Gazette de Changhai - 70 : L’aviation en Chine, luxe ou facteur d’unité ? (1)

Les Français ont été les pionniers de l’aviation en Chine. L’exploit malheureux de René Vallon à Changhai et la fourniture d’avions Chaudron à la Chine furent en effet à l’origine de l’engouement du pays pour l’aviation. Pourtant, c’est en partenariat avec des avionneurs américains que naquit l’aviation civile chinoise en 1929, avec la fondation de China Airways. Luxe ou facteur d’unité ? Les opinions divergeaient.

L’aviation en Chine : un pionnier français à Changhai

Les débuts de l’aviation en Chine furent l’apanage d’un Français, René VALLON, qui le premier importa un aéroplane dans le pays et y réalisa un vol historique qui allait rester pendant des décennies dans la mémoire des Changhaiens.

René VALLON, un aviateur français né en mars 1880 et ayant fait ses écoles à Issy les Moulineaux, s’était distingué en France lors des premières manifestations aériennes de Bordeaux en 1910. Il fut invité à Changhai par les autorités afin d’y promouvoir l’aéronautique française. Son avion fut assemblé à Kiangwan et il réalisa un premier survol de Changhai le 24 avril 1911. A la demande de la Municipalité, il fut prié de survoler la concession française au matin du 6 mai. La foule s’assembla autour de l’hippodrome (aujourd’hui People’s square), lorsqu’un problème mécanique ou une fausse manœuvre lui fit malheureusement perdre le contrôle de l’avion qui s’écrasa, tuant son pilote devant une foule de spectateurs médusés. Une stèle commémorative lui sera érigée par la Municipalité au parc Koukasa (actuel Parc de Fuxing), qui disparut lors de l’occupation japonaise de la Concession en 1945.

Ce survol de Changhai, et celui de la Cité interdite par un pilote russe dans un avion Blériot en 1910, allaient susciter en Chine un réel engouement pour l’industrie aéronautique.

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Monoplan Etrich

Lors de la révolution de 1911, les troupes du sud commandèrent deux avions autrichien Etrich avec l’intention d’aller bombarder le palais impérial à Pékin. Les avions n’arrivèrent qu’en 1912 et partirent pour Nankin où ils furent utilisés par deux Chinois revenus de l’étranger, MM. Z.Y. Lee et Feng Yu. Lors d’un premier show aérien au dessus de Canton, ce dernier se tua comme René VALLON.

Le Vice-président LI Yuanhung, Chef d’état-major de YUAN Shikai, dégagea ensuite un budget de 300.000 dollars pour l’achat de 12 biplans CAUDRON. Il fit construire un atelier et une école de pilotage en louant les services de deux instructeurs et de deux mécaniciens français. Pendant la première guerre mondiale, pas moins de 100 pilotes furent diplômés de cette école. Ils intervinrent lors des troubles en Mongolie, ainsi que lors de la tentative de restauration de la monarchie de juillet 1917, en bombardant la Cité interdite.

Quelques tentatives de fabrication d’aéroplanes virent le jour après la guerre, mais sans grand succès.

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Biplan Caudron

L’exploitation d’un réseau aérien

Il fallut attendre les années 20 et les premiers vols d’un héros de l’aéropostale chinoise, le général ZHANG Huichang, appelé le “Lindberg chinois”, diplômé aux Etats-Unis en 1917, pour voir apparaître les premières liaisons aériennes entre le Guangdong et le Guanxi en 1920.

En décembre 1928, les monoplans Ryan Brougham "Guangzhou" et "Shanghai" firent escale à Changhai lors de leur dernière étape de la liaison Canton – Shenyang. Des affichettes furent jetées sur la ville proclamant que “l’aviation sauvera la Chine”... Lors du vol de retour, ils furent rejoints par un autre avion du même type, le Pearl River, dont la venue fit l’objet d’un timbre commémoratif.

Avion Curtiss Wright - JPEGC’est en 1929 que démarra vraiment l’exploitation d’un réseau aérien avec la création de la « China Airways », financée à concurrence de 55% par l’Etat chinois et 45% par la société Curtiss-Wright, le plus grand constructeur aéronautique américain d’avant la 2ème guerre mondiale. Curtiss-Wright avait envoyé des pilotes américains en Chine pour lancer cette compagnie, qui furent rejoints progressivement par des pilotes chinois.

Les premières lignes commerciales reliaient Pékin et Changhai, via Nankin, Qingdao, Tianjin et/ou Haizhou (Lianyungang). Une ligne fut ensuite ouverte entre Changhai et Hankow (Wuhan), puis entre Changhai et Chengdu, et enfin entre Changhai et Canton.

Juan Trippe, Président de la PanAm - JPEGEn 1933, après plusieurs accidents et ennuis mécaniques divers, Curtiss-Whight vendit ses parts de la compagnie à la grande compagnie rivale Pan American Airways, dirigée à l’époque par le flamboyant Juan TRIPPE.

Le coût du voyage était particulièrement élevé (150 dollars US pour un aller simple Pékin-Changhai), ce qui fit dire au directeur du Journal de Shanghai dans son éditorial du 10 avril 1931 : « Quant à toutes ces lignes aériennes, c’est très bien, mais un réseau de routes est beaucoup plus utile au peuple chinois… ». Mme Sun Yat Sen en eut quant à elle une interprétation fort différente : elle dira en mars 1937 que « de toutes les inventions qui ont aidé à unifier la Chine, l’avion est sans doute la meilleure. Sa propension à annihiler les distances a été à la mesure de son habilité à supprimer la suspicion et les mésententes entre les édiles provinciales et le gouvernement, tellement éloignées les unes des autres… ».


Avion de l'armée chinoise accidenté - 1930 - JPEG

Et les liaisons entre Changhai et la France ? C’est ce que nous verrons dans le prochain article...

Dernière modification : 05/08/2014

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