Entretien avec La Ruche, le réseau en action des femmes francophones de Shanghai

La Lettre de Shanghai a rencontré Sandra Edouard-Baraud, Présidente et co-fondatrice de La Ruche avec Florence Garçon, Hélène Cochaux et Annie Wellnitz.

La Ruche est une association de Loi 1901, créée en 2013, s’adressant aux femmes francophones à Shanghai en vue de favoriser la création de liens entre elles et de les aider dans leur développement professionnel.

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La Lettre de Shanghai : Pouvez-vous retracer votre parcours à Shanghai ?

Sandra Edouard Baraud : Comme beaucoup d’autres femmes ici, j’ai suivi mon conjoint en juillet 2012, qui avait l’opportunité de reprendre le bureau de L’Atelier BNP Paribas à Shanghai. En France, j’organisais des évènements au sein de cette structure spécialisée dans les nouvelles technologies, en lien avec les start-up et les entrepreneurs.

LDS : Comment est né le projet « La Ruche » et pourquoi avoir ciblé les femmes francophones ?

S.EB : Mon contrat a été suspendu pour trois ans et en arrivant à Shanghai, j’ai voulu recréer cet écosystème favorable aux rencontres entre acteurs différents, qu’ils soient issus de grandes entreprises, consultants ou entrepreneurs. Ayant créé mon activité d’accompagnement professionnel, j’ai rencontré beaucoup de femmes très compétentes, aux postes équivalents à leurs conjoints en France, qui devenaient de simples "accompagnatrices" à Shanghai :

80% des expatriés accompagnants sont des femmes.

Alors avec trois autres femmes aux profils et aux situations différentes - Florence Garçon, Hélène Cochaux et Annie Wellnitz - nous avons eu envie de créer un réseau. Un réseau ouvert et non élitiste sur des thématiques professionnelles pour les femmes, car ce sont elles qui en ont le plus besoin. En effet, elles sont souvent minoritaires aux évènements de networking.

Des organisations bien structurées existant déjà pour les anglophones, il y avait à la fois un réel besoin et un grand potentiel francophone. Ce réseau est donc ouvert aux Françaises mais également aux Chinoises parlant français, aux Belges, aux Suisses, aux canadiennes etc. De ce mélange des genres, des origines, de la diversité des compétences naît une vraie richesse. Et je pense que nous avons pas mal réussi !

L’adhésion à La Ruche nécessite seulement d’avoir un parcours professionnel, des compétences, que nous aidons à exploiter en formant un réseau d’entraide convivial et collaboratif.

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LDS : A travers quelles activités, quels projets La Ruche favorise-t-elle le développement professionnel de ces femmes ?

S. EB : La Ruche accompagne le développement professionnel de ses membres à travers quatre pôles d’activités : Les rencontres mensuelles, les ateliers, les projets collaboratifs et le programme de mentorat.

L’activité qui représente le plus La Ruche - et qui va au delà de l’évènement networking - est le témoignage de femmes invitées lors de rencontres mensuelles. Leurs profils, leurs parcours sont très différents, de celle qui a monté son activité de couture nomade entre Shanghai et Singapour, à celle qui travaille dans l’industrie pétrolière. Et la spécificité de leurs témoignages est qu’ils sont "vrais" : les femmes évoquent leur réussite, mais également leurs difficultés, leurs passions, leurs préoccupations familiales.

Les ateliers mensuels animés par des professionnels, sur des thématiques telles que l’aide à la recherche d’emploi, la création d’entreprise : un atelier Linkedin est d’ailleurs prévu le 29 janvier 2015 à 18h. Les projets collaboratifs, eux, ont toujours une finalité sociale et ont pour but d’aider les membres du réseau à exploiter leurs compétences ensembles. Le deuxième objectif étant d’être utile au pays qui nous accueille, la Chine. L’année dernière, nous avons organisé un business game afin d’aider Shanghai Young Bakers à monter son café social.

Enfin, le mentorat réunit une femme mentor désireuse de partager son expertise professionnelle et une femme mentorée, pendant six mois à titre gratuit. Cette pratique favorise l’échange et le partage d’expérience. Les mentors qui sont des femmes en postes et souvent des créatrices d’entreprises ressentent également de la solitude et sont contentes de partager autour de problématiques communes à Shanghai, interculturelles ou juridiques.

