises de sévérité excessive, c’est aussi ce qui en fit son succès et sa renommée.

Quelques noms fameux furent en effet des anciens de l’Aurore comme le professeur Song Kouo-ping, professeur de séméiologie, le Docteur Lieou Yong Chen, diplômé en 1922 et qui fut pendant de nombreuses années le chef de la clinique neurologique de Strasbourg, puis chef de laboratoire de l’Institut Pasteur de Saigon ; ou le Docteur Lo Yuen-tsiun, qui pratiquera dans les hôpitaux français, ainsi que le professeur Kung Lan-sheng qui fut le président de la société de cardiologie chinoise, et le Docteur Tchen Min-tchang qui fut ministre de la santé de 1991 à 1998, ou enfin Angela Tchen Sin, diplômée en 1949 et qui dirigea le Queen Elisabeth Hospital de Hong Kong.

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Docteur Bussière

A la fin des années trente, le corps d’enseignants était dirigé par le doyen de la faculté, le Docteur Jean-Augustin Bussière (1872-1958). Le Docteur Bussière était fils d’instituteur et l’aîné de sept enfants. À vingt ans, il décida d’embrasser la carrière de médecin militaire et après 20 ans d’expérience dans les pays d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient, il arriva en Chine en 1913, pour y mener pendant 41 ans une existence qui fera de lui un héros. En effet, pendant la Seconde Guerre mondiale, le docteur Bussière aura une attitude héroïque en transportant des médicaments pour les soldats du front, bravant les risques en franchissant les barrages japonais. (Note : Le Centre Culturel de Nouvelles d’Europe organise ce mois-ci à Gentilly une exposition-hommage sur le docteur Bussière. Le président chinois Xi Jinping en a parlé de façon très élogieuse, disant que c’était « The Hump(*) à vélo »).

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Exposition Docteur Bussière - Juin 2015

En 1954, le docteur Bussière rentrera en France dans son village natal de Châteauneuf-les-Bains où il s’éteignit en 1958, à l’âge de 85 ans.

Le corps des enseignants de la faculté se composait en cette fin des années trente de 39 professeurs, la majorité étant Chinois, et comprenant 12 Français dont 9 pères jésuites.

Parmi eux, c’est surtout le Docteur Jean Malval (1901-1973) qui a laissé son nom à la postérité, essentiellement par son aptitude au dessin et le recueil de ceux-ci (« Les rues de Shanghai » - éditeur Casterman 1999).

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Docteur Jean Malval

(*) : Hump : pont aérien organisé par les américains pendant la guerre pour ravitailler les troupes de Chang Kaishek

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Médecins de l’Aurore pendant les événements de 1933


Au-delà de ses institutions de santé, la Municipalité s’attela à de larges campagnes de vaccination de la population autochtone. C’est ce que nous verrons dans notre prochain article. Restez branchés…..

Dernière modification : 07/09/2015

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