Etats-Unis - Union européenne - Réponse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, à une question au gouvernement à l’Assemblée nationale (Paris, 9 mai 2018)

Madame la Députée,
J’ai déjà répondu en partie à vos interrogations. Je voudrais souligner la gravité de la situation, vous dire qu’après m’être entretenu hier soir à plusieurs reprises avec mes collègues allemand et britannique, nous sommes parfaitement déterminés non seulement à rester dans l’accord, mais aussi à être unis dans nos positions, en harmonie avec la position de Madame Mogherini.

Nous allons d’ailleurs avoir à cet égard une rencontre en début de semaine prochaine et nous serons amenés à rencontrer le ministre iranien des affaires étrangères. Pour sa part, le président de la République s’entretiendra aujourd’hui avec le président Rohani.

Mais je voudrais ajouter un point qui nécessitera encore plus la solidarité européenne, c’est celui des flux commerciaux et d’investissement avec l’Iran, qu’il nous faut absolument maintenir pour que l’Iran sente le retour de ses engagements sur son territoire. C’est une préoccupation que nous aurons de manière constante dans les jours qui viennent et en même temps il nous faudra assurer la sécurité de nos entreprises présentes en Iran. Vous savez que les Etats-Unis ont annoncé qu’ils allaient prendre des sanctions supplémentaires. Il ne faut pas que ces sanctions soient opposées aux intérêts de nos entreprises. Dans les jours qui viennent, nous allons recevoir, avec Bruno Le Maire, les entreprises présentes en Iran, pour essayer ensemble de garantir leur situation, et de le faire aussi dans le cadre européen car nous sommes tous devant cette difficulté, d’autant plus qu’on ne connaît pas aujourd’hui le périmètre exact des nouvelles sanctions que les Etats-Unis voudraient imposer.

Sachez bien, Madame la Députée, notre détermination et notre volonté d’agir en solidarité avec tous les européens sur ce sujet majeur.

Etats-Unis - Réponse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, à une question au gouvernement à l’Assemblée nationale (Paris, 9 mai 2018)

Monsieur le Député,
Je l’ai dit il y a un instant, la France regrette la décision du président Trump et est en désaccord profond avec celle-ci. Cette décision rompt avec deux principes importants des relations internationales. D’abord le respect de la parole donnée lorsque des accords sont respectés par les parties et c’est le cas, vous l’avez dit ; je le constate aussi. D’autre part, avec le principe de la non-prolifération, validé par l’ensemble de la communauté internationale.

La France restera dans l’accord et continuera pour sa part à l’appliquer tant que l’Iran en respectera intégralement les termes. Cette position est aussi celle des Européens. Donc pour nous l’accord n’est pas mort.

Nous demandons simplement trois choses à l’Iran : faire preuve de retenue et de responsabilité - je constate que les premières déclarations du président Rohani vont dans ce sens - ; continuer à appliquer scrupuleusement l’accord ; puis s’abstenir de tout comportement déstabilisant dans la région.

La France entend maintenir la voie du dialogue et de la paix, c’est pourquoi elle refuse de se laisser enfermer dans une impasse qui mènerait à la guerre.

Etats-Unis - Réponse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, à une question au gouvernement à l’Assemblée nationale (Paris, 9 mai 2018)

Monsieur le Député,
La décision du président Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien est une décision unilatérale. C’est une décision américaine qui n’engage que les Etats-Unis, qui renoncent à tenir la parole donnée. Le retrait américain fragilise certes l’accord, mais il n’annule pas l’accord. C’est la force du multilatéralisme - que l’on peut marquer en particulier aujourd’hui, journée de l’Europe - que de dire que l’accord de Vienne du 14 juillet 2015 est toujours respecté.
Pour les Européens qui croient en cet accord, qu’ils ont activement contribué à négocier, le retrait des Etats-Unis implique de rester unis, de parler aux Américains, aux Iraniens, et de travailler ensemble sur plusieurs directions.

D’abord, maintenir l’engagement dans l’accord, tant que l’Iran respectera cet accord, ce qui est le cas aujourd’hui. C’est le sens de la démarche qui a été affirmée hier, à la fois par le président de la République, par la Chancelière Merkel, par la Premier ministre May et c’est également ce qu’a dit, au nom de l’Union européenne, Madame Mogherini.

Ensuite, il nous faut travailler à un cadre plus large, qui permette de traiter les problèmes - qui sont bien réels, il ne faut pas être naïfs - que pose l’Iran sur le plan de la sécurité internationale, que ce soit dans la poursuite de ses programmes de missiles, dans le devenir du programme nucléaire après 2025, dans la déstabilisation et la tentation hégémonique qu’a l’Iran dans la région.

Sur ces engagements-là, l’Europe restera unie et sera très solidaire.

Dernière modification : 10/05/2018

Haut de page