LDS : Et qu’est ce qui émerge de ces rencontres ?

S. EB : De leur collaboration naissent des projets, certaines femmes trouvent des emplois en contrat local, d’autres commencent à travailler ensemble. Beaucoup de femmes compétentes n’ont pas le temps de travailler à temps plein à Shanghai, l’idéal pour elles est donc de faire du consulting. Et celles qui ont leur entreprise à Shanghai ont besoin d’aide ponctuelle. Par ailleurs, les femmes se sentent moins seules en partageant leurs préoccupations.

LDS : Est-ce que ce sentiment de solitude est souvent évoqué par les femmes qui ont arrêté leur activité pour suivre leur conjoint, y a t-il un fossé ?

S. EB  : Tout à fait, d’autant plus qu’aujourd’hui la plupart des couples expatriés avaient une situation équivalente avant de partir. A la femme de trouver sa place, puisqu’il y a l’opportunité de faire des choses qui n’auraient pas été possibles avant : certaines se mettent à écrire, d’autres montent leur activité indépendante.

LDS : Comment faites-vous pour maintenir un réseau dynamique et quelles difficultés rencontrez-vous ?

S.EB  : La Ruche, qui existe seulement depuis juin 2013, a réussi à mobiliser 150 membres en juin 2014, soit en 1 an ! Aujourd’hui nous avons 135 membres. Mais le problème qui se pose est le turn-over de l’équipe et des membres. Sarah Houvray, Marie Boureau et Marguerite Deperrois ont rejoint l’équipe de la Ruche Shanghai en septembre 2014. Nous arrivons à maintenir notre réseau, à garder contact et à conquérir de nouveaux membres grâce à la mise en place d’un annuaire sur notre site internet et à notre newsletter. Plus les femmes collaborent ensemble, plus le réseau se développe. Nous avons aussi des partenariats avec d’autres organismes : le consulat, l’UFE, le cercle francophone, etc.

LDS : Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui souhaitent poursuivre une carrière, trouver un emploi ou une activité à Shanghai ?

S. EB  : Je leur conseille d’être très ouvertes, de sortir rencontrer des gens, de ne pas hésiter à parler d’elles, de leur parcours lors des évènements organisés, de dire ce qu’elles savent faire et ce qu’elles veulent faire, car il y a beaucoup de besoins à Shanghai. L’expatriation est aussi l’occasion pour elles de changer d’activité.

LDS : Est-il facile pour les femmes francophones de se faire connaître/reconnaître ? L’insertion sur le marché du travail à Shanghai est elle plus facile qu’ailleurs, étant donné le dynamisme de la ville ?

S. EB  : La plupart des femmes qui sont venues témoigner ont déclaré qu’une fois en poste en Chine, elles rencontrent moins de misogynie qu’en France. Il y est plus facile de se faire reconnaître en tant que femme professionnelle.

Si le dynamisme de Shanghai permet d’avoir accès à de nombreuses opportunités, les salaires proposés en contrat local sont assez bas. Je connais même des femmes qui travaillent gratuitement, il faut pouvoir accepter de voir son salaire baisser, c’est une question de choix. Mais il est possible de monter sa structure, de devenir consultante à Shanghai, il y a une certaine souplesse.

L’obtention d’un visa de travail est de plus en plus difficile et le visa d’accompagnant ne permet pas légalement de travailler. Néanmoins, le visa de travail peut être obtenu en créant son entreprise ou en étant recrutée par une entreprise sur place qui va fournir ce visa.

LDS : Et justement, pourquoi ce nom "La Ruche" ?

S. EB  : Une ruche fonctionne parce que les abeilles travaillent ensemble. C’est parce qu’elles sont dans la collaboration et l’entraide qu’elles créent le miel et font vivre La Ruche !

Il y a une vraie solidarité au sein de la population francophone ici à Shanghai, et la création de La Ruche a seulement servi d’accélérateur.

Propos recueillis par Florence GEOFFROY

Dernière modification : 17/09/2019

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