Gazette de Changhai - 61 : La reprise en main de l’administration municipale

Sous la direction du Ministre de France à Pékin, une enquête fut diligentée dès la mi-1930 afin d’évaluer l’influence du milieu sur la gestion de la Concession française, dont l’enquête fut ralentie par la résistance de certains responsables locaux. C’est à l’occasion des troubles de janvier 1932 que les autorités purent enfin reprendre en main le contrôle de l’administration municipale et en expulser le patron de la Bande verte. Deux semaines après, une série de morts suspectes survenues à la suite d’un banquet donné par celui-ci en l’honneur des partants montrait tous les signes d’une vengeance.

La réaction des autorités françaises face à l’influence du milieu

La France n’avait pas attendu les bordées d’opprobre jetées par les dirigeants de la Concession internationale sur la gestion de sa Concession de Changhai. En effet, dès mi-1930, Auguste WILDEN – qui avait été lui-même Consul à Changhai à la fin de la première Guerre mondiale – était nommé ministre de France à Pékin et chargé de mener une enquête. La progression de celle-ci fut très lente, face à l’obstruction systématique du capitaine FIORI qui dirigeait la police et de la mauvaise volonté manifeste du Consul général M. KOECHLIN.

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Le capitaine FIORI

C’est donc seulement à l’occasion des hostilités de janvier 1932 que fut déclenchée une véritable opération de restauration de l’ordre et de la dignité dans la gestion de la municipalité.

L’ état d’urgence fut déclaré et le Contre-Amiral HERR, chef de la flotte française en Extrême-orient, releva les autorités civiles et prit le contrôle des opérations. Sa première priorité fut d’assurer la protection de la Concession française, mais très vite il promulgua des règlements prohibant la drogue et les jeux sur tout le territoire. Au même moment, il neutralisa le millier de séides de DU Yuesheng, que le consul général KOECHLIN avait armés afin de « protéger » la Concession.

Auguste WILDEN nomma alors Jacques MEYRIER comme Consul général et Louis FABRE comme chef de la police. Tous deux avaient été en fonctions à Tientsin et y avaient montré leur efficacité et leur droiture. KOECHLIN fut sommé d’exiger la démission de DU Yuesheng de son mandat de conseiller, laquelle fut présentée, après d’âpres négociations, le 15 février 1932 : DU quitta la Commission provisoire de la municipalité à la fin du mois, et MM. MEYRIER et FABRE prirent leurs fonctions le 7 mars.

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La brigade criminelle de la police française

Des morts suspectes

Moins de 15 jours après, et ce en l’espace d’une semaine, trois des plus importants personnages de la Concession moururent de mort violente : le Consul général KOECHLIN, le commandant des forces françaises à Changhai MARCAIRE, et l’avocat d’affaires DU PAC DE MARSOULIES, ainsi que Georges-Marie HAARDT, dirigeant de la Croisière Jaune Citroën, en visite à Changhai.

  • Edgar KOECHLIN, né en 1887, avait été nommé Consul général en décembre 1928. Lors de son mandat, il tenta de mettre sur pied un système de taxation de la drogue, à l’instar de ce qui était avait été fait en Indochine et qui alimentait plus d’un quart du budget de l’administration coloniale. Il succomba officiellement d’une fièvre jaune à Hong Kong, sur le chemin du retour en France.
  • L’avocat DU PAC DE MARSOULIES, un juriste né en 1874, était arrivé à Changhai en 1917, après avoir pris sa retraite d’une brillante carrière dans l’administration coloniale en Indochine. Il avait établi un bureau d’avocats et avait eu le flair d’acheter des terrains à l’ouest de la Concession, en son nom propre et surtout au profit de tiers chinois. Son influence et ses relations avaient grandi avec sa fortune. Il succomba le 11 mars, officiellement d’une double pneumonie.
  • Le Colonel A. MARCAIRE était en charge du contingent français stationné au parc de Koukasa (Fuxing park). Il décéda officiellement d’une pneumonie.
  • Georges-Marie HAARDT, directeur de Citroën de 47 ans qui venait d’achever la Croisière jaune de Paris à Pékin (croisière qui s’était déroulée d’avril 1931 à février 1932), et se trouvait en visite à Changhai, décéda également à Hong Kong le 16 mars d’une pneumonie foudroyante.
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Le canidrome de Shanghai

Cette série de morts violentes attisa bien évidemment la rumeur publique. Tous les protagonistes avaient en effet été invités par DU Yuesheng à un banquet donné en l’honneur des partants. Certains prétendirent qu’il y fut servi des champignons de Ningbo dont l’action lente aurait pu expliquer les décès. Rien ne fut jamais prouvé et le mystère demeurera à jamais dans les coulisses de l’histoire...

Dès sa prise de fonction, le nouveau Consul général M. MEYRIER s’attela à remettre de l’ordre dans la gestion de la municipalité. Cela le fit bien entendu entrer en conflit direct avec DU Yuesheng. C’est ce que nous verrons dans un prochain article...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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