Mois de la Francophonie - Wuhan : discours de l’Ambassadeur à la Conférence des Ambassadeurs

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M. l’Ambassadeur du Sénégal en Chine, Mamadou Ndiaye,

M. le Consul général de France,

M. le Président de l’université de Wuhan, DOU Xiankang,

M. le Directeur du département de français, Wu Hongmiao,

M. le Vice-Doyen de la faculté des langues étrangères de Wuda, Wang Zhan,

M. l’ancien doyen de la faculté des langues étrangères de Wuda, DU Qingang,

Mesdames et Messieurs les professeurs,

Chers étudiants,

Je tiens tout d’abord à vous exprimer mes sincères remerciements pour l’organisation de cette première conférence des ambassadeurs francophones.

Nous sommes ici, à l’Université de Wuhan, avec mon collègue et ami l’Ambassadeur du Sénégal, pour parler de la francophonie.

Notre action au quotidien en faveur de la promotion de la langue française et des cultures francophones rappelle que la francophonie n’est possible qu’à travers l’unité et la solidarité de ses membres.

« La francophonie est une sphère dont la France n’est qu’une partie, agissante et volontaire, mais consciente de ne pas porter seule l’avenir du français » a déclaré le Président Macron le 20 mars 2018 devant de jeunes étudiants et des académiciens sous la coupole du prestigieux Institut de France.

À l’origine du sens moderne du mot « francophonie » il y a la volonté d’un homme d’État sénégalais, homme de lettres et premier Africain à siéger à l’Académie française, d’unir la multitude de peuples différents parlant une même langue, le français, en les fédérant dans un espace culturel et linguistique.

Cet homme, c’est Léopold Sédar Senghor, qui fonda la Francophonie en 1970, en compagnie des présidents du Niger et de Tunisie et du roi du Cambodge.

Figure emblématique de la francophonie, Léopold Sédar Senghor est l’auteur de l’article fondateur « le français, langue de culture » où il écrira que la Francophonie « c’est cet humanisme intégral, qui se tisse autour de la Terre ».

Comprenez donc bien que la Francophonie est non seulement un espace linguistique mais aussi un espace d’échanges libres et de tolérance, qui promeut avant tout les valeurs du partage et de l’écoute, celui qui ouvre sur des champs infinis de connaissances et qui s’enrichit d’apports successifs.

La francophonie, c’est une ouverture permanente au monde, le refus du repli sur soi et du nationalisme. C’est une famille dont les membres s’accroissent sans cesse, dans le respect des valeurs fondatrices de l’Organisation, dont il faut réaffirmer sans cesse la pertinence.

La diversité culturelle est une affaire politique sur le plan international : le dialogue entre les cultures et le respect mutuel sont les conditions indispensables de la paix.
Sans reconnaissance de la diversité culturelle, il n’y a pas de reconnaissance et surtout de respect des libertés fondamentales - la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté de religion, de croyance et de conscience. Cette pluralité peut et doit s’exprimer dans toutes les langues.

Mme Leïla Slimani, Prix Goncourt 2016 et Représentante personnelle du Président de la république française pour la francophonie était il y a encore quelques jours en Chine.

Qui mieux qu’une écrivaine peut nous rappeler la force des mots ? Elle a profité de son séjour pour constater la vivacité de la coopération francophone en Chine.

Elle s’est rendue à la demi-finale du concours de théâtre de Pékin et a été touché par l’investissement des étudiants dans un texte de la littérature classique : « Les Femmes savantes » de Molière.

Un texte qui a fait naître dès sa sortie un débat quant à l’éducation des femmes. Les questions relatives à l’égalité des genres sont essentielles pour faire avancer le débat. C’est dans cette réflexion que s’est inscrit le 23ème Mois de la francophonie en Chine.

Des artistes, des conférencières, des écrivaines sont venues ici pour enrichir les discussions. Marie Darrieussecq était à Wuhan la semaine dernière pour rencontrer le public de l’espace culturel 403 de Wuchang. Son engagement féministe a fait écho à celui de Hung Huang, célèbre personnalité chinoise, dont les propos similaires en faveur de l’égalité femme-homme ont été tenus à Pékin dans le même temps.
Et la dictée de Pivot a mis à l’honneur une grande écrivaine sénégalaise, hélas disparue, Mariama Bâ.

Leurs mots ont tous été prononcés en français, mais leur imprégnation était différente selon ceux ou celles qui les ont émis. Parce que la Francophonie repose également sur le respect de la diversité linguistique du français.

On ne saurait contenir le français dans une seule façon de penser et une seule façon de s’exprimer.

Le français ne m’appartient donc pas, pas plus qu’aux écrivains même célèbres ou aux membres des académies : notre belle langue appartient à tous ceux qui la parlent, la font évoluer, la font vivre.

Elle appartient à tous pour permettre à chacun de créer selon ses traditions, son histoire, collective ou personnelle, ses envies, ses passions.

Une langue en partage, des cultures en partage.

Faisons les prospérer, ensemble, dans l’amitié, le respect, la pluralité de initiatives. C’est le sens des 33 propositions avancées par le Président Macron le 20 mars dernier autour des thèmes « Apprendre », « Communiquer », « Créer ».

Mesdames et messieurs,

Je suis très heureux d’être à Wuhan, ville à la fois francophile et francophone. Dès la fin des années 70, c’est à Wuhan et plus précisément ici, à l’université Wuda qu’a redémarré la coopération universitaire franco-chinoise, avec la création d’une classe francophone en mathématiques.

Le français n’a plus vocation à être uniquement la langue du romantisme. C’est une langue de l’économie, de l’innovation, du numérique et c’est une langue d’avenir. Beaucoup de jeunes Chinois l’ont bien compris, ils ont fait le bon choix.

De nombreuses statistiques montrent qu’à la sortie de master, les étudiants chinois qui parlent français sont fortement recherchés par les entreprises car ils élargissent alors leurs horizons vers l’Afrique, l’Europe, l’Océanie et les Amériques.

Depuis 1992, tout un tissu industriel à capitaux français emploie de nombreux Chinois francophones dont la plupart ont été formés ici dans les grandes universités de Wuhan.

C’est ce lien privilégié entre la France et Wuhan qui a permis la création du consulat général de France, le premier ici, dont nous fêtons cette année les 20 ans.

Cette conférence est la première d’un long cycle, et je souhaite aller ainsi à la rencontre des présidents d’université, des directeurs de département de français, des professeurs de français et des apprenants de français pour rappeler l’importance de leur mission.

Vous êtes les garants et les moteurs de la vitalité de la langue française car le premier enjeu d’une politique francophone ambitieuse est celui de la transmission.

Votre engagement au quotidien fait de vous des passeurs, des passeurs d’idées, des passeurs de cultures.

Le soutien des responsables éducatifs, à nos côtés, est essentiel pour favoriser le développement de la langue française, aussi bien dans les universités que dans le secondaire et le primaire.

Grâce à l’investissement de l’ensemble des acteurs, la Chine compte aujourd’hui 152 départements de français et 130 000 apprenants de français.

Ne nous arrêtons pas là, continuons ce chemin ensemble.

Je vous remercie !

Dernière modification : 27/03/2018

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