Gazette de Changhai - 47 : La concession française, refuge de la pègre changhaïenne

Portraits dressés de deux des membres de la Bande des Huit : Zhang Xiaolin et Du Yuesheng.

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La guerre entre le Zhejiang et le Jiangsu qui avait crée un certain chaos dans la ville chinoise de Changhai et perturbé le trafic de l’opium, et les raids des autorités de la Concession internationale sur ses stocks cachés, forcèrent la Bande des Huit à se replier sur la Concession française. Elle tomba alors sous la coupe de Huang Jinrong, dont le pouvoir s’en trouva décuplé et qui, à l’aide de ses deux lieutenants fidèles, allait faire d’un trafic discret une véritable entreprise. 

Le recentrage de la pègre sur la Concession française

Octobre 1924 vit la défaite de la « clique de l‘Anhui » et fut le point d’orgue de la guerre entre le Zhejiang et le Jiangsu. L’instabilité politique qui en résulta fut un des éléments qui incitèrent la Bande des Huit à quitter la ville chinoise de Changhai. D’autre part, les autorités de la Concession internationale firent quelques descentes très fructueuses sur ses dépôts clandestins d’opium. Ainsi en janvier et en février 1925, deux saisies importantes furent effectuées dans des caches situées dans les rues de Canton et de Fooshow. Les trafiquants de Chaozhou se mirent à douter de leur influence sur les autorités et décidèrent donc de se replier sur la Concession française.

Ce faisant, ils tombaient littéralement dans les mains de la Bande Verte qui en vint finalement à les intégrer parmi ses propres membres. La concentration des activités passait donc sous le contrôle direct de Huang Jinrong. Fort d’une protection tacite des autorités françaises, celui-ci créa en juillet 1925 avec un capital de 2,7 millions de Dollars chinois la « Société des Trois Prospérités » (Sanxin Gongsi), dont le but unique était de centraliser les activités de trafic de l’opium et le racket des fumeries. La société contrôlait les 21 entreprises de raffinage et de distribution d’opium installées dans la Concession. Chacune d’entre elles pouvait payer à la société jusque 50.000 Dollars chinois par mois pour sa « protection », pendant que les 60 grossistes étaient taxés par la société de 700 à 3000 Dollars chinois par mois.

En outre, toutes les fumeries « adhérentes » furent rançonnées par la « Société des pipes d’opium » dont la zone d’influence s’étendait au sud de l’avenue Edouard VII et à l’ouest de Mohawk Road. Chaque fumerie était taxée 30 centimes par jour et par pipe, les collecteurs passant en fin de journée apposer leur cachet sur le livre de comptes. Une amende de 50 Dollars était imposée pour chaque pipe non déclarée. Si une fumerie cachait son existence à la société et que celle-ci s’en apercevait, la police était immédiatement avertie et la fumerie était fermée, conformément à la réglementation « en vigueur », même si cela n’arrivait en revanche bien sûr jamais à une fumerie dont les livres exhibaient le cachet de la société... Dans ces conditions, la Société des pipes d’opium faisait un bénéfice mensuel estimé à 100.000 Dollars chinois par mois.

Grâce au développement de ses activités, Huang Jinrong s’adjoignit l’aide de deux hommes de main dont la réputation dans le milieu allait dépasser la sienne de plusieurs coudées : il s’agissait de Zhang Xiaolin et de Du Yuesheng.

Des lieutenants zélés

Zhang Xiaolin était né en 1877 à Cixi, dans le Zhejiang. Il étudia la mécanique à la Hangzhou Engineering school, puis alla à l’école militaire ou il fréquenta la plupart des seigneurs de la guerre locaux. Il fut ensuite utilisé comme homme de main par la police. En 1919, il monta à Changhai ou il tint une maison de passe sur la rue de Canton. C’est à ce moment qu’il fit la connaissance de Fan Juicheng, un des chefs de la Bande des Huit. A partir de cette époque, il deviendra un auxiliaire précieux dans le trafic de l’opium.

Du Yuesheng - JPEG

Du Yuesheng était pour sa part un homme de Changhai. Né en 1888 à Dujiahui (Pudong), il provenait d’une famille très modeste d’origine paysanne. La scolarité de Du se limita à l’école élémentaire et il en garda d’ailleurs une terrible frustration, à tel point qu’il créera bien des années plus tard la « Zhengsi Middle school », une école pour de jeunes éléments brillants issus de milieux pauvres. A l’âge de 14 ans, il vint à Changhai et travailla pour son oncle qui était comptable dans un magasin de fruits, sur les quais de Shiliupu, au sud du Quai de France. Dès cette époque, il s’adonna au jeu et, poussé par le besoin d’argent, il se servit dans la caisse du magasin et fut renvoyé sur le champ.

Désœuvré, perpétuellement à cours d’argent, Du vira alors dans le « coté sombre » et démarra sa longue carrière de malfrat qui allait le faire connaître dans toute la région...

La carrière de Du Yuesheng dans le monde souterrain de Changhai démarra donc en 1910 lorsqu’il fit quelques rencontres opportunes dans le milieu. Mais c’est ce que nous verrons dans un prochain article...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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