Gazette de Changhai - 64 : Le bilan morose de l’année 1931

A la fin de l’année 1931 et alors qu’elle fêtait ses 17 ans d’existence la Chambre de commerce française à Shanghai en était à l’heure du bilan. Elle subissait les conséquences d’un contexte troublé : la situation économique se rétablissait à peine des affrontements du début d’année entre Japonais et Chinois.

La communauté étrangère à Shanghai pouvait s’enorgueillir de certains bons résultats en cette fin d’année 1931 : la communauté expatriée, plus que jamais omniprésente à Shanghai, détenait 70% du capital des 1.781 sociétés industrielles et commerciales de Shanghai, et un volume croissant des exportations de la production industrielle vers les autres villes de Chine. Toutefois, le volume d’affaires n’était pas atteint, les institutions financières chinoises n’honoraient pas leurs dettes, et pour couronner le tout, la justice chinoise qui avait pris le relais des tribunaux mixtes, semblait retomber dans ses dérives arbitraires lorsqu’il s’agissait de défendre les intérêts étrangers.

Un bilan économique décourageant

Durant l’année 1931, les finances du gouvernement de Nankin s’étaient appauvries. Le gouvernement ne contrôlait directement qu’une poignée de provinces, et son budget était grevé à 40% par le service de la dette, et à 35% par les dépenses militaires. De plus, 11% du budget était dédié au Kuomintang et aux organismes qu’il contrôlait. Ne restaient donc aux autres ministères qu’à peine 15% du budget destiné à couvrir les dépenses sociales et d’infrastructure. Côté recettes, le revenu principal provenait des droits de douanes et de la gabelle. Les chiffres de l’exercice des quatre premiers mois de l’année étaient en recul de 25 % par rapport à la même période un an plus tôt. Le commerce extérieur avait été également sévèrement affecté avec une augmentation de 8,5% des importations, alors que celles-ci représentaient déjà un montant de 30% supérieur aux exportations.

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L’ancienne Chambre de commerce française

La Chambre de commerce française, créée en 1915, réunissait la plupart des sociétés françaises faisant commerce avec la Chine ou installées à Shanghai. De grands noms y étaient regroupés, comme Olivier & Cie, Les établissements Racine & Cie, les Messageries maritimes, Schneider & Cie, mais également la grande entreprise immobilière International Savings Society créée par Jean BEUDIN et René-Emile FANO en 1912, ainsi que diverses entreprises de moindre envergure comme Kuhmann & Cie, Madier Ribet & Cie, l’Union mobilière, etc.

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L’ "International Savings Society"

La France était alors au 6ème rang des pays exportateurs vers la Chine, loin derrière les Etats Unis et le Japon, avec un volume d’affaires 5 fois inférieur à celui des Anglais. La situation n’allait pas en s’améliorant. L’augmentation des droits de douane imposée par le gouvernement de Nankin avait sérieusement affecté les importations de biens manufacturés et de produits de luxe français. Les ventes de riz et de charbon en provenance d’Indochine s’étaient également contractées de 25%. Parallèlement, les inondations de l’intérieur de la Chine avaient réduit la production de soie grège, une des principales denrées exportées par les sociétés françaises.

D’autres sources d’inquiétudes

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Le Crédit franco-chinois

Un autre sujet de préoccupation de la communauté d’affaire française de Shanghai était la mauvaise foi des banques chinoises qui, après les événements de janvier et février (affrontements sino-japonais), traînaient des pieds pour honorer leurs lettres de change. Cela induisit une certaine baisse de confiance parmi les dirigeants des établissements étrangers. Pour ne pas arranger les choses, les cours de district, qui venaient de remplacer les tribunaux mixtes en vigueur depuis 1864, inquiétaient les étrangers en montrant des signes d’opacité et en rendant des jugements arbitraires. Le meurtre inexpliqué d’un jeune Anglais dans un poste de police chinois, suivi d’une enquête bâclée sur laquelle le Consulat de Grande-Bretagne avait eu à intervenir auprès du gouvernement de Nankin, ainsi que des exemples de retournement spectaculaire de jugement en faveur des parties chinoises dans certains conflits commerciaux bilatéraux, jugés et acceptés par les juridictions chinoises, furent autant de signes que l’impartialité de la justice chinoise semblait tituber.

Alors que la morosité gagnait la communauté d’affaires française, d’autres événements allaient semer le trouble en cette année 1932. C’est ce que nous verrons dans un prochain article…

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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