Entretien avec des représentants de la société AREP en Chine

Tang Jun, ingénieur en chef et architecte, et Sunshine Sheng, chef de projet, travaillent tous deux pour la filiale chinoise de la compagnie française AREP, spécialisée dans l’urbanisme, l’architecture et le design des pôles d’échanges intermodaux et leur intégration dans la ville.
Entourés de Fleur des Diguères, créatrice et représentante du groupe AREP pour la Chine, ils nous offrent une comparaison entre la pratique de l’architecture en Chine et en France.

  • Pouvez-vous nous décrire vos parcours ?

Tang Jun : J’ai fait mes études d’architecture entre 1987 et 1992 à l’université Tsinghua de Pékin, qui m’a décerné mon diplôme d’architecte de première classe et le titre d’ingénieur supérieur. J’ai alors travaillé pendant huit ans à l’ADIMC, l’Architecture Design Institute of China, pour le Ministère de la construction, avant de partir en France pour une année d’études à l’Ecole d’architecture de Paris Belleville dans le cadre du programme ministériel « 150 architectes chinois en France », grâce auquel je me suis familiarisé avec les pratiques françaises en architecture.

Sunshine Shen : J’ai également fait mes études à l’université de Tsinghua de 1987 à 1992, Tang Jun et moi-même étions dans la même promotion. Je suis à l’heure actuelle basée à Hangzhou.

  • Quelles sont aujourd’hui vos activités ?

Tang Jun : Je travaille depuis 2003 pour la compagnie AREP. Un bureau de représentation s’est ouvert début 2000 ; AREP Chine est aujourd’hui une filiale du groupe français comptant une quarantaine d’employés basés à Pékin, dont moi-même. Je pilote notamment les études d’AREP en Chine.

Je suis également invité en tant d’expert lors des concours, et continue à participer à des projets français ; j’ai ainsi coopéré avec le FASEP pour la reconstruction post-séisme au Sichuan.

Sunshine Shen - JPEGSunshine Shen : je fus la première employée d’AREP Chine au moment de l’ouverture de la filiale. Je travaille aujourd’hui principalement sur le projet « Qibao » de couverture des terminus de métro à Hangzhou.

  • Selon vous, en quoi réside l’intérêt de travailler pour une firme d’architecture française ?

Tang Jun : Un tel environnement nous permet de travailler avec des architectes français, notamment sur des projets en Chine, où des équipes françaises se déplacent environ deux semaines par mois pour discuter du projet en cours. AREP nous permet de vrais échanges d’idées avec la France.

Sunshine Shen : Ces projets effectués en commun, au sein d’une équipe interculturelle, sont enrichissant par les tensions naissant de présupposés différents, d’un travail de création différent, qui amènent à devoir faire des choix à chaque étape de la conception.

Tang Jun : J’ajouterais que pour les architectes français, travailler avec et en Chine, leur permet de voir à court terme le résultat de leur travail. En France, peu de projets sont construits, en comparaison avec la Chine où beaucoup le sont rapidement, où l’architecture ne se restreint pas aux seuls concours. Il est très important pour un architecte de voir son projet réalisé, de juger du résultat grandeur nature, en vrai. Cela nous permet tout simplement d’apprendre, à travers l’exercice de réalisation du projet.

  • Quelle est, selon vous, la valeur ajoutée d’AREP Chine en comparaison avec d’autres studios d’architecture chinois ?

Fleur des Diguères : Nous sommes très compétitifs en Chine car nous tentons d’être différents. Notamment, chacune de nos architectures est différente, pensée du point de vue de son design comme de sa fonction, possède une forte identité transcrite par le langage de l’architecture. Ainsi, il n’est pas de bâtiment futuriste construit par AREP Chine qui n’ait de racines dans le lieu où il est édifié.

Sunshine Shen : La qualité des constructions souffre souvent du (trop) rapide développement urbain de la Chine. Chez AREP, nous tentons, dans la mesure des moyens qui nous sont accordés, d’établir des liens entre nature et économie d’énergie.

Fleur des Diguères, créatrice et représentante du groupe AREP pour la Chine - JPEGFleur des Diguères : AREP Chine bénéficie de l’expérience et du savoir-faire de la France en matière d’architecture. C’est ainsi que, à titre d’exemple, nous avons réutilisé à Shanghai les techniques de re-densification, de « ville dans la ville », utilisées pour la couverture des voies ferrées de Paris-Bercy par une dalle permettant d’accueillir, en surface, d’autres usages, tels que des bureaux, commerces, parcs etc.

Propos recueillis par Carine Henriot,
Chargée de mission "Aménagement durable des territoires"
carine.henriot @ diplomatie.gouv.fr
et
Sandrine Adam,
Service de presse et communication

Dernière modification : 07/08/2014

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