Entretien avec M. HU Mu

M. HU Mu, Directeur de la Recherche fondamentale de la Municipalité de Shanghai, ancien élève du Collège des Ingénieurs de Paris et scientifique reconnu au sein des communautés chinoises et françaises, nous a reçu dans les locaux de l’Association de science et de technologie de Shanghai (SAST), installée dans ce qui fut le Collège français de l’ancienne Concession, rue Vallon (aujourd’hui Nanchang lu), pour nous faire part de son parcours.

JPEG La Lettre de Shanghai : Pourriez-vous nous décrire vos années d’études en Chine puis en France ? Quelle formation avez-vous reçue au Collège des Ingénieurs ?

M. HU Mu : Je suis arrivé pour un an d’études à Paris en 1994, année du début de la coopération franco-chinoise entre ministères chargés des Sciences et de la technologie. C’est dans ce cadre que le Collège des Ingénieurs de Paris recherchait des étudiants chinois francophones et anglophones de formation scientifique pour y suivre un an de scolarité. Je venais alors d’obtenir mon Master, spécialité mécanique, à l’Institut de technologie de Wuhan et j’avais appris l’anglais et le français pendant mes études, grâce à l’ambassade de France à Pékin. Celle-ci envoyait en effet des volontaires du service national pour enseigner le français aux Chinois à Wuhan, où s’étaient implantées les usines Citroën. Je fus ainsi le premier étudiant chinois du Collège des Ingénieurs.

L’année au Collège des ingénieurs s’est partagée entre un semestre de cours, de management principalement, et un semestre de stage au service marketing d’Air Liquide.

Je suis revenu l’année suivante à Pékin, avant de rentrer à Shanghai en 2004.

LDS : Vous dirigez aujourd’hui la Recherche fondamentale à la Municipalité de Shanghai. En quoi consiste votre travail ? Quel est le rôle de ce Département ?

HM : Le Département de la Recherche fondamentale dépend de la Commission scientifique et technologique de la Municipalité. Je le dirige depuis maintenant un an. Il œuvre notamment au soutien des universités, hôpitaux, instituts de la circonscription de Shanghai. Son action porte plus précisément sur deux volets :

  • Le premier consiste à apporter des financements à des projets de trois types :
  1. projets de petite envergure, au nombre de 400 environ, soutenus par des aides d’un montant de 100.000 yuans ;
  2. 150 projets « clés », dotés d’un financement de 200.000 à 1 million de yuans ;
  3. 5 projets « majeurs » subventionnés à hauteur de 4 millions de yuans.
  • Le second volet consiste à financer des chercheurs talentueux, avant tout des jeunes scientifiques (moins de 35 ans) ayant la capacité de mener des projets à un niveau national. Chaque année, 150 étudiants sont sélectionnés en fonction de leurs propositions puis de leur présentation devant un jury. Ces financements sont alors répartis sur les deux ou trois années pour lesquelles ils sont accordés. Il existe également chaque année un financement pour les chercheurs seniors (plus de 45 ans).

LDS : Que retirez-vous, dans le cadre de votre actuelle profession, de vos études au Collège des ingénieurs ?

HM : Le lien entre mes études en France et mon travail à la Direction de la Recherche fondamentale est indirect. Des premières, je retire principalement la chance que j’ai eu de voir le monde : c’est un trésor ! Mon année en France m’a permis de connaître la société française, de rencontrer des personnalités politiques ; j’étais le premier Chinois dans le Collège, tout le monde venait me parler ! J’ai également beaucoup appris de mes camarades de promotion issus des universités et écoles les plus prestigieuses (Harvard, Cambridge, Polytechnique, etc.) et d’origines diverses. Ce séjour en France m’a aussi permis de voyager en Europe (Italie, Espagne, Allemagne, Belgique).

J’ai par la suite participé à la sélection des candidats chinois pour le Collège des Ingénieurs. Nous avons depuis créé un Club des étudiants du Collège des Ingénieurs, que je préside, regroupant près de soixante personnes à travers le monde, dont plus de vingt à Shanghai.

LDS : Restons dans une optique internationale : la Direction de la Recherche fondamentale organise-t-elle des évènements ou travaille-t-elle sur des projets spécifiques dans le cadre de l’Exposition universelle de 2010 ?

HM : La Commission rattachée au Bureau des Expositions travaille sur des projets tels que les véhicules propres ou l’énergie solaire, mais pas notre Département. En revanche, les projets de certains jeunes talents dont nous finançons les études contribuent aux constructions sur le chantier de l’Expo.

LDS : Sélectionnez-vous vos projets selon des thématiques particulières, tel l’environnement ? Quels sont vos projets futurs ? Quelles échéances vous fixez-vous ?

Nous ne nous fixons pas de domaine spécifique, mais un conseil se réunit pour les projets majeurs. La Recherche fondamentale que nous menons peut être qualifiée dans un certains sens d’« appliquée », dans la mesure où elle présente un but clairement défini. Nous travaillons plutôt à court et moyen terme : nos financements sont planifiés sur cinq ans et les résultats évalués dès la deuxième année. Pour 2010, la réunion sur les projets « clés » n’a pas encore eu lieu mais nous avons d’ores et déjà prévu de financer des projets « majeurs » en informatique, sciences de la vie et matériaux.

Propos recueillis par Sylvain Joandel,
Service pour la Science et la technologie
et Sandrine Adam,
service de presse et communication)

Dernière modification : 07/08/2014

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